La Guinée vend 2 500 milliards à 11 % pour Simandou 2040

Un emprunt à 11 % sur cinq ans pour financer Simandou 2040. Derrière ce chiffre, une stratégie risquée, des acteurs douteux et un État qui joue avec le feu. Voici pourquoi ce deal sent mauvais.

Publié le 24 septembre 2026 à 14:04
La Guinée vend 2 500 milliards à 11 % pour Simandou 2040

# La Guinée vend 2 500 milliards à 11 % pour Simandou 2040

## Un taux qui parle

Onze pour cent par an. Cinq ans. 2 500 milliards de francs guinéens. Soit environ 455 millions de dollars. C’est le prix que l’État guinéen compte payer pour financer Simandou 2040, ce méga-projet minier qui promet de faire de la Guinée le géant du fer d’Afrique. **Mais ce taux, vous vous en doutez, n’est pas une erreur de frappe.**

À 11 %, vous gagnez plus en plaçant votre argent en Guinée qu’en investissant dans des obligations d’État européennes ou américaines. Même les marchés émergents les plus risqués ne proposent pas ça. **Pourquoi un pays accepte-t-il de payer aussi cher pour s’endetter ?** Parce que personne ne veut prêter à la Guinée sans une prime de risque astronomique. Et parce que le projet Simandou, malgré les milliards déjà engloutis, reste un gouffre à incertitudes.

## Afriland First Bank, le prêteur qui n’en a rien à faire

C’est Afriland First Bank Guinée qui arrange l’opération. Une filiale du groupe bancaire panafricain Afriland, lui-même contrôlé par des fonds d’investissement internationaux. **Leur rôle ? Structurer l’emprunt, trouver des souscripteurs, et encaisser des commissions.** Pas gérer les risques. Pas garantir la rentabilité du projet. Juste faciliter la transaction.

Pourtant, Afriland n’est pas un inconnu en Guinée. La banque a déjà été critiquée pour son manque de transparence dans des opérations similaires. En 2020, elle avait arrangé un emprunt pour le gouvernement à des taux tout aussi élevés, sans que personne ne sache vraiment où était passé l’argent. **Cette fois, c’est pire : on ne sait même pas qui va souscrire ces obligations.**

## Le piège Simandou

Simandou 2040, c’est le nouveau nom d’un projet vieux de 20 ans. À l’origine, c’était un rêve chinois : exploiter l’un des plus gros gisements de fer au monde, situé dans le sud-est du pays. **Sauf que les Chinois se sont retirés en 2019, après des années de corruption présumée et de retards.** Depuis, le projet traîne, relancé sous une nouvelle bannière, avec de nouveaux partenaires, dont des sociétés russes et singapouriennes aux antécédents flous.

Le problème ? Personne ne sait si Simandou sera rentable. Les études d’impact sont vieilles, les coûts explosent, et les infrastructures nécessaires (routes, ports) n’existent pas. **Pourtant, l’État guinéen mise tout sur ce pari.** D’où ce taux d’intérêt à 11 %. Parce que si le projet échoue, ce sont les obligataires qui trinqueront. Pas les banques. Pas les actionnaires. Juste les petits porteurs, les épargnants locaux, et peut-être quelques fonds étrangers malins.

## Ce que les marchés ferment les yeux

Voilà le vrai scandale : **personne ne bronche.** Ni les régulateurs financiers guinéens, ni la BCEAO, ni même les institutions internationales. Pourquoi ? Parce que 455 millions de dollars, c’est peanuts sur les marchés globaux. Parce que la Guinée est un pays trop petit pour mériter une enquête approfondie. Et parce que les banques comme Afriland savent très bien que, dans cinq ans, soit le projet aura réussi (et ils auront déjà encaissé leurs commissions), soit il aura échoué (et ils auront déjà disparu).

Il y a pire : **les obligataires, eux, ne savent même pas ce qu’ils achètent.** Pas de documentation claire, pas de garanties solides, juste une promesse d’État et l’espoir que le fer de Simandou vaudra un jour ce qu’on en dit. **C’est du pur casino.**

## Le vrai jeu : qui gagne vraiment ?

Derrière ce deal, trois acteurs jouent gros :

1. **L’État guinéen**, qui a besoin d’argent pour payer ses fonctionnaires et ses importations. Peu importe le coût. L’urgence prime sur tout.

2. **Les promoteurs de Simandou**, qui voient là une dernière chance de relancer le projet avant que les investisseurs ne se lassent définitivement. Ils misent sur la crédulité des marchés et l’urgence de Conakry.

3. **Les banques et les fonds d’investissement**, qui, eux, ne perdent jamais. Peu importe si le projet coule. Ils auront déjà touché leur part.

**Qui reste sur la ligne ?** Les Guinéens. Ceux qui achètent ces obligations sans savoir ce qu’ils achètent. Ceux qui, dans cinq ans, devront peut-être rembourser une dette dont personne ne veut plus.

## Une dette qui ne sert à rien

Voilà le vrai problème : **ces 2 500 milliards ne serviront pas à développer la Guinée.** Ils serviront à payer des salaires de fonctionnaires, à importer du riz et du carburant, et peut-être, si tout va bien, à financer les premiers travaux de Simandou. **Mais pas à construire des écoles, des hôpitaux ou des routes.** Parce que l’argent partira d’abord dans les poches des actionnaires du projet, puis dans celles des intermédiaires.

Et puis, il y a cette question qui tue : **et si Simandou échoue encore ?** Dans cinq ans, la Guinée se retrouvera avec une dette à rembourser, un projet minier toujours inachevé, et une réputation de pays où il ne faut surtout pas investir. **Personne ne pariera sur ça.**

## Conclusion : un pari qui sent le roussi

La Guinée vend du rêve à 11 %. **C’est cher. Trop cher.** Et ce n’est pas un emprunt pour construire un hôpital ou une université. C’est un pari sur un projet minier qui a déjà failli trois fois. **Les obligataires devraient se méfier. Les Guinéens aussi.**

Parce qu’à la fin, ce ne sont pas les banques qui paieront. Ce ne sont pas les promoteurs qui paieront. **Ce sera toujours les mêmes : le peuple.**

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R Galaxie Rédaction

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