12 postes de cadres en moins chez Groupe E. Officiellement, c’est pour « raccourcir les circuits décisionnels ». Officieusement, c’est une façon de dire : on n’a plus besoin de vous, mais on va vous payer pour partir. Le groupe énergétique suisse confirme ce mardi le nombre définitif des suppressions dans son plan de réorganisation. Un chiffre qui tombe comme un couperet, et qui pose une question simple : à quoi bon garder des experts si on les remplace par des algorithmes ou des managers en formation accélérée ? La réponse, elle, est moins simple qu’il n’y paraît. Et elle ne fait pas rêver les salariés restants, ni les clients, d’ailleurs. Parce que quand on supprime des postes clés, ce n’est jamais pour le plaisir de la simplicité administrative. C’est pour serrer les coûts, point. Et ça, Groupe E le sait très bien. Mais alors, pourquoi s’embêter à justifier avec des mots comme « agilité » ou « transformation digitale » ? La vérité, c’est que ces licenciements sont l’arbre qui cache la forêt : le secteur énergétique suisse mise sur une main-d’œuvre moins chère, moins expérimentée, et surtout moins chère à licencier plus tard. Une stratégie qui sent le court-termisme à plein nez. Et qui pourrait bien se retourner contre eux quand les marchés se tendront à nouveau, parce que, soyons clairs, les crises énergétiques ne disparaissent pas comme par magie, elles reviennent, souvent plus violentes qu’avant. Ce que Groupe E ne dit pas, c’est que ces suppressions de postes vont alourdir les charges pour les équipes restantes. Moins de cadres, ça veut dire plus de travail pour ceux qui restent. Et moins de personnes capables de prendre des décisions éclairées quand il le faudra. Parce qu’un circuit décisionnel « raccourci » ne signifie pas « plus efficace ». Ça signifie souvent « plus lent à réagir » quand la situation se complique. Et dans l’énergie, les situations compliquées, on en voit régulièrement. Prenez l’exemple des grèves en France l’an dernier. Les entreprises qui avaient gardé leurs ingénieurs et cadres expérimentés ont pu négocier des solutions en urgence. Ceux qui avaient tout externalisé ou réduit leurs effectifs ont dû improviser, avec les résultats qu’on connaît. Groupe E joue avec le feu. En supprimant ces postes, ils misent sur une période de stabilité. Mais le secteur énergétique n’est stable que sur le papier. Les régulateurs suisses, eux, ferment les yeux. Pourquoi ? Parce que les plans de restructuration, ça se regarde de loin. Et parce que les 12 licenciés ne font pas le poids face aux économies réalisées. 12, c’est peu. Mais c’est un début. Le vrai danger, ce n’est pas le nombre. C’est la méthode. Quand une entreprise commence à justifier des licenciements par des termes flous comme « agilité » ou « simplification », c’est qu’elle prépare le terrain pour des suppressions bien plus massives. Regardez Engie en France, ou RWE en Allemagne : ils ont tous les deux réduit leurs effectifs cadres au nom de la « transition énergétique ». Résultat ? Des équipes surchargées, des erreurs coûteuses, et des clients qui trinquent. Chez Groupe E, on parle de « recentrage stratégique ». Traduction : on va se concentrer sur ce qui rapporte, et le reste, on s’en débarrassera. Le problème, c’est que dans l’énergie, ce qui rapporte aujourd’hui peut devenir un gouffre demain. Prenez les réseaux de distribution. Moins de cadres expérimentés, ça veut dire plus de risques de pannes non résolues à temps, plus de factures d’urgence pour les clients, et une image de marque en PLS. Sans parler des sanctions des régulateurs quand les délais ne sont pas respectés. Alors oui, Groupe E va économiser quelques millions sur ces licenciements. Mais à quel prix ? Celui des compétences perdues, celui de la réactivité en berne, et celui de la confiance ébranlée. Parce qu’un client, ça n’aime pas les justifications du style « on a réduit les coûts pour vous ». Ça aime les résultats. Et quand les lumières s’éteignent parce qu’un problème technique n’a pas été anticipé à cause d’une équipe sous-effective, c’est le client qui paie. Littéralement. Le vrai scandale, ce n’est pas le nombre de licenciés. C’est que personne ne semble s’en soucier. Ni les syndicats, ni les médias, ni même les actionnaires. Pourtant, ces 12 postes, ce ne sont pas des chiffres. Ce sont des années d’expérience, des réseaux de contacts, des connaissances terrain qui disparaissent. Et quand la prochaine crise éclatera, parce qu’elles éclatent toujours, Groupe E se retrouvera avec les poches pleines et les équipes vides. Comme toujours. Alors, 12 licenciements, c’est peu. Mais c’est un signal. Un signal clair : chez Groupe E, on préfère les économies immédiates aux compétences qui sauvent des têtes à long terme. La question n’est pas de savoir si ces suppressions sont justifiées. La question, c’est : qui va payer l’addition quand tout ça se retournera contre eux ? Spoiler : ce ne seront pas les cadres virés. Ce seront les autres. Et surtout, ce seront les clients. Parce qu’à la fin, dans l’énergie comme ailleurs, la facture, c’est toujours le consommateur qui la régule.