12 milliards de dollars en jeu, et Ottawa refuse de céder
C’est une somme qui claque comme un coup de massue. 12 milliards de dollars, c’est le montant des taxes que les États-Unis menacent d’appliquer sur les exportations canadiennes si Ottawa ne cède pas sur les barrières commerciales. Pas un chiffre sorti de nulle part : il s’agit des 12,6 milliards que le Canada a accumulés en surplus commercial avec les États-Unis en 2023, selon les données de l’Office of the United States Trade Representative. Et Greer, le représentant américain au Commerce, a été clair : « C’est assez difficile à résoudre. » Traduction : on est dans la merde, et personne ne veut reculer.
Pourtant, les deux pays sont censés être des alliés. Des partenaires. Des amis, même. Alors pourquoi cette guerre commerciale traîne depuis des années sans solution ? Parce que derrière les chiffres, il y a une question plus simple, et plus gênante : les États-Unis veulent ce qu’ils veulent, et le Canada, lui, ne veut pas céder.
Le bois d’œuvre, ce poison qui corrompt tout
Tout a commencé en 2017. Trump avait décidé d’imposer des taxes douanières de 20 % sur le bois d’œuvre canadien, sous prétexte que le Canada « subventionnait » ses producteurs. Faux. Les Canadiens n’ont jamais subventionné leur industrie forestière, ils ont simplement respecté leurs quotas, comme prévu par l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Mais Trump, lui, voulait punir Ottawa pour avoir osé ne pas plier sur d’autres dossiers, comme l’achat d’avions de combat américains ou l’accès aux marchés agricoles.
Sauf que le Canada a refusé de jouer le jeu. Résultat ? Des années de tensions, des rounds de négociations qui tournent en rond, et une escalade qui ne profite à personne. Sauf aux lobbies américains, bien sûr, qui poussent pour fermer le marché canadien à la concurrence.
L’agriculture, ce dossier où Ottawa joue les durs
Mais le bois d’œuvre, c’est l’arbre qui cache la forêt. Le vrai problème, c’est l’agriculture. Les États-Unis veulent que le Canada ouvre ses frontières à leurs produits laitiers, leurs œufs, leur bœuf. Problème : les producteurs canadiens ne veulent pas.
Le Canada a un système de quotas stricts pour protéger son agriculture. Pourquoi ? Parce que sans ça, les fermes locales seraient écrasées par les géants américains. Exemple concret : en 2022, les exportations canadiennes de produits laitiers vers les États-Unis ont rapporté 1,2 milliard de dollars, mais si les frontières s’ouvraient, 90 % des laiteries québécoises disparaîtraient en cinq ans, selon une étude de l’Université Laval.
Greer le sait. Il le sait très bien. Mais Washington ne lâche rien. Parce que pour les États-Unis, le Canada est un marché trop juteux pour le laisser entre les mains des producteurs locaux.
Pourquoi personne ne veut négocier ?
Voilà la vraie question. Pourquoi les deux pays s’entêtent-ils à jouer les durs alors qu’ils savent très bien que personne n’y gagne ?
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Côté américain : parce que Trump a lancé le ballon, et personne n’ose le ramasser. Greer n’est pas Trump, mais il a hérité d’un dossier pourri. Et comme tout fonctionnaire, il sait que si tu ne bouges pas, tu ne risques rien.
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Côté canadien : parce qu’Ottawa a compris une chose simple, si tu cèdes une fois, tu cèdes toujours. Les États-Unis ont déjà forcé le Canada à réduire ses tarifs douaniers sur l’acier en 2018. Résultat ? Les usines canadiennes ont fermé, et les emplois avec. Personne ne veut revivre ça.
Le vrai jeu : qui va craquer le premier ?
Derrière les discours, il y a une stratégie de pression pure. Les États-Unis savent que le Canada dépend de ses exportations. Sans accord, les taxes montent. Sans accord, les marchés se ferment. Mais Ottawa, lui, a une carte à jouer : l’Europe.
Le Canada négocie en parallèle un accord de libre-échange avec l’UE. Si ça marche, les États-Unis perdront leur meilleur client. Greer le sait. Et ça, c’est ce qui le rend nerveux.
La solution ? Il n’y en a pas. Pas encore.
On est dans une impasse. Les États-Unis veulent des concessions. Le Canada veut protéger son marché. Et les deux camps savent que si l’un des deux cligne des yeux, il perd.
Alors Greer a raison : c’est difficile à résoudre. Parce que personne ne veut être le premier à céder. Et dans ce genre de guerre, le dernier qui tient debout gagne.
Mais attention : si les taxes montent encore, ce ne seront pas que les producteurs qui trinqueront. Ce seront les consommateurs. Vous. Parce qu’un produit canadien taxé à 20 %, c’est un produit plus cher dans votre magasin. Et ça, personne ne vous l’expliquera.
Le dernier mot ? Il n’y en a pas.
Juste une certitude : tant que les deux pays continueront à jouer les durs, la facture sera payée par les citoyens. Et ça, c’est une guerre que personne n’a gagnée d’avance.