Chevron au Venezuela, ou comment le pétrole achète les guerres

Le géant américain Chevron relance l'exploitation pétrolière au Venezuela avec la bénédiction de Washington. Derrière l'accord, une réalité crue : le Pentagone touche sa part des bénéfices. Qui paie vraiment la note ? Pas ceux qu'on croit.

Publié le 3 septembre 2026 à 08:02
Chevron au Venezuela, ou comment le pétrole achète les guerres

300 000 barils par jour, et un silence gêné

Chevron vient de signer. 300 000 barils par jour, extraits des réserves vénézuéliennes, parmi les plus importantes au monde. Le chiffre circule depuis des semaines, mais personne ne le commente officiellement. Pas même le Département d'État américain, qui préfère parler de "stabilité régionale" et de "soutien au peuple vénézuélien". Drôle de soutien : le peuple en question vit sous un embargo depuis 2019, avec des hôpitaux en ruine et une inflation à faire pâlir les pires cauchemars économiques. Pendant ce temps, Chevron, lui, sourit. Parce que les règles ont changé. Et pas dans le sens qu’on vous vend à la télé.

Le Pentagone touche sa part, et alors ?

L’accord est clair : une partie des bénéfices ira directement au Pentagone. Pas sous forme de dons, non. Sous forme de "contributions stratégiques". Traduction : le pétrole vénézuélien finance désormais les dépenses militaires américaines. Vous pensiez que les États-Unis se retiraient des conflits ? Détrompez-vous. Ils externalisent. Moins de soldats sur le terrain, plus de contrats juteux pour les majors du pétrole. Chevron n’est pas une ONG. C’est une entreprise cotée en Bourse, avec des actionnaires à satisfaire. Et ces actionnaires, ils se fichent bien de savoir si les Vénézuéliens ont accès à l’eau potable. Ce qui les intéresse, c’est le rendement. 15 % par an, minimum. Peu importe d’où vient l’argent.

Pourtant, il y a un hic. Un gros. Le Venezuela est sous sanctions internationales depuis des années. Officiellement, pour "violation des droits de l’homme" et "corruption généralisée". Officieusement, parce que le pays a eu l’audace de nationaliser son pétrole en 2007, sous Chávez. Depuis, Washington a tout fait pour étrangler l’économie vénézuélienne. Embargos, gels d’avoirs, pressions sur les banques. Résultat ? Le PIB a chuté de 75 % en dix ans. La population a fui par millions. Et maintenant, on nous explique que tout va mieux parce que Chevron revient ?

L’hypocrisie en trois actes

Acte 1 : Les sanctions. Elles étaient censées faire plier le régime de Maduro. Elles ont surtout appauvri la population. Les hôpitaux manquent de médicaments, les écoles ferment, et les coupures d’électricité durent des heures. Mais Maduro, lui, est toujours là. Comme par hasard, les sanctions ne touchent jamais les élites du régime. Elles visent les citoyens. La méthode est vieille comme le monde : affamez le peuple, et il finira par se retourner contre son gouvernement. Sauf que ça ne marche pas. Parce que les Vénézuéliens savent très bien qui est responsable de leur misère. Pas seulement Maduro. Aussi ceux qui maintiennent l’embargo.

Acte 2 : L’accord Chevron. Officiellement, c’est une "mesure humanitaire". Officieusement, c’est une brèche dans les sanctions. Une brèche soigneusement calculée. Parce que Chevron n’est pas n’importe quelle entreprise. C’est un acteur clé de la politique énergétique américaine. Quand Chevron parle, Washington écoute. Et quand Washington veut contourner ses propres sanctions, il suffit de trouver un prétexte. En l’occurrence, la "stabilité régionale". Un terme fourre-tout qui permet de justifier à peu près n’importe quoi. Y compris le fait de donner des millions de dollars à un régime que vous prétendez combattre.

Acte 3 : Le Pentagone. Parce que oui, l’armée américaine touche sa part. Et c’est là que ça devient intéressant. Vous pensiez que les États-Unis se désengageaient des conflits ? Faux. Ils changent simplement de méthode. Moins de troupes au sol, plus de contrats avec des entreprises privées. Moins de risques politiques, plus de profits garantis. Le pétrole vénézuélien devient une monnaie d’échange. Une façon de financer les dépenses militaires sans avoir à passer par le Congrès. Pratique, non ? Surtout quand on sait que le budget du Pentagone dépasse déjà les 800 milliards de dollars par an. Une somme colossale, mais jamais suffisante. Il faut toujours plus. Alors on prend. Où on peut. Quand on peut.

Ce que personne ne vous dit sur les réserves vénézuéliennes

Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde. 303 milliards de barils, selon l’OPEP. Assez pour alimenter la planète pendant des décennies. Assez, aussi, pour faire de n’importe quel pays une cible. Parce que le pétrole, ça se vole. Pas avec des chars, non. Avec des contrats, des accords, des "partenariats stratégiques". Chevron n’est pas le premier à tenter le coup. Avant lui, ExxonMobil et ConocoPhillips ont essayé. Ils ont échoué. Parce que Chávez, puis Maduro, ont résisté. Ils ont nationalisé. Ils ont expulsé les majors. Et ils ont payé le prix fort. Embargos, sabotage économique, tentatives de déstabilisation. Rien n’y a fait. Jusqu’à aujourd’hui.

Pourquoi maintenant ? Parce que les États-Unis ont besoin de pétrole. Pas pour leur consommation intérieure, ils sont autosuffisants depuis le boom du schiste. Non, pour contrôler le marché. Pour dicter les prix. Pour affaiblir la Russie et l’Iran, leurs deux principaux rivaux sur le marché de l’or noir. Le Venezuela est un pion. Un pion qu’on peut sacrifier, ou qu’on peut utiliser, selon les besoins. En ce moment, Washington a choisi de l’utiliser. Parce que la guerre en Ukraine a tout changé. Les prix du pétrole flambent. Les Européens cherchent désespérément des alternatives au gaz russe. Et les États-Unis, eux, voient une opportunité. Une opportunité de reprendre le contrôle. Même si ça signifie trahir leurs propres principes.

Le vrai coût de l’accord Chevron

Vous voulez savoir qui paie vraiment la note ? Pas Chevron. Pas le Pentagone. Pas même Maduro. Non, ce sont les Vénézuéliens. Ceux qui vivent avec moins de 2 dollars par jour. Ceux qui font la queue pendant des heures pour acheter du pain. Ceux qui meurent dans des hôpitaux sans médicaments. Eux, ils paient. En silence. Parce que personne ne les écoute. Personne ne les voit.

Chevron, lui, va empocher des milliards. Le Pentagone va toucher sa part. Et Maduro ? Il va rester au pouvoir. Parce que c’est ça, le deal. Vous nous donnez accès au pétrole, et on vous laisse tranquille. Pas de coup d’État, pas de révolution colorée, pas de sanctions supplémentaires. Juste un petit arrangement entre amis. Entre gens raisonnables. Entre ceux qui comptent.

Et les autres ? Les autres peuvent crever. Littéralement.

Pourquoi ça ne changera rien pour vous

Vous vous dites peut-être que tout ça, c’est loin. Que ça ne vous concerne pas. Détrompez-vous. Parce que ce qui se passe au Venezuela, c’est un laboratoire. Un test. Pour voir jusqu’où on peut pousser le cynisme. Jusqu’où on peut aller dans la realpolitik. Jusqu’où on peut sacrifier des populations entières au nom des intérêts économiques.

Demain, ce sera un autre pays. Un autre embargo. Un autre accord juteux. Une autre population sacrifiée. Parce que c’est comme ça que ça marche. Les grandes puissances ne changent pas. Elles s’adaptent. Elles trouvent des parades. Elles inventent des prétextes. Et elles continuent. Comme si de rien n’était.

Alors non, Chevron au Venezuela, ce n’est pas une bonne nouvelle. Ce n’est pas une avancée. C’est une capitulation. Une preuve de plus que le monde tourne autour d’une seule chose : l’argent. Pas la morale. Pas la justice. Pas les droits de l’homme. L’argent. Point.

Et vous, dans tout ça ? Vous pouvez toujours manifester. Signer des pétitions. Partager des posts sur les réseaux sociaux. Ça ne changera rien. Parce que les décisions se prennent ailleurs. Dans des bureaux climatisés, loin des regards. Par des gens qui ne vous connaissent pas. Qui ne vous doivent rien. Et qui, surtout, n’ont aucune intention de rendre des comptes.

Bref. Vous savez ce qu’il vous reste à faire. Rien. Parce que c’est comme ça. Le pétrole coule. Les gens meurent. Et le monde continue de tourner.

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R Galaxie Rédaction

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