Le 15 mars dernier, la Banque centrale européenne (BCE) a encore relevé ses taux directeurs. Pas de surprise là -dedans. Depuis un an, les marchés digèrent la nouvelle : l’inflation ne lâche pas, et les banques centrales ne lâchent pas non plus. Résultat ? Les obligations d’État européennes, autrefois considérées comme un refuge, voient leurs rendements s’envoler. Le 10 ans allemand, symbole de stabilité, frôle les 2,8 %. En France, c’est pire : le taux à 10 ans dépasse 2,6 %, un niveau qui n’avait plus été vu depuis 2011. Et personne ne sait quand ça s’arrêtera.
Pourtant, dans ce contexte, les gestionnaires de fonds comme R-co Conviction Credit Euro ajustent leur exposition. Pourquoi ? Parce que le jeu a changé.
Les fonds souverains se gavent pendant que les autres jeûnent
Les États du Golfe, la Chine, Singapour… Ils raflent. Pendant que les investisseurs occidentaux stressent sur les taux, les fonds souverains achètent massivement des obligations européennes à rendements élevés. Un paradoxe.
Prenez le cas de la Norvège. Son fonds souverain, le plus gros au monde (1,4 billion de dollars d’actifs), a massivement investi dans la dette italienne et grecque ces six derniers mois. Pourquoi ? Parce que les spreads se sont élargis. La différence entre le rendement d’une obligation allemande et celle d’un État périphérique européen a atteint des niveaux attractifs. Sauf que. Ces mêmes obligations, si elles rapportent plus, sont aussi plus risquées. Et si l’inflation persiste, ces États ne pourront plus se refinancer à des taux aussi bas.
Le vrai problème ? Personne ne sait qui va craquer en premier.
L’Europe résiste, mais à quel prix ?
L’économie européenne tient encore. Pour l’instant. Le PIB de la zone euro a progressé de 0,4 % au premier trimestre 2024, selon Eurostat. Mais derrière les chiffres, la réalité est moins reluisante.
- L’Allemagne : son industrie souffre de la demande chinoise en berne et des tensions commerciales avec les États-Unis. Les usines tournent à moitié, et le chômage technique guette certains secteurs.
- La France : le risque politique s’ajoute à l’inflation. Les marchés commencent à douter. Le spread France-Allemagne a atteint 0,8 point de base de plus qu’avant les élections présidentielles. Un détail ? Non. Un signal.
- L’Italie : 3 % de croissance attendue en 2024, mais un déficit public qui frôle les 5 % du PIB. Si les taux montent encore, Rome devra choisir entre augmenter les impôts ou laisser filer ses dépenses. Les deux options sont mauvaises.
Le pire ? Les banques centrales ne peuvent plus baisser les taux. Même si l’inflation recule (elle est à 2,5 % en zone euro en avril), les marchés exigent désormais une prime de risque. Et cette prime, c’est vous qui la payez.
Corporate ou souverain : le faux dilemme
Les gestionnaires de fonds ont un choix : soit ils restent en corporate, soit ils se tournent vers le souverain.
- Le corporate : les obligations d’entreprises européennes rapportent encore 3,2 % en moyenne. Mais. Les défauts de paiement pourraient remonter. Déjà , 12 entreprises européennes sont en défaut en 2024 (contre 5 en 2023), selon S&P.
- Le souverain : les États périphériques offrent des rendements alléchants. Mais. Si un État comme l’Italie ou la Grèce voit ses taux exploser, les obligations deviennent des pièges. Et les fonds souverains, eux, peuvent se permettre de prendre des risques que les fonds occidentaux ne peuvent pas se permettre.
Alors, quelle est la bonne stratégie ?
Aucune.
Parce que le vrai problème, ce n’est pas le choix entre corporate et souverain. C’est que les deux options sont devenues des paris.
Ce que les marchés ignorent encore
Les investisseurs tabassent les obligations européennes comme si 2008 n’avait jamais eu lieu. Mais cette fois, c’est différent.
- Les banques centrales ne peuvent plus jouer les pompiers. La BCE a les mains liées. Elle ne baissera pas les taux, même si l’économie vacille. Parce que l’inflation est toujours là .
- Les États n’ont plus de marge de manœuvre. La dette publique de la zone euro dépasse 90 % du PIB. Si les taux montent encore, ce sera la crise.
- Les fonds souverains ne sont pas des saints. Ils achètent aujourd’hui, mais demain ? Ils pourraient vendre en masse si les taux baissent. Et là , ce serait l’effondrement.
Le vrai danger ? Personne ne parle de ça.
La décision est déjà prise
R-co Conviction Credit Euro ajuste sa sensibilité aux taux. Pourquoi ? Parce que le jeu est fini.
- Si vous restez en corporate, vous prenez le risque de voir des entreprises faire défaut.
- Si vous allez en souverain, vous misez sur des États qui pourraient bien vous lâcher.
Alors, que faire ?
Rien.
Parce que dans ce contexte, la seule stratégie gagnante, c’est de réduire son exposition. Les taux vont rester élevés. Et les marchés vont continuer à surréagir.
La vraie question n’est pas corporate ou souverain.
C’est : combien de temps avant que tout ça ne s’effondre ?