Les FAI jouent avec les chiffres depuis 20 ans
Le CRTC veut que les vitesses « annoncées » correspondent aux vitesses mesurées. Une bonne idée ? Oui, mais tardive. Depuis 2010, des études (dont celle de l’Université de Toronto en 2018) montrent que les FAI canadiens surestiment leurs débits de 20 à 40 %. Bell, par exemple, promet 1 Gbps sur son réseau fibre, mais en pratique, vous touchez souvent 300 Mbps, si vous avez de la chance. Et ça, c’est légal.
Pourtant, le CRTC mise sur la honte : « Les consommateurs méritent de savoir ce qu’ils paient vraiment. » Sauf que les FAI ont déjà anticipé. Regardez les petits caractères des contrats depuis 2022 : ils mentionnent désormais des « vitesses typiques » ou des « conditions de service ». Bref, ils se couvrent. Les nouvelles règles du CRTC ? Un coup d’épée dans l’eau. Les FAI continueront à vendre du rêve, et vous paierez la note.
Le détail qui pique : ces mesures s’appliquent uniquement aux forfaits résidentiels. Les entreprises, elles, restent dans le flou. Pourquoi ? Parce que les PME et les grands comptes représentent 30 % des revenus des FAI, et personne ne veut les fâcher. La régulation, c’est comme un parapluie : ça protège ceux qui en ont besoin, mais pas ceux qui comptent vraiment.
Pourquoi les comparateurs ne serviront à rien
Le CRTC veut aussi que les sites de comparaison (comme CompareInternetRates.ca) affichent les vraies vitesses, les frais de modems loués, et les pénalités de résiliation. En théorie, ça devrait vous aider à choisir. En pratique, non.
D’abord, parce que les FAI contrôlent ces comparateurs. Bell et Rogers possèdent des filiales qui référencent leurs offres en tête de liste. Vous cherchez le meilleur prix ? Le système est biaisé dès le départ. Ensuite, parce que les consommateurs ne lisent pas les petits caractères. Une étude de l’Office de la protection du consommateur (OPC) du Québec en 2021 révélait que 72 % des abonnés ignoraient qu’ils payaient pour un modem qu’ils pourraient acheter 30 % moins cher ailleurs. Le CRTC veut plus de transparence ? Très bien. Mais si vous ne savez même pas que vous êtes floué, à quoi bon ?
L’exemple qui résume tout : prenez le forfait « Fibre 1 Gbps » de Rogers à 99,99 $/mois. Le CRTC va vous dire : « Attention, en réalité, vous avez 600 Mbps en soirée. » Super. Mais vous ne savez pas que le même forfait chez Xplornet (un FAI moins connu) vous donne 1 Gbps garanti pour 79,99 $. Pourquoi ? Parce que Xplornet n’a pas les lobbies de Rogers. La régulation ne corrige pas ça.
Ce que les FAI ne veulent surtout pas que vous sachiez
Les nouvelles règles du CRTC omettent un détail crucial : les coûts cachés des infrastructures. Les FAI dépensent des milliards en fibre optique, mais ils choisissent où l’installer. Résultat : à Montréal, les quartiers aisés ont des débits 3 fois supérieurs à ceux des HLM. À Toronto, un immeuble sur cinq n’a toujours pas accès à la fibre, faute d’intérêt des FAI pour les zones « peu rentables ».
Le CRTC parle de « concurrence ». Mais la réalité, c’est un duopole (Bell et Rogers) qui étrangle le marché. Preuve ? En 2023, ces deux géants représentaient 85 % des plaintes pour service client auprès de la Commission de la protection des consommateurs (CPC). Et leurs marges ? En hausse. Bell a enregistré un bénéfice net de 3,2 milliards $ en 2022, soit +12 % par rapport à 2021. Avec des prix qui stagnent, comment expliquer ça ?
Le vrai scandale : les FAI externalisent les coûts. Vous payez pour le service client lourdaud (files d’attente de 45 minutes en moyenne), pour les techniciens qui mettent 3 jours à installer une box, et pour des vitesses qui chutent dès que deux voisins regardent Netflix en même temps. Le CRTC va vous montrer les chiffres ? Très bien. Mais il ne touchera pas à leur modèle économique.
La solution qui dérange
Si le CRTC voulait vraiment aider les consommateurs, il imposerait deux choses simples :
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Un plafond de prix pour les forfaits de base (comme en France avec l’ARCEP). Exemple : un forfait 500 Mbps ne devrait pas dépasser 60 $/mois. Les FAI crieraient au scandale ? Ils le font déjà avec les régulations actuelles. Et pourtant, en 2020, l’Australie a imposé un tel plafond, résultat : les prix ont baissé de 15 % en 18 mois.
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Une obligation de couverture universelle. Aujourd’hui, un Canadien sur dix n’a pas accès à un forfait à 100 Mbps. Le CRTC pourrait exiger que les FAI étendent leurs réseaux dans les zones mal desservies… en utilisant des fonds publics. Comme en Suède, où le gouvernement subventionne les déploiements fibre à hauteur de 40 %. Résultat ? 98 % des Suédois ont accès à la fibre, contre 70 % des Canadiens.
Pourquoi le CRTC ne le fait-il pas ? Parce que les FAI financent des campagnes politiques. Parce que les lobbies pèsent plus lourd que les plaignants. Parce que, au fond, personne ne veut vraiment casser le statu quo.
Ce qui vous attend vraiment
Dans six mois, vous verrez des publicités du CRTC du style : « Maintenant, comparez en toute transparence ! ». Les sites de comparaison ajouteront des mentions « Vitesse réelle : 60 % de l’annoncée ». Les FAI baisseront… les prix ? Non. Ils baisseront les attentes.
Vous paierez toujours 90 $ pour un forfait qui ne tient pas ses promesses. Vous continuerez à maudire le service client. Et le CRTC aura fait son devoir : vous avoir informé sans vous avoir protégé.
La dernière question qui tue : si ces mesures étaient si efficaces, pourquoi le CRTC n’a-t-il pas attendu que les consommateurs se plaignent vraiment avant d’agir ? Parce que la régulation, c’est comme un pansement sur une jambe de bois. Ça calme la douleur, mais ça ne guérit pas.
Note finale : Si vous voulez un vrai changement, appelez votre député. Pas pour demander plus de transparence, vous l’aurez. Mais pour exiger que les FAI paient leur part. Parce qu’aujourd’hui, c’est vous qui financez leur manque d’ambition.