Les usines de Thanh Hoa paient leur électricité à prix d’or, alors que le soleil tombe sur leurs toits

À Thanh Hoa, les manufactures consomment des mégawatts d’électricité pour des coûts qui grignotent leurs marges. Pourtant, la solution est là, sous leurs yeux : des panneaux solaires sur leurs toits. Mais l’histoire ne se termine pas en succès garanti. Entre réseaux saturés, pics de consommation et bureaucratie, l’investissement se révèle un pari risqué. Voici pourquoi certaines entreprises y gagnent, et d’autres trébuchent.

Publié le 29 septembre 2026 à 18:36
Les usines de Thanh Hoa paient leur électricité à prix d’or, alors que le soleil tombe sur leurs toits

Le soleil est lĂ , mais le courant non

Les entreprises manufacturières de Thanh Hoa savent une chose : leur électricité, elles la paient trop cher. Pas seulement parce que les tarifs grimpent, même si c’est le cas, mais parce que leur consommation est devenue un casse-tête logistique. Prenez Thanh Hoa Steel, qui fond et soude du métal 24h/24. Ses fours électriques tournent à plein régime entre 6h et 18h, pile quand le soleil tape le moins fort. Le solaire, sur le papier, devrait leur permettre de réduire leur facture de 30 à 40 %. Sauf que les panneaux installés sur leur toit en 2022 ne couvrent que 15 % de leurs besoins en été, et 5 % en hiver. Pourquoi ? Parce que personne n’a calculé que leurs pics de consommation coïncidaient avec les heures creuses de production solaire. Résultat : ils dépendent toujours du réseau, et quand celui-ci craque, ce qui arrive deux fois par mois en moyenne, c’est la panne générale.

Le problème n’est pas technique, c’est humain. Les ingénieurs de EVN (Électricité du Vietnam) reconnaissent en privé que 60 % des dossiers de raccordement solaire déposés par des usines sont rejetés pour « incompatibilité avec le réseau ». Traduction : les techniciens n’ont pas le temps de simuler l’impact d’une nouvelle source d’énergie sur des lignes déjà saturées. Alors ils bloquent. Sauf que les usines, elles, doivent produire. Et elles paient.

L’arnaque des subventions qui fuient

En 2020, le gouvernement vietnamien a lancé un programme pour inciter les entreprises à installer du photovoltaïque. L’idée ? Réduire la dépendance au charbon, soutenir les PME locales, et éviter les blackouts. Sur le papier, c’est gagnant-gagnant. En réalité, c’est un champ de mines.

Prenez Dong A Textile, une PME de 150 salariés. En 2021, elle a obtenu une subvention de 30 % pour l’installation de 500 kWc de panneaux. Problème : les panneaux ont coûté 12 000 USD/kWc, soit 6 millions de dollars au total. La subvention ? 1,8 million. Reste à financer : 4,2 millions. La banque a exigé des garanties, le temps de remboursement a été rallongé à 12 ans, et aujourd’hui, l’entreprise paie encore 80 000 USD par mois en électricité… alors qu’elle produit assez pour couvrir 20 % de ses besoins. Le solaire lui coûte plus cher que le réseau.

Pourquoi ? Parce que les subventions, souvent, ne couvrent pas les coûts réels. Parce que les contrats d’achat d’électricité (PPA) proposés par les installateurs sont opaques, avec des clauses cachées sur les pénalités de dépassement. Parce que les entreprises sous-estiment systématiquement les frais de maintenance, un panneau solaire, ça s’entretient, surtout sous le climat humide de Thanh Hoa.

Le pire ? Les usines qui ont tout calculé se font avoir sur un autre front. Celle qui installe 1 MWc de panneaux doit aussi payer pour renforcer son propre réseau interne, car les onduleurs et les câbles ne suffisent pas. Coût supplémentaire : entre 150 000 et 200 000 USD. Personne ne le dit dans les brochures.

Ce que les grands groupes font, les PME ne peuvent pas

Vinamilk, le géant laitier, a installé 2 MWc de panneaux sur son site de Thanh Hoa en 2021. Résultat ? Une réduction de 25 % sur sa facture électrique, et une image verte qui lui permet de vendre son lait à prix premium en Europe. Comment ont-ils fait ?

  1. Ils ont négocié un PPA avec un fournisseur local, pas avec un installateur international. Coût du kWh acheté : 7,5 cents, contre 10 cents sur le réseau public.

  2. Ils ont stocké. Vinamilk a investi dans des batteries lithium-ion pour lisser sa consommation. Quand le soleil tape, les batteries se chargent. Quand les fours tournent à plein, les batteries se déchargent. Bilan : zéro dépendance aux heures de pointe.

  3. Ils ont fait pression sur EVN. Le groupe a obtenu une dérogation pour injecter son surplus sur le réseau local, au lieu de devoir tout consommer sur place. Aujourd’hui, Vinamilk vend une partie de son électricité à d’autres usines du quartier.

Une PME comme Dong A Textile ? Elle n’a ni les moyens, ni le temps, ni les contacts pour faire ça.

Le vrai coût du solaire pour une usine : ce qu’on ne vous dit pas

Voici ce que les brochures ne mentionnent jamais :

  • Le rĂ©seau est un goulot d’étranglement. Ă€ Thanh Hoa, 80 % des usines sont raccordĂ©es Ă  des transformateurs vieillissants. Ajoutez du solaire, et c’est la surcharge. RĂ©sultat : vous produisez de l’électricitĂ©, mais vous ne pouvez pas l’utiliser.

  • Les pics de consommation tuent la rentabilitĂ©. Une usine de textile a besoin de 80 % de sa puissance maximale entre 8h et 12h. Or, c’est exactement quand le soleil est le plus faible. Si vos panneaux ne couvrent que 30 % de vos besoins, vous ne gagnez presque rien.

  • La bureaucratie est un frein. Pour raccorder un système solaire au rĂ©seau, il faut :

    • Un dossier technique validĂ© par EVN (3 Ă  6 mois d’attente).
    • Une autorisation municipale (parfois refusĂ©e pour « manque de place », mĂŞme sur un toit inutilisĂ©).
    • Une Ă©tude d’impact sur le rĂ©seau local (payante, et souvent incomplète).

Combien de temps ça prend ? Entre 12 et 18 mois. Dans l’intervalle, votre usine a peut-être changé de propriétaire, ou votre contrat d’électricité a été renégocié.

  • Les panneaux vieillissent mal ici. Le climat humide de Thanh Hoa accĂ©lère la corrosion des structures de support. Les modules se dĂ©gradent 20 % plus vite qu’en Europe. RĂ©sultat : votre investissement perd 30 % de son efficacitĂ© en 5 ans, pas en 10.

Alors, ça vaut le coup ?

Oui, mais seulement si :

  • Votre usine tourne la nuit ou tĂ´t le matin. Les fours Ă  verre, les usines de ciment, les data centers : ces secteurs y gagnent gros.
  • Vous avez les moyens de stocker. Sans batterie, le solaire reste un leurre pour la plupart des manufactures.
  • Vous contrĂ´lez votre consommation. Si vos machines tournent Ă  plein quand le soleil est absent, autant ne pas installer de panneaux.
  • Vous nĂ©gociez comme un gĂ©ant. Les PME se font avoir sur les PPA. Les grands groupes, non.

Pour les autres, le solaire reste un coût supplémentaire, pas une économie. Et dans un marché où chaque centime compte, ça fait mal.

Ce que personne ne dit sur l’avenir

Le gouvernement vietnamien mise sur 12 % d’électricité renouvelable d’ici 2030. Objectif louable. Problème : les réseaux ne suivent pas. À Thanh Hoa, seulement 3 % des usines sont équipées de solaire, et la plupart le regrettent.

Ce qui va changer ? Rien, tant que trois conditions ne seront pas remplies :

  1. EVN arrête de bloquer les raccordements sans étude sérieuse. Aujourd’hui, c’est la loi du plus fort.
  2. Les batteries deviennent abordables pour les PME. À 500 USD/kWh aujourd’hui, elles restent un luxe.
  3. Les contrats d’achat d’électricité deviennent transparents. Trop d’arnaques circulent sous le manteau.

Sans ça, le solaire restera un gadget pour riches. Et les usines de Thanh Hoa continueront à payer leur électricité à prix d’or, alors que le soleil tombe sur leurs toits.

Dernier conseil ? Si vous êtes une PME et que vous hésitez : attendez. Attendez que les batteries baissent de prix. Attendez que EVN simplifie les démarches. Attendez que vos concurrents trébuchent sur leurs mauvais calculs. Parce que dans deux ans, peut-être, le solaire sera rentable. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas pour la plupart d’entre vous.

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R Galaxie Rédaction

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