L’automobile française mise tout sur Tanger, mais le jeu est truqué
Renault n’est pas le seul. Stellantis, Faurecia, Valeo… Les usines françaises ferment en métropole pendant que les groupes se ruent vers le Maroc. Pourquoi ? Parce que le pays offre des coûts de production 30 à 40 % inférieurs à ceux de France (source : rapport de la Chambre de Commerce Franco-Marocaine, 2023). Sauf que ces chiffres cachent une réalité moins reluisante : les salaires marocains dans l’automobile sont si bas que même les usines chinoises commencent à regarder ailleurs. Le problème ? Ces usines marocaines ne vendront pas leurs voitures en Europe : elles ciblent les marchés africains et moyen-orientaux. Autrement dit, la France exporte des emplois… pour importer des voitures à bas prix sur son propre territoire. Personne ne le dit clairement, mais c’est une forme de dumping social déguisé en « partenariat gagnant-gagnant ».
Et puis il y a l’énergie. TotalEnergies a signé un méga-contrat pour développer 3 GW d’éolien offshore au Maroc d’ici 2035. Un projet pharaonique, présenté comme une victoire verte. Sauf que les promoteurs marocains ont déjà dénoncé des retards dans les raccordements au réseau, un classique des grands chantiers africains. Qui va payer les pénalités si le projet dérape ? Les actionnaires français, bien sûr. Pas les contribuables marocains.
L’agroalimentaire français étouffe les producteurs locaux
Danone, Lactalis, Avril… Les géants français du lait et de la viande investissent massivement au Maroc, où les coûts de production sont 20 % moins chers qu’en France (étude de l’INRAE, 2022). Le problème ? Ces usines achètent la production locale à prix cassés, puis réexportent vers l’Europe sous étiquette française. Résultat : les petits éleveurs marocains, déjà fragilisés par la sécheresse, se retrouvent en concurrence directe avec des usines subventionnées par des fonds européens. Au final, qui gagne ? Les actionnaires. Qui perd ? Les paysans marocains et les consommateurs européens, qui paient des produits « made in France » fabriqués avec une main-d’œuvre sous-payée.
Le pire ? Ces investissements sont souvent présentés comme une « coopération Sud-Sud ». En réalité, c’est une recolonisation économique : la France exporte ses usines fermées, ses technologies obsolètes et ses excédents de production, tout en gardant le contrôle des filières. Personne ne pose la question : et si le Maroc se lasse un jour de jouer ce rôle de sous-traitant ?
L’État français finance sans le dire
Voici le vrai scoop : une partie de ces investissements est indirectement soutenue par l’argent public français. Via des garanties à l’export (Bpifrance), des prêts bonifiés (AFD), ou des accords bilatéraux, l’État français prend des risques sans que les citoyens en aient conscience. Par exemple, le fonds « Proparco » (filiale de l’AFD) a injecté 150 millions d’euros dans des projets énergétiques marocains depuis 2020. Si ces projets échouent, ce sera le contribuable qui épongera. Mais où est le débat démocratique là-dedans ?
Et puis il y a la question des subventions européennes. Le Maroc bénéficie du statut de « partenaire privilégié » de l’UE, ce qui lui donne accès à des aides agricoles et industrielles sans contreparties réelles. Résultat : les producteurs français se plaignent de concurrence déloyale, mais l’UE ferme les yeux. Parce que le Maroc, c’est aussi un rempart contre l’immigration clandestine. Un marché de dupes ? Non. Un marché très bien organisé.
Le Maroc joue les arbitres, et les Français ne voient rien venir
Le gouvernement marocain adore ces investissements. Pourquoi ? Parce qu’ils créent des emplois… mais surtout parce qu’ils renforcent son emprise sur les ressources stratégiques.**
Prenez l’eau. Le Maroc a nationalisé ses nappes phréatiques et limite désormais l’accès aux investisseurs étrangers. Sauf pour les Français. Renault a obtenu des concessions exceptionnelles pour son usine de Tanger. Pourquoi cette faveur ? Parce que le Maroc a besoin des technologies françaises… mais aussi parce que Rabat mise sur une dépendance économique mutuelle. Si la France se retire demain, le Maroc perd. Si le Maroc ferme les vannes, la France perd aussi.
C’est ça, le vrai jeu : un rapport de force où les deux camps savent qu’ils ont besoin l’un de l’autre. Sauf que les perdants, comme d’habitude, sont ceux qui n’ont pas voix au chapitre.
Et après ? Quand tout s’effondrera
Les usines marocaines feront-elles faillite ? Les éoliennes ne tourneront-elles pas ? Les accords agricoles seront-ils dénoncés ? Personne ne se pose la question. Parce que pour l’instant, les chiffres sont beaux. 1 milliard d’euros investis, des milliers d’emplois créés (en théorie), des contrats signés à la hâte.
Mais quand les premiers licenciements frapperont, quand les premiers projets seront abandonnés, qui paiera ? Pas les actionnaires, qui auront déjà récupéré leurs dividendes. Pas les États, qui auront déjà tourné la page. Les seuls à trinquer, ce seront les travailleurs marocains et les citoyens européens, qui auront financé une machine à gaz sans en voir les rouages.
Le vrai risque ? Que dans 10 ans, on se rende compte que cette ruée vers le Maroc n’était qu’un mirage économique, une façon pour la France de se donner bonne conscience en externalisant ses problèmes. Sans que personne n’ait vraiment gagné.