Le chiffre qui cloche toujours
En septembre 2026, le rapport officiel du Bureau of Labor Statistics (BLS) affiche encore une inflation sous-jacente à 3,2 % sur un an, bien au-dessus de l’objectif des 2 % de la Fed. Un détail ? Personne ne s’en émeut vraiment. Pourtant, c’est ce même chiffre que Neil Kashkari, président de la Fed de Minneapolis, a ressorti cette semaine dans une interview à Fox News, sans détour : « L’inflation reste trop élevée dans l’ensemble de l’économie américaine. Point. »
Et ça, c’est le problème. Les marchés ont déjà anticipé une baisse des taux d’ici fin 2026. Les ménages, eux, commencent à respirer. Mais la Fed, elle, regarde les chiffres comme si c’était 2022. Pourquoi cette obstination ?
Parce que les prix ne baissent pas comme ils devraient. Pas seulement à cause des loyers ou de l’énergie, non, le vrai nœud, c’est les services. Les salaires montent, les entreprises les répercutent, et la boucle est bouclée. La Fed le sait. Les ménages aussi. Mais personne ne veut en parler ouvertement.
Pourquoi les services résistent à toute logique
Les économistes adorent les graphiques. Ceux qui montrent l’inflation des biens (électronique, voitures) chuter depuis 2023, tandis que celle des services (restaurants, transports, santé) traîne à 4,1 %. Problème : les services, ça ne se régule pas avec des stocks ou des usines. Ça dépend des gens. Et des gens, il y en a de moins en moins.
Prenez les hôpitaux. Les coûts du personnel explosent, les assurances suivent, et les patients paient l’addition. Même chose pour les salaires minimaux : en 2026, 22 États ont relevé leur SMIC au-dessus de 15 $/h. Résultat ? Les petits commerces augmentent leurs prix, et les clients n’ont pas le choix. La Fed le mesure. Elle le commente. Mais elle ne propose aucune solution. Juste des taux élevés pour « refroidir » la demande.
Sauf que la demande, elle est déjà refroidie. Les ménages américains épargnent moins, consomment moins, et s’endettent pour garder leur niveau de vie. Le vrai risque ? Ce n’est pas l’inflation qui s’emballe, mais la croissance qui s’essouffle.
Le marché ignore le danger
Les actions montent. Les obligations aussi. Les gens croient à la baisse des taux. Pourtant, les données du Federal Reserve Bank of New York montrent que les anticipations des ménages sur l’inflation restent à 3,5 %, bien au-dessus des attentes des économistes. Personne ne veut y croire, mais les prix ne vont pas baisser par magie.
Kashkari l’a dit sans filtre : « Si les prix continuent de monter comme ça, la Fed devra agir. Pas de demi-mesure. » Traduction : les taux pourraient rester élevés plus longtemps que prévu. Les marchés ont l’habitude des cycles. La Fed, elle, joue avec le feu.
Ce que personne ne voit venir
Le vrai danger, ce n’est pas l’inflation elle-même. C’est l’effet domino. Si les prix des services continuent de stagner, les entreprises vont commencer à licencier. Pas massivement, non, mais assez pour que les ménages sentent le vent tourner. Et là, la Fed aura un choix cornélien : soit elle baisse les taux et relance l’inflation, soit elle les maintient et étouffe la croissance.
En 2026, les États-Unis ne sont plus en hyperinflation. Ils sont dans une stagnation sourde. Les prix montent, les salaires aussi, mais personne ne gagne vraiment. La Fed le sait. Elle le dit. Mais personne ne l’écoute.
La Fed bluffe-t-elle ?
Kashkari n’est pas un faucon. C’est un technocrate. Il cite des chiffres, il analyse des courbes, et il prend des décisions. Pas par idéologie, mais parce que c’est son job. Pourtant, son ton cette semaine était sans appel : « On n’a pas fini. »
La question n’est pas de savoir si la Fed a raison ou tort. C’est de savoir ce qu’elle cache. Parce que si l’inflation est vraiment le problème, pourquoi ne pas en parler autrement ? Pourquoi ne pas admettre que la vraie crise, ce n’est pas les prix, mais le manque de productivité ?
Les États-Unis produisent moins par habitant qu’en 2019. Les salaires montent, mais la productivité stagne. Les entreprises embauchent, mais les gains de productivité ? Ils sont quasi nuls. La Fed le sait. Les politiques aussi. Mais personne n’ose le dire.
La conclusion qui dérange
En septembre 2026, la Fed joue encore à l’équilibriste. Elle serrera les taux un peu plus longtemps, elle surveillera les prix, et elle espérera que les marchés ne s’affolent pas. Mais le vrai combat, lui, commence à peine.
Parce que l’inflation n’est pas un bug. C’est un symptôme. Et tant que personne ne traitera la maladie, le déclin de la productivité américaine, les prix continueront de monter. Même sans crise.
La Fed a raison sur un point : l’inflation reste élevée. Mais elle a tort de croire que les taux suffiront à la faire disparaître.