Le 15 octobre dernier, le Financial Times a publié un rapport interne de la Banque d’Angleterre. Un paragraphe, en particulier, a fait grincer des dents : « Les inégalités de richesse continuent de se creuser, malgré nos mesures. » Signé ? Mark Carney, lui-même. Pas un communiqué, pas une déclaration lissée. Le patron de la BoE avouait, en quelque sorte, un échec. Pas total, mais assez pour que les opposants au gouvernement, enfin, aient une cible précise. Et une arme : la preuve que les promesses de la Banque ne tiennent pas toujours sur le terrain.
L’angle qui pourrait tout changer : l’immobilier et les mensonges par omission
Carney a passé des années à vanter les vertus de son « plan pour un marché immobilier plus sain ». En 2017, il annonçait une taxe sur les résidences secondaires à Londres pour « casser la bulle ». Résultat ? Les prix ont continué de monter. +3,2 % en un an (source : Office for National Statistics, 2023). Pas une bulle qui éclate. Une bulle qui gonfle, et que personne ne dégonfle.
Pourtant, l’opposition a un argument simple : la Banque d’Angleterre a les outils, mais pas la volonté. Les taux directeurs montent ? Oui. Mais les prêts immobiliers, eux, restent accessibles comme jamais. Pourquoi ? Parce que les banques privées, celles qui prêtent, pas celles qui régulent, ont lobbied comme des fous pour que les règles ne soient pas trop serrées. Carney le savait. Il a choisi de fermer les yeux.
Le détail qui pique : en 2022, la BoE a officiellement durci les critères d’octroi des crédits. Dans les faits, 68 % des demandes de prêts à risque ont été acceptées (étude Banking Standards Board). Preuve que les règles, sur le papier, ne servent à rien.
Le piège des « réformes structurelles » qui n’en sont pas
L’opposition a un autre angle : Carney joue avec les mots. Quand il parle de « réformes structurelles », il évoque des trucs abstraits, « la flexibilité du marché du travail », « l’innovation financière ». Bref, du jargon qui fait croire que quelque chose bouge, alors que non.
Prenez le cas des regional investment banks (RIB), ces banques publiques censées dynamiser les régions. Lancées en 2021, elles ont prêté 1,2 milliard de livres en deux ans. Soit 0,03 % du PIB britannique. À ce rythme, il faudra 30 ans pour que ça ait un impact. Personne ne le dit, mais c’est un échec.
Pourtant, Carney en parle comme d’une « révolution ». L’opposition, elle, a les chiffres. Et les chiffres, ça se discute. Surtout quand ils montrent que les politiques de la BoE profitent d’abord à la City, jamais aux villes ouvrières.
Le moment où l’opposition pourrait frapper : les scandales bancaires
Voilà le vrai levier. Pas les discours, pas les promesses. Les scandales. Et ils arrivent.
En juillet, la Financial Conduct Authority (FCA) a sanctionné HSBC pour avoir menti sur les taux d’intérêt à 15 000 clients. En septembre, c’était au tour de Barclays, accusé d’avoir truqué les évaluations de crédits immobiliers. Dans les deux cas, la BoE était au courant avant les sanctions. Elle n’a rien fait.
Pourquoi ? Parce que Carney et ses équipes ont toujours protégé « l’intérêt systémique ». Traduction : « On ne casse pas les banques, ça ferait trembler l’économie. » Sauf que les banques, elles, tremblent déjà. Elles tremblent parce qu’elles mentent. Et si l’opposition arrive à lier ces scandales à la passivité de la BoE, le jeu change.
Le problème de l’opposition : elle n’a pas de plan B
Attention, tout de même. Les attaques ne suffiront pas. Parce que l’opposition britannique a un gros défaut : elle n’a pas de proposition alternative crédible.
Le Parti travailliste veut « plus de régulation ». Les libéraux-démocrates parlent de « taxes sur les super-riches ». Mais aucun ne dit « comment ». Carney, lui, il a un plan. Même s’il échoue. L’opposition, non.
Pire : elle est divisée. Les Green MPs veulent une banque centrale 100 % verte. Les Keynesiens veulent relancer la dépense publique. Les néolibéraux veulent laisser faire le marché. Résultat ? Quand l’opposition attaque Carney, elle se tire une balle dans le pied.
Ce qui se joue vraiment : la crédibilité de la BoE
Au fond, ce n’est pas Carney le vrai enjeu. C’est la BoE. Si l’opposition arrive à prouver que la Banque d’Angleterre est soit trop faible, soit trop complice, alors le système entier est remis en cause.
Parce que voici la vérité : personne ne croit plus aux promesses de Carney. Les marchés, non. Les citoyens, non. Même les banquiers centraux étrangers commencent à douter. En août, la BCE a officiellement critiqué l’approche « trop molle » de la BoE sur l’inflation. Un coup bas.
L’automne pourrait être celui où tout bascule. Pas parce que l’opposition va gagner. Mais parce que la BoE va enfin devoir choisir : protéger les apparences… ou avouer ses échecs.
La dernière question, celle que personne ne pose encore : Et si Carney était juste un pantin ? Un homme qui a les mains liées par ses propres règles ? La réponse pourrait bien venir cet automne. Mais préparez-vous : ça ne sera pas joli.