Ebola s’invite dans les écoles de l’Ituri, et personne ne réagit vraiment comme il le faudrait
Un élève tousse dans la classe de Bunia. Les autres se rapprochent. Personne ne recule. Personne ne sort son gel hydroalcoolique. Personne ne pense à prévenir le professeur. C’est comme ça, dans plusieurs écoles de l’Ituri, depuis plus d’un mois.
Le chiffre officiel est là : 25 élèves infectés par Ebola depuis la rentrée scolaire 2026-2027, selon le directeur provincial de l’éducation, cité mercredi 14 octobre. Un mois après la reprise des cours. Un mois à perdre. Et les cas continuent de monter.
Pourtant, les consignes existent. Les kits de prévention aussi. Mais sur le terrain, ça ne suffit pas.
Les écoles, terrain de jeu involontaire du virus
L’Ituri, c’est la province où la maladie a resurgi en 2025 après des années d’absence. Et cette fois, elle frappe là où on ne l’attend pas : dans les salles de classe. Pas seulement parce que les enfants sont des vecteurs, mais parce que les écoles deviennent des zones de contamination silencieuse.
Un rapport de l’OMS publié en juillet 2026 (avant même la rentrée) alertait sur les risques de transmission dans les milieux scolaires en période épidémique. Les auteurs parlaient de surpopulation, de manque d’hygiène, et de formation insuffisante du personnel. Trois mots qui résument la situation actuelle.
À Bunia, la capitale provinciale, les classes dépassent souvent les 50 élèves. Les toilettes ? Souvent en plein air. Les lavabos ? Un par école, quand il y en a. Et les profs ? Beaucoup n’ont pas suivi la formation obligatoire sur Ebola, organisée… en 2025. Un an que les choses ont changé.
La prévention, un mot qui fait sourire
Le gouvernement provincial a lancé des campagnes de sensibilisation. Des affiches sont accrochées dans les écoles. Des distributions de kits (gants, masques, gel) ont eu lieu. Sur le papier, tout est en place.
Mais sur le terrain, c’est autre chose.
À l’école primaire de Drodro, à 30 km de Bunia, une enseignante demande à parler sous couvert d’anonymat. « On nous a donné des masques, mais ils sont trop grands pour les enfants. Alors on les range dans un tiroir. Et puis, comment faire respecter les consignes quand les parents eux-mêmes ne les suivent pas ? »
Le problème, c’est que la prévention dépend des élèves, des profs… et des parents. Or, dans une région où la méfiance envers les structures étatiques est forte, beaucoup considèrent Ebola comme une « maladie des autres ». Les enfants jouent, se serrent la main, partagent les mêmes crayons. Personne ne les arrête.
Pourquoi les autorités ferment-elles les yeux ?
Le directeur provincial de l’éducation, M. Kabange, a reconnu lors de son point de presse que « la situation est préoccupante ». Mais concrètement, que fait-on ?
- Fermer les écoles ? Non. « On ne peut pas, répond un responsable de santé. Ça aggraverait la crise sociale. » Traduction : on préfère laisser le virus circuler plutôt que de déclencher une panique.
- Renforcer les contrôles ? À moitié. Quelques postes de dépistage ont été installés, mais seulement dans les zones urbaines. Pas dans les villages, où la plupart des cas sont détectés trop tard.
- Former le personnel ? Trop peu, trop tard. Les profs ne savent pas toujours reconnaître les symptômes. Les infirmières scolaires ? Il n’y en a pas.
Le vrai problème, c’est que personne n’a de plan B. On improvise. On attend que ça passe. Comme en 2018, quand l’épidémie avait frappé la RDC. Sauf qu’aujourd’hui, le virus est plus résistant.
Ce que les chiffres ne disent pas
25 élèves. C’est le nombre officiel. Mais les associations locales estiment que le vrai chiffre est au moins deux fois plus élevé. Pourquoi ? Parce que beaucoup de cas ne sont pas déclarés. Soit par peur, soit parce que les familles n’ont pas les moyens de se déplacer jusqu’aux centres de santé.
Pire : les décès ne sont pas toujours comptabilisés. À l’hôpital de Bunia, un médecin anonyme confie : « On enterre les corps la nuit. Sans certificat. Sans trace. » Officiellement, ça n’existe pas.
Et puis, il y a l’effet domino. Un enfant infecte sa famille. Sa famille infecte ses voisins. Ses voisins, les autres classes. Le virus se propage comme une traînée de poudre.
Que faire, vraiment ?
La solution, elle est simple. Mais elle demande du courage.
- Fermer les écoles le temps que la situation se stabilise. Oui, ça va créer des problèmes. Mais mieux vaut une crise éducative que des centaines de morts.
- Former tout le monde. Pas seulement les profs, mais aussi les élèves, les parents, les agents de nettoyage. Avec des exercices pratiques. Pas des vidéos de 10 minutes.
- Dépister massivement. Pas seulement à Bunia, mais dans tous les villages. Avec des équipes mobiles, pas en attendant que les gens viennent.
- Arrêter de mentir sur les chiffres. Si on ne sait pas combien de cas il y a, comment on peut espérer les contrôler ?
Le vrai scandale, ce n’est pas Ebola. C’est qu’on laisse faire.
Depuis 2018, la RDC a connu plusieurs épidémies. À chaque fois, la même danse : on attend, on minimise, on improvise. Et à chaque fois, c’est pire.
Cette fois, peut-être que ça changera. Peut-être.
Mais pour l’instant, dans les écoles de l’Ituri, les enfants jouent toujours avec la mort.