Séoul mise sur quatre pays africains, mais l’Afrique ne joue pas

La Corée du Sud cible quatre pays africains à la conférence KOAFEC, mais ses projets butent sur des réalités brutales : l’Afrique de l’Est numérique et l’Afrique australe énergétique cachent des fractures profondes. Entre promesses technologiques et dépendances géopolitiques, qui sortira gagnant ?

Publié le 17 septembre 2026 à 18:10
Séoul mise sur quatre pays africains, mais l’Afrique ne joue pas

L’Éthiopie, le labo à ciel ouvert de l’IA africaine

L’Éthiopie est le pays où Séoul mise le plus sur l’IA. Pourquoi ? Parce que le gouvernement éthiopien a ouvert un centre d’excellence pour l’intelligence artificielle à Addis-Abeba, financé en partie par la Corée du Sud. Officiellement, c’est pour former des ingénieurs locaux. Officieusement, c’est pour que les entreprises sud-coréennes comme Samsung ou LG testent leurs outils en conditions réelles, et à moindres coûts.

Problème : l’Éthiopie a d’autres priorités. Le pays sort à peine d’une guerre civile qui a laissé des millions de déplacés, et son système électrique est encore instable. En 2023, des pannes de courant ont paralysé Addis-Abeba pendant des semaines. Alors oui, l’IA peut aider à optimiser la logistique ou la santé, mais quand les hôpitaux manquent de médicaments de base, parler de smart cities sonne comme une insulte.

Et puis, il y a la question des données. Les algorithmes coréens auront-ils accès aux données sensibles des Éthiopiens ? Qui les contrôle ? Le gouvernement ? Les entreprises ? Personne ne le sait vraiment. À Séoul, on parle de partenariat. À Addis, on se demande juste quand les factures arriveront.

Le chiffre qui cloche : Selon la Banque mondiale, seulement 12 % des Éthiopiens ont accès à Internet. Alors quand la Corée du Sud vante ses projets d’IA, elle oublie un détail : sans connexion, pas d’algorithmes. Pas même les plus performants.

Le Kenya, où le numérique cache une bulle spéculative

Le Kenya est le pays africain le plus avancé en matière de fintech et de services numériques. C’est aussi le pays où Séoul veut investir massivement dans les infrastructures numériques. Les deux semblent aller de pair. Sauf que non.

À Nairobi, les startups coréennes comme KakaoBank ou Naver sont en train de racheter des licences pour développer des services de paiement mobile. Le gouvernement kenyan, lui, ferme les yeux, ou plutôt, il regarde ailleurs. Parce que ces mêmes startups ne paient pas toujours leurs taxes. Parce qu’elles embauchent des locaux à des salaires de misère. Parce qu’elles dépendent d’un écosystème fragile : celui des hustlers qui vivent du M-Pesa, le système de paiement mobile qui fait la richesse du Kenya.

Le vrai problème ? Le Kenya est en train de devenir un laboratoire à ciel ouvert pour les géants technologiques. Sans régulation. Sans protection des données. Sans plan B si ça échoue. En 2023, une étude de l’Université de Nairobi révélait que 68 % des Kenyans ne font pas confiance aux services financiers numériques, justement à cause des scandales de fuites de données et de fraudes. Pourtant, Séoul continue de vanter ses projets comme un modèle.

Ce que personne ne dit : Le Kenya est déjà saturé de partenaires asiatiques. La Chine y construit des autoroutes, l’Inde y forme des ingénieurs, et la Turquie y vend des drones. Ajouter la Corée du Sud, c’est ajouter une variable de plus dans un système qui commence à craquer.

L’Afrique du Sud, où l’énergie reste un casse-tête géopolitique

L’Afrique du Sud est le pays où Séoul veut investir dans les énergies renouvelables. Logique : le pays a un besoin désespéré d’électricité, et ses centrales à charbon sont en train de s’effondrer. Problème : personne ne sait vraiment comment faire.

En 2023, Eskom, le géant sud-africain de l’électricité, a connu des coupures de courant (load shedding) pendant plus de 100 jours. Les hôpitaux fonctionnaient à la génératrice, les usines fermaient, et le gouvernement promettait des solutions. Parmi elles : des partenariats avec la Corée du Sud pour des centrales à gaz et des parcs solaires.

Sauf que l’Afrique du Sud a déjà essayé ça. En 2015, elle a lancé un appel d’offres pour des centrales solaires. Résultat ? Des entreprises étrangères ont gagné les contrats, puis ont revendu l’électricité à perte, laissant les Sud-Africains dans le noir. Aujourd’hui, le gouvernement veut recommencer, mais avec Séoul cette fois.

L’angle mort : L’Afrique du Sud a des ressources en gaz de schiste. Assez pour devenir autonome. Sauf que l’exploitation est interdite depuis 2020, après des années de luttes sociales. Alors oui, la Corée du Sud peut construire des éoliennes, mais elle ne touchera jamais au vrai problème : qui contrôle vraiment l’énergie en Afrique du Sud ? Pas les ingénieurs de Samsung. Pas les technocrates de Séoul. Les syndicats miniers, peut-être. Ou les communautés locales, qui se battent depuis des décennies pour leurs terres.

Le Mozambique, où le gaz devient une guerre par procuration

Le Mozambique est le pays le plus risqué de la liste. Et pourtant, c’est celui où Séoul veut investir le plus dans les infrastructures énergétiques. Pourquoi ? Parce que le pays détient le troisième plus grand gisement de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde, après le Qatar et l’Iran.

Sauf que le Mozambique est en pleine crise. En 2021, des groupes islamistes ont pris le contrôle du nord du pays, sabotant des oléoducs et tuant des centaines de personnes. Résultat : les projets gaziers sont gelés, les investisseurs fuient, et le gouvernement mozambicain est à deux doigts de la faillite.

Pourtant, Séoul veut y aller. Pas pour le gaz, officiellement. Mais pour les infrastructures qui l’accompagnent : ports, pipelines, centrales électriques. Le problème ? Personne ne sait si ces projets tiendront cinq ans. Les attaques terroristes continuent, les contrats sont signés dans l’urgence, et les populations locales ne voient toujours pas un centime des retombées.

Le piège : La Corée du Sud a déjà une expérience désastreuse au Mozambique. En 2017, la société coréenne Daewoo Shipbuilding & Marine Engineering a été accusée de corruption dans l’attribution d’un contrat pour la construction d’un port. Le scandale a failli faire tomber le gouvernement mozambicain. Aujourd’hui, Séoul revient comme si rien ne s’était passé.

Pourquoi l’Afrique ne joue pas le jeu ?

Voilà le vrai problème. Séoul arrive avec des chèques, des promesses, des experts. L’Afrique, elle, n’a pas le choix : elle a besoin d’argent, de technologie, d’emplois. Sauf que quand on écoute les dirigeants africains en privé, ils disent la même chose : « On nous prend pour des idiots. »

  • À Addis-Abeba, ils savent que l’IA coréenne servira d’abord les intérêts de Samsung, pas ceux des Éthiopiens.
  • À Nairobi, ils voient bien que les licences numériques vendues par les Coréens seront exploitées par des actionnaires étrangers.
  • À Pretoria, ils ont déjà essayé les partenariats énergétiques, ça n’a pas marché.
  • À Maputo, ils savent que le gaz coréen finira entre les mains de la Chine ou des fonds occidentaux.

Alors oui, la Corée du Sud a des atouts. Elle a l’argent. Elle a la technologie. Elle a l’expérience. Mais l’Afrique, elle, a la patience. Et elle attend.

La dernière question : Quand est-ce que Séoul comprendra que l’Afrique ne veut plus être un terrain de jeu pour les géants asiatiques ? Quand est-ce que les Coréens arrêteront de parler en termes de partenariats et commenceront à écouter ceux qui, sur place, savent ce dont ils ont vraiment besoin ?

Pas demain. Probablement pas dans cinq ans. Mais un jour, peut-être, l’Afrique répondra. Et ce jour-là, ce ne sera pas avec des sourires.

La dernière idée : La Corée du Sud regarde l’Afrique comme un marché. L’Afrique, elle, regarde Séoul comme un partenaire temporaire. La question n’est pas de savoir qui a raison. Mais qui tiendra le plus longtemps.

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R Galaxie Rédaction

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