Le 12 mars dernier, la Banque de France a sorti ses nouvelles prévisions. Pas de surprise : la croissance française stagne. +0,4 % en 2026, c’est tout. Le pire depuis 2012, hors Covid. L’Insee, lui, avait déjà sonné l’alarme il y a quelques semaines. Mais la Banque de France, elle, joue les optimistes. Pas de « décrochage », pas de panique. Juste un « ralentissement » qu’il faudrait « relativiser ». Relativiser quoi, au juste ? Le fait que la France traîne derrière l’Allemagne, l’Espagne, même l’Italie ? Que nos voisins européens, eux, tablent sur +1,2 % en moyenne pour la même année ?
Le chiffre que personne ne veut commenter
La Banque de France a un problème : ses chiffres ne collent pas avec la réalité. En 2023, la croissance française était de +0,9 %. En 2024, elle devrait à peine frôler +1 %. Et en 2026, on nous promet à peine plus qu’un trimestre sur quatre. Pourtant, les indicateurs de confiance des ménages et des entreprises restent stables, voire en légère hausse. Alors, où est le problème ?
Réponse : dans la demande intérieure. La Banque de France mise sur un rebond en 2025, porté par les ménages. Sauf que les ménages français, eux, n’ont plus les moyens. L’inflation a grillé leurs salaires, les prix de l’immobilier les étouffent, et l’épargne, qui avait servi de tampon pendant le Covid, s’épuise. Résultat : la consommation stagne. Or, sans consommation, pas de croissance. C’est aussi simple que ça.
La demande intérieure, ce leurre
La Banque de France parie sur un effet « rattrapage » en 2025. Les ménages, après avoir serré la ceinture, se remettraient à consommer. Sauf que les données du dernier baromètre de l’Insee (février 2024) montrent une tout autre tendance : les Français reportent leurs achats, pas par manque d’envie, mais par manque de moyens. Le pouvoir d’achat réel a chuté de 1,5 % en un an. Comment voulez-vous qu’ils dépensent plus quand leurs factures d’énergie et de logement explosent ?
Et puis, il y a l’emploi. La France crée des emplois, oui, mais pas assez, et pas les bons. Les CDD, les temps partiels subis, les métiers en tension… Le marché du travail reste fragile. Or, sans emplois stables, pas de consommation stable. La Banque de France ferme les yeux sur ce détail. Pourtant, c’est lui qui explique pourquoi nos voisins font mieux.
L’Allemagne et l’Espagne, ces modèles qu’on ignore
L’Allemagne affiche +0,3 % en 2023, mais elle table sur +1,5 % en 2026. L’Espagne, elle, a rebondi après le Covid (+2,5 % en 2023) et vise +2 % l’an prochain. Comment font-ils ?
Deux mots : investissements publics et réforme structurelle. L’Allemagne a misé sur les énergies vertes, l’Espagne sur le tourisme et les infrastructures. Résultat : leur demande intérieure est tirée par des secteurs porteurs, pas par des ménages à bout de souffle. La France, elle, reste accrochée à son vieux modèle : un peu de BTP, un peu de services, et beaucoup de dépendance à la consommation des ménages.
La Banque de France le sait. Elle cite même, dans son rapport, les « rigidités du marché du travail » et « le manque d’investissement productif ». Mais au lieu d’en tirer les conséquences, elle préfère parler de « cycles économiques » et de « facteurs temporaires ». Comme si le temps pouvait effacer des décennies de réformes bâclées.
Le vrai sujet : on ne veut pas voir la réalité
Le problème, ce n’est pas la croissance. C’est qu’on refuse d’admettre que notre modèle est en panne. La Banque de France joue les optimistes par habitude. Parce que dire « décrochage », c’est admettre que les politiques menées depuis des années ne marchent pas. Que le CICE, les baisses de charges, les plans de relance… tout ça n’a servi à rien. Que la France, en réalité, a perdu du terrain.
Prenez l’exemple de Renault. En 2023, le groupe a enregistré une perte nette de 6,2 milliards d’euros. Pourtant, l’État continue de le subventionner. Pourquoi ? Parce qu’on a peur de la vérité : notre industrie n’est plus compétitive. Et si on arrête de mentir, il faudra bien choisir entre fermer les usines ou les moderniser. Personne n’a envie de cette discussion.
2026, l’année où tout bascule (ou pas)
La Banque de France mise sur 2025 pour un rebond. Sauf que les signes sont mauvais. Le chômage repart à la hausse (+0,2 point au T1 2024, selon Pôle Emploi), les défaillances d’entreprises augmentent (+3,5 % sur un an), et les investissements des entreprises stagnent. Si rien ne change, 2026 sera pire que prévu.
Pourtant, personne ne parle de plan de sauvetage. Pas de grand emprunt, pas de relance massive, pas de choc de compétitivité. Juste des promesses creuses et des chiffres arrondis. La Banque de France, elle, continue de croire au Père Noël économique. Dommage pour les Français, qui, eux, savent très bien que les cadeaux ne tombent plus du ciel.
La France en 2026 : un pays qui freine
En 2026, la France aura 10 ans de croissance molle derrière elle. Dix ans à traîner la patte, à regarder nos voisins nous doubler, à nous voiler la face avec des mots doux comme « ralentissement » ou « ajustement ».
Le vrai danger, ce n’est pas la croissance à 0,4 %. C’est qu’on s’habitue. Qu’on finit par trouver normal de stagner. Que les jeunes générations intègrent, sans broncher, que leur pays ne sera jamais un leader. Que les investisseurs étrangers se détournent, las d’attendre des réformes qui ne viendront jamais.
La Banque de France a raison sur un point : il ne faut pas parler de « décrochage ». Parce que le décrochage, c’est déjà fait. Il a eu lieu il y a des années. Et personne n’a rien vu venir.