En 2023, un rapport interne de la société Driscoll’s, géant américain de la fraise et de la framboise, a fuité. Pas un rapport sur des profits, ni sur des stratégies marketing. Non. Un document qui parle de pesticides. Pas des traces, pas des résidus anodins. Des dépassements systématiques des limites légales dans des livraisons de framboises destinées à l’Europe, entre 2022 et 2024. On parle de 1200 tonnes de fruits, assez pour remplir trois piscines olympiques. Assez pour que des millions de consommateurs en mangent sans le savoir, sans que personne ne bronche vraiment avant l’alerte, fin 2024, d’un lanceur d’alerte anonyme au Washington Post.
Driscoll’s n’a jamais rappelé ces produits. Officiellement, tout est sous contrôle. Mais les chiffres, eux, ne mentent pas. Selon les données de la Health Canada, organisme de santé publique canadien, les échantillons prélevés en 2023 sur des framboises importées (sans préciser la marque) ont révélé des taux de chlorpyrifos, un pesticide neurotoxique interdit dans l’UE depuis 2020, jusqu’à 3 fois supérieurs aux seuils autorisés. Le Canada, lui, autorise encore ce produit, mais avec des limites. Sauf que ces limites, Driscoll’s les a souvent franchies. Et personne n’a rien dit.
Pourquoi les tests officiels n’ont rien capté ?
Le problème, c’est que les contrôles ne sont pas faits au hasard. Ils dépendent des plaintes, des soupçons, ou des campagnes ciblées. En 2022, l’UE a renforcé ses inspections sur les fruits américains après des scandales similaires sur les fraises. Mais les framboises ? Moins médiatisées, moins contrôlées. Résultat : sur 500 échantillons testés par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) en 2023, seulement 12 étaient des framboises. Douze. Pour des millions de tonnes importées.
Et puis il y a le délai. Un test prend 3 à 6 semaines. Entre-temps, les pots de framboises sont déjà dans les rayons. Dans vos placards. Dans les yaourts, les tartes, les smoothies. Vous croquez. Vous mangez. Et personne ne vous prévient.
Driscoll’s : l’art de contourner les règles
Driscoll’s, c’est le premier fournisseur mondial de fraises et framboises. Leur logo rouge est partout : en supermarché, en restauration, dans les usines de transformation. Leur business model ? Des contrats longs, des prix bas, et des livraisons massives. En 2023, ils ont écoulé plus de 2 milliards de dollars de fruits aux États-Unis et en Europe. Avec un seul impératif : la rentabilité.
Leur méthode ? Des fermes sous-traitantes au Mexique et en Amérique centrale, où les normes environnementales sont… flexibles. Un rapport de Public Eye, ONG suisse, a révélé en 2021 que des travailleurs de ces fermes étaient exposés à des pesticides sans équipement de protection, et que les sols étaient contaminés bien au-delà des limites légales. Driscoll’s a toujours nié toute responsabilité directe. *