Powell sort blanchi, mais Trump n’a pas dit son dernier mot
Le rapport de l’inspection générale de la Réserve fédérale est clair : pas de motifs raisonnables pour engager des poursuites pénales contre Jerome Powell. Pas de fraude, pas de conflit d’intérêts flagrant, pas de preuve qu’il a menti ou manipulé les marchés. Juste un constat technique, sec, signé par des fonctionnaires qui ont passé au crible des années de décisions. Sauf que ça, Donald Trump ne veut pas l’entendre.
Pourtant, le rapport existe. 120 pages, vérifiées, estampillées par le gendarme interne de la Fed. Assez pour que les avocats de Powell sourient, assez pour que les marchés respirent un peu. Sauf que Trump, lui, voit autre chose. Ou plutôt, il voit ce qu’il veut voir : un prétexte pour crier à la trahison.
« Il devrait être contraint de démissionner, ou poursuivi », a-t-il tweeté mercredi, comme si le rapport n’avait jamais existé. Le problème ? Les faits sont têtus. Et les faits, c’est que l’inspection générale a passé au peigne fin les accusations de Trump et de ses alliés républicains. Résultat : rien. Pas de preuve que Powell ait agi de manière illégale en relevant les taux d’intérêt, pas de preuve qu’il ait caché des informations, pas de preuve qu’il ait favorisé des intérêts privés. Juste… des décisions techniques, prises dans un contexte économique complexe.
Pourquoi Trump s’acharne ? Parce que Powell incarne ce qu’il déteste
Powell, c’est l’homme qui a osé faire monter les taux alors que Trump voulait les garder à zéro pour booster l’économie avant l’élection de 2020. Powell, c’est celui qui a refusé de jouer les marionnettes politiques, même quand la Maison-Blanche lui soufflait dans le cou. Powell, c’est le symbole d’une Fed indépendante, et Trump, lui, veut une Fed à son image : soumise, docile, prête à imprimier des milliards pour sauver son électorat.
Le rapport de l’inspection générale tombe à pic pour Powell. Il arrive comme une bouffée d’oxygène dans une guerre qui dure depuis des années. Mais ça ne calmera pas Trump. Parce que pour lui, la vérité, ça n’existe pas. Il y a sa version des faits, et puis il y a la réalité. Et la réalité, ça l’embête.
« Les taux ont été relevés de manière excessive, et Powell en porte la responsabilité », a-t-il répété, comme si le rapport n’était qu’un avis parmi d’autres. Sauf que non. Ce rapport, c’est celui du gendarme interne de la Fed. Pas d’un partisan, pas d’un lobbyiste, mais d’un organe censé être neutre. Et ce gendarme dit : « On a cherché, on n’a rien trouvé. »
Alors pourquoi les marchés s’en fichent ?
Parce que les marchés, eux, ils ont autre chose à faire. Ils savent que Powell va continuer à faire son travail : surveiller l’inflation, ajuster les taux si besoin, sans se laisser dicter sa conduite par un président en colère. Les marchés savent aussi que Trump n’a aucun pouvoir réel sur la Fed. Il peut tweeter, menacer, insulter, mais au final, Powell reste gouverneur. Et les traders, eux, ils parient sur la stabilité, pas sur les caprices d’un homme politique.
« La Fed est indépendante, et elle le restera », a rappelé Powell lors d’une audition au Congrès en 2021. À l’époque, Trump hurlait déjà . Aujourd’hui, il hurle encore. Mais les marchés, eux, ils ont appris à ignorer les bruits de fond.
Le vrai problème ? Ce rapport ne règle rien
Le rapport de l’inspection générale, c’est une victoire pour Powell. Une victoire étroite, mais une victoire quand même. Sauf que ça ne change rien à la guerre culturelle qui oppose Trump à la Fed. Parce que pour Trump, Powell n’est pas qu’un gouverneur : c’est un symbole. Un symbole de l’establishment, de Washington, de tout ce qu’il déteste.
Et puis, il y a un détail qui cloche. Le rapport ne parle que des accusations pénales. Pas des accusations politiques. Pas de la question de savoir si Powell a eu raison ou tort sur la politique monétaire. Juste : « Est-ce qu’il a enfreint la loi ? Non. »
Alors Trump passe à l’étape supérieure. Il ne veut plus juste faire démissionner Powell. Il veut le discréditer. Il veut que les Américains se demandent : « Et s’il avait menti ? Et si la Fed avait caché quelque chose ? »
La Fed joue avec le feu, et personne ne bronche
Le vrai problème, c’est que cette guerre ouverte entre Trump et Powell, ça n’intéresse personne d’autre. Les républicains au Congrès ? Ils crient avec Trump. Les démocrates ? Ils soutiennent Powell. Les marchés ? Ils s’en moquent. Le public ? Il a autre chose à faire.
Pourtant, c’est une bataille qui compte. Parce que si Trump parvient à discréditer Powell, il affaiblira la Fed. Et une Fed affaiblie, c’est une Fed qui peut être manipulée. Par Trump, par un autre président, par n’importe qui.
« La crédibilité de la Fed est en jeu », a averti un ancien gouverneur de la Fed, Randall Kroszner. Mais personne ne l’écoute. Parce que quand la politique et l’économie se mélangent, les perdants, ce sont toujours les citoyens.
Powell a survécu à Trump. Mais la Fed, elle, reste en danger
Le rapport est là . Il est solide. Il est neutre. Mais ça ne suffira pas. Parce que Trump ne lâchera pas. Il va continuer à attaquer, à menacer, à essayer de faire basculer l’opinion publique. Et Powell, lui, il va continuer à faire son travail.
Le problème, c’est que cette guerre use tout le monde. Elle use la Fed, elle use Powell, elle use même les marchés, qui finissent par se demander : « Jusqu’où Trump ira-t-il ? »
La réponse, c’est qu’on ne sait pas. Mais une chose est sûre : ce rapport, aussi rassurant soit-il, ne mettra pas fin à la bataille. Il ne fera que la reporter.
Et pendant ce temps, les taux restent hauts, l’inflation traîne, et les Américains paient la note.
La Fed a gagné une bataille. Mais la guerre, elle, ne fait que commencer.