Le gouvernement assouplit les donations familiales, mais ça ne changera pas grand-chose

Sébastien Lecornu promet de faciliter les transmissions d’argent entre générations. Les experts estiment que les mesures resteront symboliques face à l’ampleur du problème. Voici pourquoi ça ne suffira pas.

Publié le 13 septembre 2026 à 10:08
Le gouvernement assouplit les donations familiales, mais ça ne changera pas grand-chose

Les donations familiales, un marché de niche qui ne décolle pas

Donner de son vivant, c’est compliqué. Trop de règles, trop de taxes, trop de doutes. Résultat : les Français préfèrent attendre le décès pour régler ça. Sauf que les héritages, ça prend du temps. Très longtemps. Selon l’INSEE, un patrimoine sur trois en France ne sera jamais transmis de son vivant. Pourquoi ? Parce que les gens ont peur. Peur des conflits familiaux, peur des erreurs fiscales, peur de se retrouver à sec. Et puis, il y a la fiscalité. Même avec les abattements (100 000 € par parent et par enfant), les droits de donation peuvent exploser si on dépasse les plafonds. Lecornu veut simplifier ça. Mais simplifier quoi, exactement ? Les mesures annoncées visent surtout les donations « déguisées » (prêts familiaux, assurances-vie) et les transmissions anticipées. Sauf que ces mécanismes existent déjà. Et ils ne touchent qu’une infime partie des ménages.

Le vrai problème, c’est l’accès à la propriété.

En 2024, 40 % des jeunes de moins de 35 ans vivent encore chez leurs parents, selon l’INSEE. Pas parce qu’ils veulent, mais parce qu’ils ne peuvent pas se loger. Et les donations familiales, même assouplies, ne régleront pas ça. Un appartement à Paris coûte en moyenne 12 000 € le m². Même avec une donation optimisée, un parent devra débourser une fortune pour aider son enfant à acheter. Et encore, il faudra que l’enfant ait les moyens de rembourser. Sinon, c’est l’effet inverse : le parent se retrouve à la rue, et l’enfant doit gérer un bien dont il ne peut pas assumer la charge. Un cercle vicieux.

Ce que Lecornu ne dit pas sur les inégalités

Le gouvernement parle de « renouer le fil de la solidarité entre les générations ». Très beau. Sauf que la solidarité, ça ne se décrète pas. Ça se construit. Et aujourd’hui, les transmissions familiales renforcent surtout les inégalités existantes. Un enfant d’ingénieur a plus de chances de recevoir une donation qu’un enfant d’ouvrier. Pourquoi ? Parce que les ingénieurs ont des patrimoines, et les ouvriers, non. Les mesures annoncées ne changeront rien à ça. Elles permettront peut-être à quelques familles aisées de transmettre un peu plus tôt, mais elles ne feront pas baisser le prix de l’immobilier. Elles ne donneront pas de pouvoir d’achat aux jeunes. Elles ne combleront pas l’écart entre ceux qui ont et ceux qui n’ont rien.

Le vrai sujet, c’est la fiscalité globale.

Si le gouvernement veut vraiment aider les familles, il devrait commencer par supprimer la taxe foncière pour les jeunes propriétaires ou augmenter les aides à l’accession. Au lieu de ça, on nous sort des mesures techniques qui ne serviront qu’à une minorité. Et puis, il y a l’effet pervers : si les donations deviennent trop faciles, les États pourraient être tentés de taxer davantage les héritages pour compenser. Résultat ? On tourne en rond.

Les notaires, grands gagnants d’un système qui ne bouge pas

Qui profite vraiment de ces assouplissements ? Les notaires. Parce que même si les démarches sont simplifiées, faire une donation, ça coûte cher. Frais de notaire, droits de mutation, conseils juridiques… Une donation de 50 000 € peut coûter entre 1 500 € et 3 000 € en frais. Autant dire qu’avec ces sommes, vous pourriez offrir un appartement à un jeune plutôt que de le donner à votre enfant. Le système est conçu pour que les intermédiaires gagnent, pas pour que les familles s’entraident.

Et puis, il y a la question de la confiance. Combien de familles se sont déchirées à cause d’une donation mal gérée ? Combien de parents ont ruiné leurs enfants en leur offrant un patrimoine trop tôt ? Les mesures annoncées ne protègeront pas contre ces risques. Elles ne feront qu’ajouter une couche de complexité supplémentaire.

Ce qui se joue vraiment derrière ce coup de com’

Lecornu veut faire croire que le gouvernement agit pour les familles. En réalité, il répond à une pression politique. Les partis d’opposition crient depuis des années que la fiscalité des transmissions est injuste. Alors, on sort un petit paquet de mesures pour calmer le jeu. Mais ça ne changera rien aux fondamentaux.

Le vrai problème, c’est que la France n’a pas de politique cohérente en matière de patrimoine. On alterne entre mesures symboliques et blocages administratifs. Résultat : les riches transmettent sans problème, les classes moyennes galèrent, et les pauvres, ben, ils n’ont rien à transmettre. La solidarité intergénérationnelle, ça ne se décrète pas avec des décrets.

Et si on parlait cash ?

Au lieu de jouer avec les donations, pourquoi ne pas donner de l’argent directement ? Pourquoi ne pas augmenter les allocations familiales pour les jeunes parents ? Pourquoi ne pas casser les prix de l’immobilier en taxant davantage les résidences secondaires ? Personne n’en parle. Parce que ça fâche. Parce que ça coûte cher. Parce que ça remettrait en cause des intérêts bien établis.

Les mesures de Lecornu, c’est du cosmétique. Ça fait joli dans les communiqués de presse, mais ça ne résout rien. La vraie question, c’est : est-ce que le gouvernement a vraiment envie de changer les choses ? Ou est-ce qu’il préfère jouer les pompiers pyromanes en lançant des mesures qui ne serviront à rien ?

La réponse, on la connaît déjà.

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R Galaxie Rédaction

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