Pourquoi personne ne veut vraiment de ce contrat ?
Guizhou Tyre a choisi le Maroc pour sa proximité avec l’Europe, ses coûts attractifs, et cette image de porte d’entrée vers l’Afrique. Sauf que personne ne se bouscule. Les trois bureaux d’études encore en course, on ne sait pas lesquels, mais les notes parlent d’elles-mêmes, ont dû se contenter de scores serrés. Comme si le projet sentait le risque. Et pour cause : six millions de pneus par an, c’est un volume qui impose des standards. Des machines coûteuses, une logistique à toute épreuve, une main-d’œuvre formée en urgence. Sans compter la concurrence : Goodyear, Michelin et les autres ne dorment pas. Alors oui, le Maroc a ses atouts. Mais construire une usine de cette taille, c’est comme jouer à la roulette russe avec des investissements à plusieurs centaines de millions. Et les candidats le savent.
Et puis, il y a le timing. Ce projet traîne depuis des années. Des années. On parle de 2020, peut-être avant. À chaque fois, des retards, des ajustements, des études qui s’enlisent. Comme si personne n’était vraiment pressé. Guizhou Tyre, elle, semble déterminée. Mais détermination ne veut pas dire succès. Regardez les notes : 87,76 pour le premier. À peine. C’est comme si on vous disait : « On a trouvé trois équipes qui savent à peu près ce qu’elles font. À vous de voir. » Sauf que dans ce cas, c’est le client qui hésite.
L’usine qui divise même ceux qui la veulent
Le vrai débat, c’est ailleurs. Pas dans les notes des candidats, mais dans ce que ce projet révèle. D’un côté, le Maroc mise sur l’industrie pour sortir de sa dépendance au tourisme et à l’agriculture. De l’autre, Guizhou Tyre veut devenir un géant mondial des pneumatiques. Sauf que les deux ne se rencontrent pas toujours. Les syndicats marocains grognent : « Encore une usine qui va embaucher à bas coût, puis délocaliser quand ce sera trop cher. » Les économistes, eux, se demandent si le pays a les infrastructures pour absorber un tel projet. Routes ? Ports ? Énergie ? Tout ça coûte cher. Très cher.
Et puis il y a la Chine. Guizhou Tyre, c’est une entreprise cotée à Shenzhen. Une usine au Maroc, c’est bien. Mais c’est aussi un pied dans une zone que Pékin surveille de près. Les tensions commerciales, les sanctions, les guerres douanières… Personne ne veut être pris au piège. Alors on tergiverse. On attend. On regarde de loin.
Ce que les notes ne disent pas
Les 87,76, les 85,01, les 81,65… Ces chiffres, c’est tout ce qu’on a. Pas de détails sur les critères. Pas de transparence sur ce qui a fait la différence. Juste trois scores, et l’impression que personne n’a vraiment envie de gagner. Pourtant, derrière ces notes, il y a des enjeux concrets. Des emplois. Des investissements. Une usine qui pourrait devenir un modèle… ou un échec cuisant.
Ce qui frappe, c’est l’absence de pression. Pas de deadline claire. Pas de sanction pour ceux qui traînent. Comme si tout le monde savait que ce projet était trop gros pour être raté, mais trop risqué pour être lancé à la légère. Alors on attend. On observe. On se demande qui, au final, va oser sauter le pas.
L’usine qui n’ose pas démarrer
Six millions de pneus. Un chiffre qui fait rêver. Une usine qui pourrait changer la donne pour le Maroc et pour Guizhou Tyre. Sauf que les notes sont là, maigres, et que personne ne semble vraiment convaincu. Pas les candidats, pas les investisseurs, pas même les autorités locales. Comme si on avait oublié un détail : construire une usine, c’est une chose. La faire tourner, en faire un succès, en faire un modèle… c’en est une autre.
Alors oui, les études d’exécution avanceront. Un candidat sera choisi. Les machines arriveront. Les ouvriers seront formés. Mais la vraie question, celle que personne ne pose vraiment, c’est : et après ? Qui va garantir que cette usine ne deviendra pas un nouveau symbole de l’industrie à moitié ratée ? Qui va s’assurer que les six millions de pneus ne resteront pas un rêve sur le papier ?
Parce qu’au final, ce ne sont pas les notes qui comptent. C’est ce qui se passera quand les premiers pneus sortiront des chaînes. Et là, personne n’a encore la réponse.