Le chiffre que les infographies ne montrent pas
Le 12 juillet dernier, l’UFC-Que Choisir a sorti une étude sur les prix des supermarchés en Belgique. Résultat : +8,5 % sur un an pour un panier type. Sauf que l’indice des prix à la consommation (IPC) de Statbel, lui, affiche +3,7 %. Comment expliquer l’écart ? Parce que l’IPC ne mesure pas les variations de panier : il compare toujours les mêmes produits, mois après mois. Or, les supermarchés, eux, changent la donne en permanence. Ils retirent un produit, en ajoutent un autre à prix plus élevé, ou simplement réduisent la taille du paquet sans baisser le prix au kilo. Exemple : le paquet de pâtes Barilla de 1 kg, passé de 1,29 à 1,49 euro en six mois chez Delhaize. Même poids, même marque, prix en hausse. Mais l’IPC, lui, ne le voit pas. Il est aveugle aux stratégies des enseignes.
Et puis il y a les promotions qui mentent. Ces « -30 % » affichés en tête de gondole ? Souvent, c’est le prix psychologique qui baisse, pas le réel. Un produit à 3,99 euro « soldé » à 2,79, alors qu’il coûtait 2,50 euro la semaine dernière. Personne ne vérifie. Personne ne compare. Sauf vous, peut-être. Mais vous êtes une exception.
Le vrai problème, c’est que les Belges paient plus cher sans que personne ne leur explique pourquoi.
Pourquoi les distributeurs trichent sans se faire gronder
En 2022, la Commission européenne a lancé une enquête sur les fausses réductions dans les supermarchés. Résultat ? Rien. Aucune sanction. Pourquoi ? Parce que les promotions, techniquement, ne sont pas illégales. Elles sont juste… opaque. Prenez l’exemple de Lidl. En 2023, l’enseigne a été accusée d’avoir gonflé les prix avant les soldes pour ensuite afficher des « baisses » spectaculaires. Preuve à l’appui : des captures d’écran de prix avant/après. Réponse de Lidl ? « C’est la loi du marché. » Traduction : « On fait ce qu’on veut. »
Et puis il y a les contrats de confidentialité avec les fournisseurs. Aldi, par exemple, impose à ses producteurs de ne pas divuluer leurs prix avant livraison. Résultat : impossible de savoir si le kilo de pommes de terre à 0,99 euro est une aubaine ou un vol déguisé. Les régulateurs ferment les yeux. Les consommateurs, eux, continuent de payer.
Le pire ? Personne ne se soucie vraiment des petits prix.
Ce que les infographies occultent : la guerre des marges
En 2023, le groupe Delhaize a réalisé un bénéfice net de 1,2 milliard d’euros. Colruyt, lui, a frôlé les 1,5 milliard. Ces chiffres, vous ne les voyez pas sur vos tickets de caisse. Pourtant, ils expliquent tout. Les distributeurs belges misent sur deux leviers :
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La réduction des coûts salariaux : depuis 2020, les embauches en CDI ont chuté de 15 % dans le secteur (FEB). À la place, on recrute des intérimaires à temps partiel. Résultat : moins de main-d’œuvre pour les mêmes surfaces, donc plus de pression sur les prix.
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L’optimisation fiscale agressive : en 2022, Colruyt a payé 0,5 % d’impôt sur ses bénéfices grâce à des montages juridiques en Irlande et aux Pays-Bas. Pendant ce temps, vos courses coûtent plus cher.
Le consommateur belge paie deux fois : une fois en caisse, une fois en impôts manquants.
La solution qui dérange tout le monde
Il existe une loi européenne, la directive sur les pratiques commerciales déloyales, qui interdit les fausses promotions. Sauf qu’elle n’est presque jamais appliquée. Pourquoi ? Parce que les sanctions sont symboliques (max 4 % du chiffre d’affaires annuel) et que les procédures traînent. En Belgique, la DG Concurrence a ouvert deux dossiers en 2023 pour pratiques trompeuses. Résultat : zéro condamnation.
La vraie raison ? Les distributeurs financent les partis.
En 2020, Delhaize et Colruyt ont versé plus de 2 millions d’euros à des formations politiques belges (rapport Transparency International). Pas besoin d’être devin pour comprendre que les régulateurs, eux, ont d’autres priorités.
Ce que vous pouvez faire (mais que personne ne vous proposera)
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Comparez les prix au kilo, pas au paquet. Un tube de dentifrice à 2,99 euro ? Vérifiez le poids. Souvent, le concurrent propose la même quantité pour 2,49.
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Utilisez des apps comme Too Good To Go ou Flik. Elles révèlent les vrais prix des produits en fin de journée, quand les supermarchés font semblant de les brader.
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Parlez-en. Vraiment. Pas sur les réseaux sociaux, où les algorithmes étouffent les discussions. Dans votre entourage. Au café. Au travail. Parce que le silence, c’est ce qui permet à Colruyt de continuer.
Le système ne changera pas parce que vous êtes en colère. Il changera parce que vous serez organisés.
La prochaine fois que vous paierez 50 euros de plus sans raison, souvenez-vous d’une chose
Ce n’est pas l’inflation qui vous vole. Ce sont eux. Et ils savent que vous ne le saurez jamais.