L’industrie prend le relais, mais à quel prix ?
Don Chau mise aujourd’hui sur l’industrie et la construction (37 % du PIB), un choix logique : les usines de textile et les chantiers attirent les investisseurs, et les chiffres montent. Problème : ces secteurs dépendent des commandes extérieures. Une crise en Chine, une pénurie de main-d’œuvre qualifiée, et tout s’effondre. Prenez l’exemple de Vinamit, le géant local qui a dû licencier 12 % de ses ouvriers en 2025 à cause des retards dans les livraisons de pièces détachées. Personne n’en a parlé. Pourtant, ces licenciements ont réduit la consommation locale, ce qui a fait chuter les ventes des petits commerces, ceux qui ne figurent pas dans les statistiques officielles.
Et puis il y a le commerce et les services, qui pèsent maintenant 33,48 %. Un record. Mais derrière ce chiffre se cache une réalité moins glorieuse : des emplois précaires, des salaires bas, et une économie qui tourne au ralenti dès que les touristes ou les travailleurs migrants repartent. À Don Chau, les cafés et les petits hôtels ferment plus vite qu’ils n’ouvrent. Les chiffres officiels ne le montrent pas, parce qu’ils ne comptent que les grandes enseignes, celles qui paient des impôts et gonflent les statistiques.
L’agriculture, ce parent pauvre des rapports officiels
Les 29,53 % d’agriculture, c’est déjà une baisse vertigineuse. En 2015, ce secteur représentait 50 % de l’économie locale. Qu’est-ce qui a changé ? La réponse est simple : les subventions ont disparu. Le gouvernement a réduit les aides aux rizières, et les petits producteurs n’ont plus les moyens de moderniser leurs outils. Résultat : les rendements baissent, les jeunes quittent les champs pour les usines ou les villes, et les terres se dégradent. Pourtant, personne ne semble s’en soucier. Pourquoi ? Parce que l’agriculture, ça ne fait pas monter les chiffres du PIB comme une usine ou un centre commercial.
Prenez le cas des coopératives de Van Yen, dans le district voisin. Elles ont vu leurs revenus chuter de 22 % en un an à cause de la sécheresse. Les responsables locaux ont préféré importer du riz du delta du Mékong plutôt que d’admettre l’échec. Une solution à court terme, mais qui creuse un peu plus le déficit structurel.
Le vrai risque : une économie à sens unique
Don Chau fonctionne aujourd’hui comme une machine bien huilée… jusqu’à ce qu’un rouage lâche. Si l’industrie ralentit, les services s’effondrent. Si les services s’effondrent, l’agriculture, trop affaiblie, ne peut pas compenser. Et personne ne semble avoir un plan B. Les investisseurs étrangers regardent les chiffres, sourient, et signent des contrats. Les banques prêtent sans se poser de questions. Les médias locaux reprennent les communiqués en chœur.
Pourtant, il y a un détail qui saute aux yeux : les exportations de Don Chau stagnent. En 2025, elles n’ont augmenté que de 1,3 %, contre 8,5 % pour la moyenne nationale. Personne ne l’explique. Peut-être parce que ça gâcherait la fête.
Ce que personne ne dit sur les 91 % d’objectifs atteints
Les 2 278 milliards de VND, c’est un chiffre qui fait rêver. Sauf qu’il cache une vérité moins reluisante : une grande partie de cette production ne reste pas dans la commune. Les usines exportent leurs bénéfices, les grandes surfaces achètent aux producteurs locaux à prix cassés, et les impôts financent des projets pharaoniques qui ne profitent qu’à une minorité. À Don Chau, les routes sont goudronnées, mais les écoles manquent de manuels. Les hôpitaux sont flambants neufs, mais les médecins sont sous-payés.
Le vrai problème, c’est que cette économie marche contre les habitants. Les chiffres montent, mais le pouvoir d’achat baisse. Les usines tournent, mais les salaires stagnent. Les services explosent, mais les emplois sont précaires. Et personne ne pose les bonnes questions.
Et si Don Chau était un mauvais exemple ?
On vante souvent cette commune comme un modèle de développement. Pourtant, son histoire pourrait servir d’avertissement. Une économie qui mise tout sur l’industrie et les services sans protéger son agriculture, c’est une économie fragile. Une économie qui dépend des caprices des marchés, des décisions des investisseurs, et des aléas climatiques. Une économie qui, demain, pourrait s’effondrer aussi vite qu’elle a décollé.
Le pire ? Personne ne semble s’en inquiéter. Parce que tant que les chiffres sont là, personne ne regarde derrière.
Et c’est ça, le vrai danger.