La France paiera ses actionnaires en 2026, les salariés en subiront les conséquences.

Avec 43 milliards d’euros de dividendes versés au deuxième trimestre 2026, la France confirme son statut de championne européenne des actionnaires. Manon Aubry parle de « nuisibles ». Les salariés, eux, voient leurs salaires stagner. Pourquoi ce système tient toujours ? Et qui en profite vraiment ?

Publié le 16 septembre 2026 à 08:08
La France paiera ses actionnaires en 2026, les salariés en subiront les conséquences.

Le record qui pèse sur les épaules des autres

Au deuxième trimestre 2026, les entreprises du CAC 40 ont distribué 43 milliards d’euros en dividendes. Un chiffre qui place la France derrière les États-Unis, mais devant tous les autres pays européens. Pas de quoi crier victoire, pourtant. Parce que pendant ce temps, les salaires des Français stagnent, l’inflation grignote les budgets, et les actionnaires, eux, touchent des jackpots. L’Économie, version casino.

Manon Aubry, figure de la gauche radicale, n’y va pas par quatre chemins : « Les actionnaires sont des nuisibles. » Une formule qui claque, mais qui résume bien l’idée. Pourquoi cette manne financière ne profite-t-elle pas à ceux qui font tourner les entreprises ? Parce que le système est conçu pour ça. Et parce que personne ne veut le défaire.

Le mythe du partage équitable

On nous vend l’histoire du capitalisme responsable. Les actionnaires, c’est la rémunération du risque. Les salariés, c’est la stabilité. Sauf que les chiffres mentent.

Prenez LVMH. Au deuxième trimestre 2026, le groupe a versé 3,2 milliards d’euros en dividendes, soit plus que le budget annuel de l’Éducation nationale pour la région Île-de-France. Pendant ce temps, les ouvriers des usines de parfums en Chine ou les employés des boutiques parisiennes voient leurs salaires gelés, voire baisser en pouvoir d’achat. Bernard Arnault, PDG de LVMH, a touché 1,2 milliard d’euros en 2025. Soit 1 200 fois le SMIC annuel.

Et LVMH n’est pas un cas isolé. TotalEnergies a distribué 4,5 milliards d’euros en dividendes en six mois. Pendant ce temps, les employés des raffineries subissent des plans sociaux. Sanofi, 3,8 milliards. Les laboratoires licencient pour « optimiser ». Air Liquide, 2,1 milliards. Les techniciens des usines voient leurs primes supprimées.

Le schéma est toujours le même : les actionnaires touchent, les autres paient.

Pourquoi personne ne bronche ?

Si le système est aussi déséquilibré, pourquoi ne change-t-il pas ? Parce que les dividendes, c’est le sang vital des marchés. Les fonds d’investissement, les banques, les assureurs, tout le monde y trouve son compte. Et les États ? Ils ferment les yeux. Pourquoi ? Parce que les dividendes financent une partie des retraites et des assurances-vie. Si on les taxait trop, c’est le système par capitalisation qui s’effondrerait.

Manon Aubry et une partie de la gauche veulent taxer les dividendes à 100 % pour les très gros revenus. Une mesure radicale, qui ferait grincer des dents à Wall Street et dans les cercles financiers. Mais qui, au fond, aurait du sens.

Le problème, c’est que personne n’ose.

  • Les patrons disent que sans dividendes, les actionnaires fuient. Faux. Les actionnaires fuient quand les profits baissent. Pas quand on leur prend une partie de leur gâteau.
  • Les gouvernements ont peur des marchés. Normal. Parce que les marchés ont le pouvoir de sanctionner.
  • Les syndicats sont divisés. Une partie défend les intérêts des salariés, l’autre craint de perdre des emplois, même si, au final, ce sont souvent les mêmes qui trinquent.

Résultat : le statu quo persiste. Et les 43 milliards continuent de couler vers le haut.

Ce que les chiffres cachent vraiment

43 milliards. Ça représente :

  • 1 200 euros par ménage français en pouvoir d’achat supplémentaire. Si ça avait été redistribué.
  • Le budget annuel de 200 hôpitaux publics.
  • Le salaire annuel de 1,5 million d’infirmiers.

Mais non. Ces milliards partent en fumée.

Une partie est réinvestie ? Peut-être. Une partie est thésaurisée ? Oui. Une partie est reversée aux paradis fiscaux ? Sans doute.

Ce qui est sûr, c’est que ça ne revient pas dans l’économie réelle.

Prenez Engie. L’entreprise a versé 1,8 milliard d’euros en dividendes au deuxième trimestre. Pendant ce temps, elle supprime 3 000 emplois en Europe. Coïncidence ? Bien sûr que non.

Le dividende, c’est le symbole d’un capitalisme qui a oublié son rôle.

La France, championne malgré elle

La France est vice-championne mondiale des dividendes. Fierté nationale ? Pas vraiment.

Pourquoi ce pays arrive en tête ? Parce que les entreprises françaises sont parmi les plus rentables d’Europe. Parce que les actionnaires français sont gâtés. Parce que les salaires y sont bas.

Et parce que personne ne veut toucher à ce système.

Manon Aubry a raison sur un point : les actionnaires ne créent pas de richesses. Ils en captent.

La vraie question, c’est : jusqu’à quand on va laisser faire ?

Le piège de l’immobilisme

Le problème, c’est que personne ne propose de solution crédible.

  • La gauche radicale veut taxer les dividendes à 100 %. Problème : ça ferait fuir les investisseurs. Réponse : et alors ? Les investisseurs fuient déjà, mais ils reviennent parce que les profits sont là.
  • Le PS et les centristes parlent de fiscalité plus juste. Problème : leurs mesures sont trop timides pour changer quoi que ce soit.
  • La droite et le patronat défendent le libre marché. Problème : le libre marché, c’est celui des actionnaires. Pas celui des salariés.

Bref, on tourne en rond.

Pourtant, des solutions existent.

  • Taxer les dividendes au-delà d’un certain seuil. Pas 100 %, mais assez pour rééquilibrer les choses.
  • Lier les dividendes à la performance sociale. Plus une entreprise distribue, plus elle doit investir dans ses salariés.
  • Supprimer les niches fiscales qui favorisent les actionnaires.

Mais ça, c’est politique. Et la politique, en France, a peur des marchés plus qu’elle n’a peur des inégalités.

Le vrai coût des dividendes

Le pire, c’est que personne ne parle vraiment de ce sujet. Pourquoi ? Parce que les dividendes, c’est l’arbre qui cache la forêt.

Derrière ces milliards, il y a :

  • Des usines qui ferment.
  • Des services publics qui manquent de moyens.
  • Des jeunes qui ne trouvent pas de CDI.
  • Des retraités qui comptent sur leur assurance-vie pour survivre.

Et tout le monde fait semblant de ne pas voir.

Parce que c’est plus simple. Parce que changer les règles, ça dérange. Parce que les actionnaires ont plus de poids que les électeurs.

La France a le choix

La France peut continuer à être la championne des dividendes. Ou elle peut choisir de redistribuer cette manne.

Le problème, c’est que personne ne semble prêt à faire ce choix.

Manon Aubry a tort sur un point : les actionnaires ne sont pas tous des nuisibles. Ils sont juste les bénéficiaires d’un système qui ne fonctionne plus.

La vraie nuisance, c’est l’immobilisme.

Alors, on attend quoi pour bouger ?

R
R Galaxie Rédaction

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