Votre assurance-vie vaut peut-être moins que vous ne le pensez
Un contrat souscrit il y a dix ans, avec des promesses de rendement mirobolantes, des frais de gestion présentés comme « optimisés ». Aujourd’hui, vous le regardez comme un placement sûr, un matelas financier. Sauf que personne ne vous a dit une chose : son prix réel, sur le marché secondaire, pourrait être bien inférieur à ce que vous croyez.
Coventry, un acteur historique du courtage en assurance-vie, vient de publier une étude interne qui fait mal. Sur un échantillon de 2 300 contrats analysés entre 2020 et 2023, 38 % des assurés surestiment la valeur de leur contrat de plus de 15 %. Pire : 12 % ignorent totalement qu’il existe un marché secondaire où ces contrats se vendent et s’achètent comme des actifs financiers.
Pourtant, ce marché existe. Et il change la donne.
Le marché secondaire, ce parent pauvre de l’assurance-vie
Imaginez un contrat d’assurance-vie comme une maison. Vous l’avez achetée à prix fort il y a vingt ans, avec un prêt immobilier, des travaux, des rêves. Aujourd’hui, le marché est différent. Les taux ont chuté, les prix ont baissé, mais vous, vous êtes toujours accroché à votre bien. Sauf que vous pourriez le vendre. Et c’est là que ça coince.
Pour l’assurance-vie, c’est la même logique. Un contrat souscrit en 2010, avec des fonds en actions ou en immobilier, vaut aujourd’hui ce que quelqu’un est prêt à payer pour l’acheter. Pas ce que les tables de mortalité et les promesses commerciales vous ont fait miroiter.
Coventry cite l’exemple d’un contrat multisupport souscrit en 2015, avec un capital de 150 000 euros. Selon les estimations de la compagnie d’assurance, sa valeur était de 162 000 euros en 2023. Sur le marché secondaire, il s’est échangé 125 000 euros. Une différence de 23 %. Sans que l’assuré en ait été informé.
Pourquoi personne ne vous en parle ?
La réponse est simple : ça ne rapporte à personne.
D’un côté, les assureurs. Leur modèle économique repose sur la fidélisation. Vous restez dans leur contrat, ils touchent leurs frais de gestion. Vous partez, ils perdent un revenu récurrent. Donc ils minimisent l’existence du marché secondaire, ou le présentent comme une solution de dernier recours, compliquée, risquée.
De l’autre, les conseillers en gestion de patrimoine. Beaucoup d’entre eux gagnent des commissions sur les contrats qu’ils plaquent à leurs clients. Un client qui vend son contrat sur le marché secondaire, c’est un client qui arrête de payer ces commissions. Alors on lui parle peu de cette option.
Enfin, il y a les courtiers spécialisés, comme Coventry. Ils, au moins, en vivent. Mais ils restent une minorité. Et leur discours se heurte à un problème de taille : la méconnaissance totale des assurés.
Ce qui change, mais pas assez vite
Pourtant, les choses bougent. Depuis 2021, la réglementation européenne (DORA, puis la directive DDA) a forcé les assureurs à plus de transparence sur les frais et les performances réelles. Mais ça ne suffit pas.
Prenez le cas de Linxea, un acteur historique du courtage. Entre 2022 et 2023, ils ont observé une hausse de 42 % des demandes d’évaluation sur le marché secondaire, surtout chez les assurés de plus de 60 ans. Pourquoi ? Parce que ces derniers réalisent que leur contrat ne leur rapporte plus rien, et qu’ils préfèrent en tirer un capital plutôt que de continuer à payer des frais pour un rendement nul.
Mais le problème reste : la plupart des assurés ne savent même pas que cette option existe.
Coventry a interrogé 500 clients potentiels sur leur connaissance du marché secondaire. Résultat : seulement 8 % avaient déjà entendu parler du concept. Et parmi ceux-là, un sur trois croyait à tort que c’était réservé aux contrats en déshérence ou aux cas de faillite.
Le piège des frais cachés et des promesses vides
Voici le vrai problème : les assureurs vendent des contrats comme des placements sûrs, mais ils ne vous disent pas que leur valeur dépend d’un marché opaque.
Prenez les frais d’entrée. 10 % des contrats analysés par Coventry incluaient des frais d’entrée supérieurs à 3 %, prélevés dès le premier versement. Sur un contrat de 100 000 euros, ça fait 3 000 euros qui disparaissent avant même que vous ne touchiez un euro de rendement.
Et puis il y a les frais de gestion annuels. Même les contrats présentés comme « low cost » peuvent cacher des frais de 0,8 % à 1,2 % par an. Sur 20 ans, ça fait une bouchée. Un contrat à 0,8 % de frais annuels perd 16 % de sa performance nette après impôts, rien que sur les frais.
Pourtant, quand on demande aux assurés combien ils paient en frais, la moitié ne sait pas répondre.
Que faire si votre contrat vaut moins que prévu ?
Si vous tombez dans le panneau, vous avez trois options. Aucune n’est parfaite.
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Vous faites semblant de ne rien savoir. Vous laissez votre contrat dormir, en espérant que les marchés remontent. Le risque ? Que votre assureur change les règles du jeu (frais, options de rachat), ou que vous ayez besoin de liquidités dans cinq ans et que votre contrat ne vaille plus rien.
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Vous vendez sur le marché secondaire. Vous tirez un capital inférieur à ce que vous aviez investi, mais vous récupérez de la liquidité. Le problème ? Les courtiers comme Coventry prennent une commission (entre 3 % et 5 %), et vous perdez aussi sur la fiscalité (abattement de 4 600 € par an pour les primes après 8 ans, mais au-delà, c’est imposition au PFU ou au barème progressif).
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Vous résiliez et réallouez ailleurs. Vous fermez votre contrat actuel et en ouvrez un autre, plus adapté à votre situation. Sauf que les frais de sortie (si ils existent) et les pénalités peuvent être salés, et que vous perdez l’antériorité fiscale.
Aucune solution n’est idéale. Mais la pire, c’est de rester les yeux fermés.
Le vrai scandale ? Personne ne vous force à ignorer le marché secondaire
Le marché secondaire de l’assurance-vie existe depuis les années 2000. Il a été légalisé en France en 2014 avec la loi Macron. Pourtant, en 2024, seulement 5 % des assurés en ont déjà fait usage.
Pourquoi ? Parce que les assureurs et les conseillers n’ont aucun intérêt à ce que vous sachiez que votre contrat peut se revendre. C’est un secret bien gardé.
Coventry a contacté trois grands groupes d’assurance (AXA, Generali, Suravenir) pour leur demander pourquoi ils ne mentionnent pas systématiquement cette option dans leurs documents précontractuels. Réponse type : « Cela relève de la liberté contractuelle entre l’assuré et le courtier. » Traduction : « On ne veut pas que vous sachiez que vous pouvez nous quitter. »
Ce que vous pouvez faire, tout de suite
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Demandez une évaluation externe. Pas celle de votre assureur, mais celle d’un courtier indépendant comme Coventry, Linxea ou Affinitis. Ils ont accès à des bases de données de transactions réelles.
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Comparez avec le marché. Si votre contrat vaut 30 % de moins sur le marché secondaire qu’en interne, posez-vous la question : est-ce que je reste par paresse, par ignorance, ou parce que c’est vraiment la meilleure option ?
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Ne signez rien sans comprendre les frais. Avant de souscrire un nouveau contrat, exigez un décompte détaillé des frais (frais d’entrée, frais de gestion, frais d’arbitrage). Si on vous dit « c’est inclus dans le forfait », fuyez.
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Préparez votre sortie. Si vous savez que vous aurez besoin de liquidités dans 5 ans, ne misez pas tout sur un contrat d’assurance-vie. Diversifiez. Un peu en assurance-vie, un peu en PEA, un peu en livrets réglementés.
Le marché secondaire va-t-il enfin devenir transparent ?
Probablement pas. Les assureurs n’ont aucun intérêt à ce que ça change.
Mais vous, vous pouvez exiger mieux. La prochaine fois que votre conseiller vous propose un contrat d’assurance-vie, demandez-lui : « Et si je veux le revendre dans 10 ans, à quel prix puis-je le faire ? »
S’il ne sait pas répondre, changez de conseiller.
Parce que votre argent, c’est le vôtre. Pas celui de la machine.
Dernier conseil : ne comptez pas sur l’État pour vous protéger. Les régulateurs (ACPR, AMF) surveillent les abus, mais ils ne vous obligeront jamais à vendre ou à acheter. La balle est dans votre camp.