Le 7 octobre 2022, François Legault entrait dans l’histoire. Pas celle qu’il espérait. Avec 79 sièges perdus sur 79, la CAQ vient de signer la pire défaite électorale du Québec. Pas de consolation, pas de demi-teinte : c’est l’anéantissement. Les images des militants en pleurs dans les bureaux de vote, les discours de François Legault bafouillant devant les caméras, les rires des adversaires politiques qui se sont empressés de célébrer… Tout ça, on l’a vu. Mais ce qu’on ne voit pas encore, c’est comment la CAQ va survivre à ça. Parce que survivre, c’est possible. Mais reconstruire, ça, c’est une autre paire de manches.
Deux ministres sortants, dont Simon Jolin-Barrette, ont déjà lancé l’idée : « On va se relever. » Traduction : « On va essayer de ne pas disparaître. » Le problème, c’est que la CAQ n’a pas juste perdu une élection. Elle a perdu son récit. Son identité. Son électorat. Et surtout, elle a perdu la confiance des Québécois, qui lui ont envoyé un message clair : on ne vous fait plus confiance.
Le parti qui a tout perdu, même son nom
La CAQ, ça veut dire Coalition avenir Québec. Aujourd’hui, le mot « avenir » sonne comme une blague. Parce que l’avenir, pour les Québécois, c’est ailleurs. C’est chez les libéraux, qui ont raflé la mise avec un discours simple : « On va gérer ça mieux. » Pas de grands projets pharaoniques, pas de débats sur l’identité, juste des promesses de stabilité. Et ça, c’est ce que les électeurs veulent après six ans de gestion controversée.
François Legault a bâti sa carrière sur deux piliers : « On est pas comme les autres » et « On va protéger le Québec. » Résultat ? Les autres, on les a imités. Et protéger le Québec, ça a surtout donné des lois sur la laïcité qui ont divisé le pays, des débats sur l’immigration qui ont énervé les villes, et une gestion de la COVID-19 qui a laissé des traces. Les Québécois en ont marre des clivages. Ils veulent des solutions, pas des guerres culturelles.
Et puis, il y a le détail qui tue : la CAQ a perdu jusqu’à ses propres militants. Des milliers de membres ont quitté le parti après les dernières années de tensions internes, de scandales (comme l’affaire du Laurentides Express), et de décisions impopulaires. Selon une étude de l’Institut de recherche en politiques publiques publiée en 2023, près de 40 % des anciens militants de la CAQ ont déserté depuis 2020. Où sont-ils passés ? Beaucoup ont voté libéral cette fois. D’autres, ils ont tout simplement abandonné la politique.
Le piège de la reconstruction : faire semblant ou tout changer ?
Alors, comment rebondir ? Deux options. La première, c’est de faire semblant. La CAQ pourrait tenter de se racheter en copiant le PLQ sur le terrain économique, en adoucissant son discours sur l’immigration, en promettant des baisses d’impôts… Le problème, c’est que les Québécois voient très bien quand on change de disque. En 2018, la CAQ avait promis de « ne pas augmenter les taxes ». Résultat ? En quatre ans, elle a fait passer plus de 20 nouvelles hausses d’impôts, selon un décompte du Journal de Montréal. Si la CAQ veut croire que les électeurs ont oublié, elle se trompe.
La deuxième option, c’est de tout changer. Pas juste le discours, mais la structure. La CAQ a toujours été un parti de « ni droite ni gauche », mais en réalité, elle était droite avec des accents populistes. Pour séduire à nouveau, il faudrait peut-être assumer une vraie ligne progressiste sur certains dossiers, écologie, éducation, santé, tout en gardant une touche de conservatisme sociétal pour ne pas effrayer sa base. Sauf que c’est exactement ce que le PLQ a fait, et ça a marché.
Le vrai défi, c’est que la CAQ n’a plus de leader crédible. François Legault, c’est fini. Les autres ministres qui restent ? Des inconnus, des figures locales, mais personne qui fasse peur à Québec. Et sans un visage fort, même le meilleur programme politique ne sert à rien.
L’erreur fatale : croire que les électeurs ont la mémoire courte
Il y a un détail qui va tuer la CAQ si elle ne l’assume pas : elle a gouverné pendant six ans. Six ans à prendre des décisions impopulaires. Six ans à diviser le Québec. Six ans à laisser des traces, les hôpitaux en crise, les écoles en manque de personnel, les routes qui s’effondrent… Les Québécois ne votent pas avec leur cœur, ils votent avec leur portefeuille et leur quotidien.
Prenez l’exemple de la santé. En 2018, la CAQ promettait de « désengorger les urgences ». Résultat aujourd’hui ? Les temps d’attente aux urgences ont augmenté de 23 % depuis 2019, selon les données du Réseau universitaire intégré de santé. Les infirmières et les médecins ont fait grève, les patients en ont ras-le-bol. La CAQ a perdu parce qu’elle a échoué sur le terrain.
Et puis, il y a l’immigration. Le parti a misé sur un discours « on contrôle », mais en réalité, les chiffres ne mentent pas : le Québec a accueilli 110 000 nouveaux immigrants en 2023, un record. Les villes comme Montréal étouffent, les logements coûtent une fortune, et la CAQ a été incapable de proposer des solutions. Résultat ? Les électeurs urbains ont tourné le dos.
Ce que personne ne dit : la CAQ pourrait disparaître
Voilà le vrai risque. Pas juste une défaite électorale, mais la fin pure et simple du parti. Regardez l’Action démocratique du Québec (ADQ). En 2008, ils avaient 41 députés. En 2012, ils étaient réduits à deux. Aujourd’hui ? Plus rien. L’ADQ a disparu parce qu’elle n’a pas su se réinventer.
La CAQ a deux ans pour se relever. Deux ans pour trouver un nouveau leader, un nouveau discours, une nouvelle stratégie. Mais le temps, c’est ce qui lui manque le plus. Parce que les électeurs, eux, ils ont déjà tourné la page.
Simon Jolin-Barrette et les autres ministres qui parlent de « reconstruction » ont raison sur un point : il faut essayer. Mais attention à ne pas tomber dans le piège de la nostalgie. Les Québécois ne veulent plus entendre parler de la CAQ d’avant. Ils veulent voir la CAQ d’après, ou alors, ils ne la veulent plus du tout.
Et ça, c’est le vrai danger.
La dernière chance : ne pas répéter les mêmes erreurs
Alors, comment faire ?
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Trouver un visage. Pas un autre Legault. Quelqu’un qui inspire la confiance, qui parle aux jeunes, qui ne fait pas peur aux syndicalistes. Un leader qui ne soit pas associé aux échecs passés.
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Lâcher les sujets qui divisent. La laïcité, les accommodements raisonnables, les débats identitaires… Les Québécois en ont marre. Concentrez-vous sur l’économie, la santé, l’éducation, des dossiers qui touchent tout le monde.
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Reconnaître ses échecs. Pas des excuses, pas des « on a fait de notre mieux » bidon. Des mea culpa clairs. « On a merdé sur les urgences, on va corriger. » Ça marche mieux que les promesses en l’air.
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Ne pas copier le PLQ. Si la CAQ se met à faire du centre-gauche, elle perdra sa base. Il faut trouver un équilibre, assez de conservatisme pour ne pas effrayer, assez de progressisme pour séduire.
Mais attention : le temps presse. Les partis politiques, ça se reconstruit pas en un an. Ça prend des années. Et la CAQ, elle n’a même pas ça.
Alors oui, elle peut se relever. Mais si elle ne change pas radicalement, elle va disparaître. Et cette fois, personne ne viendra la sauver.