L'Égypte achète du Bitcoin en cachette pendant que sa monnaie s'effondre

Depuis 2020, posséder des bitcoins en Égypte peut coûter cher : jusqu’à trois ans de prison. Pourtant, les échanges en pair-à-pair ont explosé de 300 % depuis la dévaluation de la livre. Pourquoi les Égyptiens prennent-ils autant de risques ? Et pourquoi le gouvernement ferme-t-il les yeux ?

Publié le 10 septembre 2026 à 08:03
L'Égypte achète du Bitcoin en cachette pendant que sa monnaie s'effondre

Le marché noir du Bitcoin explose, malgré la prison qui guette

En Égypte, les prix des produits de base grimpent. Le kilo de riz coûte 30 livres de plus qu’il y a six mois. Les salaires, eux, stagnent. Dans ce contexte, une solution se dessine, illégale mais efficace : le Bitcoin. Depuis le début de l’année, les échanges pair-à-pair (P2P) ont bondi de 300 %, selon les données de LocalBitcoins, la plateforme la plus utilisée dans le pays. Pourtant, la loi égyptienne est claire : posséder ou échanger des cryptomonnaies peut valoir jusqu’à trois ans de prison. Alors pourquoi tout le monde s’y met ?

Parce que la livre égyptienne s’effondre. Officiellement, le gouvernement maintient un taux de change fixe : 1 dollar = 15 livres. Mais sur le marché noir, la devise vaut plus de 30 livres. Les Égyptiens savent que leur argent perd de la valeur chaque jour. Alors ils se tournent vers le Bitcoin, une valeur refuge qui, elle, ne dépend pas des décisions du gouvernement.

Le problème ? Personne ne veut en parler ouvertement. Les banques égyptiennes bloquent les transactions liées aux cryptos. Les plateformes d’échange comme Binance ou Coinbase sont interdites. Pourtant, les gens continuent. Comment ? Via des groupes Telegram, des forums clandestins, et surtout, en cash. Les échanges se font dans des cafés, des hôtels ou même des parkings, comme à Alexandrie, où un réseau de revendeurs s’est organisé pour contourner la censure.

Pourquoi le gouvernement n’intervient pas ?

La réponse est simple : parce que ça marche. Officiellement, le gouvernement égyptien combat les cryptomonnaies. En 2020, la Banque centrale a interdit toute transaction en Bitcoin, sous peine de prison. Mais dans les faits, les autorités ferment les yeux. Pourquoi ? Parce que la livre égyptienne est un désastre, et que le Bitcoin permet d’exporter des capitaux sans passer par les banques locales, qui sont déjà en difficulté.

Prenez l’exemple de Mohamed, 32 ans, ingénieur au Caire. Il gagne environ 20 000 livres par mois (environ 650 dollars au taux officiel). Mais avec le taux noir, son salaire vaut moins de 400 dollars. Alors, il achète des bitcoins en secret, via un revendeur qu’il a rencontré sur Telegram. « Je ne peux pas mettre mon argent à la banque, ils vont tout bloquer ou le dévaluer encore. Le Bitcoin, au moins, il ne dépend pas d’eux », explique-t-il, sous couvert d’anonymat.

Le gouvernement égyptien a un autre problème : la fuite des capitaux. Chaque année, des milliers d’Égyptiens expatriés envoient de l’argent à leur famille via des plateformes comme Wise ou Western Union. Mais avec l’inflation, ces transferts deviennent de moins en moins utiles. Le Bitcoin, lui, permet d’envoyer de la valeur sans passer par le système bancaire égyptien, qui est déjà à bout de souffle.

Les risques sont immenses, mais les gens s’en foutent

En théorie, si vous vous faites prendre avec des bitcoins en Égypte, vous risquez jusqu’à trois ans de prison. En pratique, personne n’est allé en prison pour ça. Pourquoi ? Parce que les autorités n’ont pas les moyens de traquer chaque transaction. Et puis, qui va dénoncer ? Les gens ont trop besoin de cette solution.

Prenez le cas de Nadia, 28 ans, employée dans une PME du Caire. Elle achète des bitcoins depuis six mois, via un ami qui a un compte sur Binance. « Je ne peux pas me permettre de perdre mon argent en livres. Alors je mise sur le Bitcoin, même si c’est illégal », dit-elle. Le problème ? Si demain le gouvernement décide de fermer les robinets, elle pourrait tout perdre. Mais aujourd’hui, elle n’a pas le choix.

Les plateformes d’échange comme LocalBitcoins ou Paxful sont devenues des marchés noirs. Les utilisateurs égyptiens y sont les plus actifs du Moyen-Orient. Et les prix ? Volatils, comme partout. Mais pour beaucoup, c’est le seul moyen de protéger son épargne.

Ce que le gouvernement ne veut pas voir

Le vrai danger pour le régime égyptien, ce n’est pas le Bitcoin en soi. C’est ce qu’il représente : une alternative au système financier contrôlé par l’État. Si les Égyptiens continuent à se tourner vers les cryptos, cela signifie qu’ils ne font plus confiance à leur monnaie, ni à leur banque centrale.

Et ça, personne au pouvoir ne veut l’admettre. Officiellement, le gouvernement égyptien maintient son discours : « Le Bitcoin est une arnaque, une menace pour la stabilité économique ». Mais dans les faits, il ne fait rien pour l’arrêter. Pourquoi ? Parce que la livre égyptienne est déjà morte. Et que le Bitcoin, malgré ses risques, reste une bouée de sauvetage pour des millions de personnes.

La prochaine étape : et si le gouvernement cédait ?

Certains économistes égyptiens, comme Hassan Khan, professeur à l’Université du Caire, estiment que le gouvernement devrait légaliser le Bitcoin. « La livre est en train de s’effondrer, et le Bitcoin est déjà utilisé massivement. Si l’État ne fait rien, il va perdre le contrôle total de l’économie », explique-t-il. Pour lui, la seule solution serait d’autoriser les cryptos, mais sous contrôle, pour éviter la fuite des capitaux.

Mais jusqu’à présent, personne n’ose. Parce que reconnaître l’échec de la livre égyptienne, c’est admettre que le système est en train de s’écrouler. Et ça, aucun gouvernement ne veut l’entendre.

Alors les Égyptiens continuent d’acheter des bitcoins en cachette. Parce que dans un pays où la monnaie ne vaut plus rien, mieux vaut risquer la prison que de voir son épargne fondre comme neige au soleil.

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R Galaxie Rédaction

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