Un gazoduc en Alaska et des centrales qui n’existent pas encore
Le 15 mai, Donald Trump a annoncé un « accord historique » entre les États-Unis et la Corée du Sud : 200 milliards de dollars d’investissements sud-coréens, concentrés sur trois mégaprojets énergétiques. Parmi eux, un gazoduc géant reliant l’Alaska à la côte ouest américaine, et plusieurs centrales nucléaires en Caroline du Sud. Le tout, présenté comme un « coup de pouce » à l’autonomie énergétique des États-Unis. Sauf que personne ne croit vraiment à cette histoire. Pas même les Sud-Coréens.
Le problème ? Ces projets ne sont pas prêts. Le gazoduc en Alaska, par exemple, est une vieille idée remontant à 2007. À l’époque, on parlait de 20 milliards de dollars. Aujourd’hui, on en est à … rien. Les études d’impact environnemental traînent depuis des années, les permis n’ont jamais été délivrés, et les compagnies pétrolières locales (comme ConocoPhillips) ont déjà abandonné l’idée. Pourtant, dans le plan de Trump, ce gazoduc est soudain devenu urgent. Comme si l’urgence était moins technique qu’électorale : avant les élections de 2024, il faut montrer que l’Amérique est de retour dans l’énergie.
Et puis il y a les centrales nucléaires. La Corée du Sud, championne mondiale du nucléaire (elle construit des réacteurs en Arabie saoudite et aux Émirats), veut exporter son savoir-faire aux États-Unis. Sauf que le dernier réacteur sud-coréen construit à l’étranger, en Arabie saoudite, est en retard de cinq ans et coûte deux fois plus cher que prévu. En Caroline du Sud, où deux centrales sont prévues, les régulateurs locaux freinent des quatre fers. Pourquoi ? Parce que personne ne veut d’un nucléaire sud-coréen sur son territoire sans garanties absolues. Et surtout, parce que les États-Unis ont déjà trop de centrales inutilisées.
Bref, on vend du rĂŞve.
Pourquoi Séoul se jette à l’eau (et pourquoi ça va mal finir)
La Corée du Sud est en crise. Son économie stagne, son chômage des jeunes frôle les 10 %, et sa dette publique explose. Le pays a besoin de liquidités, et vite. D’où cette annonce de 200 milliards de dollars, qui ressemble moins à un investissement qu’à une opération de survie. Les Sud-Coréens misent sur deux choses :
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L’argent américain. Les États-Unis, eux aussi en manque de cash (guerre en Ukraine, inflation, élections), sont prêts à financer n’importe quoi pour booster leur industrie énergétique. Même des projets fantômes.
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L’influence géopolitique. En s’accrochant aux États-Unis, Séoul espère contrer la Chine, qui étouffe son économie depuis des années. Mais attention : cette dépendance a un prix. Si les États-Unis tournent le dos à la Corée du Sud demain, le pays sera dans une position encore plus faible.
Le vrai problème ? Personne ne vérifie.
Les 200 milliards annoncés, c’est du vent. Les Sud-Coréens n’ont pas cet argent. Ils comptent sur des prêts américains, des partenariats publics-privés risqués, et peut-être même sur des fonds chinois (oui, ceux-là mêmes qu’ils veulent fuir). Les projets énergétiques ? Des coquilles vides. Les centrales nucléaires ? Des années de retard. Le gazoduc ? Une blague.
Pourtant, les médias sud-coréens parlent déjà de « renaissance économique ». Les politiques locaux brandissent ce plan comme une victoire. Et Trump, lui, s’en sert pour dire : « Regardez, l’Amérique est de retour ! »
Sauf que non.
Ce que les marchés ne veulent pas voir
Les Bourses de Séoul et New York ont à peine réagi à l’annonce. Pourquoi ? Parce que les investisseurs savent une chose : ces 200 milliards, c’est du papier.
Prenez Samsung, par exemple. Le géant sud-coréen a déjà annoncé des licenciements massifs (10 000 emplois supprimés cette année). Si Samsung investissait vraiment 200 milliards, il faudrait qu’il double sa capitalisation en six mois. Or, depuis 2020, son cours a chuté de 40 %. Même chose pour Hyundai, qui peine à vendre ses voitures en Europe et aux États-Unis.
Alors d’où vient cet argent ?
De trois sources, toutes douteuses :
- La dette publique sud-coréenne, déjà à 50 % du PIB. Ajouter 200 milliards de dollars de projets non rentables, c’est comme jouer à la roulette russe avec l’économie.
- Les fonds souverains, qui pourraient être détournés vers ces investissements. Sauf que ces fonds servent à payer les retraites et les hôpitaux. En Corée du Sud, ça fait des années que les gens manifestent contre les privatisations. Si Séoul touche à ces réserves, ça va saigner.
- Les partenariats avec des États pétroliers, comme l’Arabie saoudite ou les Émirats. Ces pays ont de l’argent, mais ils veulent des contreparties : accès aux technologies sud-coréennes, influence politique, et peut-être même des bases militaires. Autrement dit, la Corée du Sud va encore plus s’enfermer dans une logique de dépendance.
Résultat ? Un plan qui ressemble à une arnaque géante. Les États-Unis y trouvent un coup de com’ pour 2024. La Corée du Sud, une illusion de croissance. Et les citoyens ? Rien. Comme d’habitude.
Le vrai jeu : la Chine regarde, et elle rit
Personne ne parle de la Chine. Pourtant, c’est elle qui gagne à ce « deal ».
Pendant que Séoul court après les dollars américains, Pékin, elle, consolide son emprise sur l’Asie. Elle achète des terres en Afrique, contrôle 80 % des terres rares, et inonde le monde de panneaux solaires à bas prix. Résultat : la Corée du Sud, qui était encore il y a dix ans un leader technologique, est aujourd’hui un sous-traitant de la Chine. Ses usines tournent à plein pour Apple et Samsung, mais ses propres innovations ? Presque inexistantes.
Ce plan de 200 milliards, c’est une fuite en avant.
La Corée du Sud veut croire qu’elle peut encore rivaliser avec la Chine. Qu’elle peut séduire les États-Unis. Qu’elle peut sauver son économie avec des gazoducs et des centrales qui n’existent pas. Mais la réalité, c’est que Séoul est en train de se vendre.
Pas seulement son énergie. Son avenir.
Et après ? Personne ne sait.
Les Sud-Coréens vont continuer à faire semblant d’y croire. Les Américains vont continuer à parler de « partenariat historique ». Et dans cinq ans, quand ces 200 milliards se seront évaporés, il ne restera que des dettes, des centrales à moitié construites, et un gazoduc qui n’aura jamais vu le jour.
Parce que c’est comme ça, les grands projets énergétiques.
Ils commencent toujours par des discours enflammés. Et ils finissent en chantiers abandonnés, en emplois perdus, et en promesses non tenues.
La Corée du Sud vient de signer pour la prochaine saison.