Les téléphones "fantômes" qui arrivent par conteneurs non déclarés ou via des passeurs à la frontière nigériane. Personne ne sait combien ils sont, mais les revendeurs de street market en parlent comme d’une manne. "Un iPhone à 1 200 000 FCFA, cash, sans facture. Mais si tu te fais prendre, adieu ton téléphone et ton argent."
Le problème ? Les douanes ferment les yeux. Officiellement, elles disent lutter contre la contrebande. Officieusement, elles savent que 10 à 15 % du marché leur échappe. Mais tant que les recettes sur le légal restent élevées, elles n’ont pas intérêt à trop serrer.
Et puis, il y a MTN et Orange, les deux opérateurs historiques. Ils ne crient pas. Pourquoi ? Parce qu’ils vendent aussi des forfaits, des assurances, des services. Plus les téléphones coûtent cher, plus les gens restent fidèles à leur opérateur par défaut. Une aubaine pour eux.
L’État joue avec le feu
Le Cameroun n’est pas le premier pays à taxer lourdement les téléphones. Mais rares sont ceux qui le font avec une telle méthodologie brutale. La DGD a mis en place un système où chaque importateur doit payer avant même de toucher sa marchandise. Pas de crédit, pas de délai. Cash ou rien.
Pour les petits importateurs, c’est la ruine. Un conteneur de 1 000 téléphones à 50 000 FCFA pièce ? Il faut trouver 50 millions de FCFA avant même de les vendre. Beaucoup craquent. D’autres se tournent vers des prêteurs usuriers, avec des taux qui frôlent 30 % par mois.
Et les consommateurs ? Ils trinquent. Parce qu’un téléphone, au Cameroun, ce n’est plus un outil. C’est un produit de luxe, réservé à ceux qui peuvent se le permettre. Ou à ceux qui acceptent de payer deux fois le prix.
Le vrai coût de cette manne
L’État se frotte les mains. 1,8 milliard en six mois, c’est une belle performance. Surtout dans un pays où le budget de la santé peine à décoller. Mais personne ne demande ce que ça coûte vraiment.
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La fuite des capitaux : Les importateurs qui tiennent le coup le font en sous-traitant, en réduisant leurs marges, en employant des travailleurs au black. L’argent ne reste pas dans l’économie formelle.
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La dépendance aux reconditionnés : Quand un pays bascule sur l’occasion, c’est qu’il n’a plus les moyens du neuf. Ça signifie une économie qui stagne, pas qui se développe.
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Le mécontentement social : À Yaoundé comme à Douala, les rumeurs vont bon train. "Les douanes volent les Camerounais." Pas parce qu’elles confisquent, mais parce qu’elles asphyxient. Et quand les gens n’ont plus les moyens d’acheter un téléphone à prix normal, ça crée des frustrations.
Et après ?
La DGD ne lâchera pas. Tant que les recettes montent, personne ne remettra le système en cause. Même si ça signifie étouffer le marché.
Pourtant, une question reste en suspens : jusqu’à quand l’État peut-il jouer les pompiers pyromanes ?
Un jour, les importateurs ne seront plus là. Les consommateurs achèteront encore moins. Et les recettes ? Elles chuteront, comme au Nigeria ou en Côte d’Ivoire, où les taxes sur les téléphones ont fini par être réduites.
Mais d’ici là, les douanes camerounaises continueront de pressurer les téléphones. Parce que pour l’instant, ça marche. Et que personne n’a encore osé leur dire d’arrêter.