Le cancer des moins de 50 ans, un phénomène qui déborde les statistiques
Le WCRF a publié ses données en mars dernier, et elles claquent comme un coup de poing. Entre 2010 et 2019, les cas de cancer colorectal chez les 20-49 ans ont augmenté de 2,2 % par an aux États-Unis. Aux Pays-Bas, c’est pire : +3,5 % par an pour le même groupe d’âge. Le cancer du foie, lui, explose chez les moins de 50 ans, avec une hausse de 1,5 % par an en Angleterre. Ces chiffres ne sont pas des estimations. Ce sont des certitudes, sourcées par des registres médicaux, des hôpitaux, des bases de données nationales. Et pourtant, quand on en parle, on entend souvent la même phrase : « On ne comprend pas encore pourquoi. » Traduction : on a les yeux fermés.
Pourtant, les pistes existent. L’obésité, d’abord. Un rapport de l’American Cancer Society lie directement l’excès de poids à la hausse des cancers du côlon et du sein chez les jeunes. Aux États-Unis, 40 % des 20-39 ans sont en surpoids, contre 25 % dans les années 1990. Ensuite, l’alimentation. Les régimes ultra-transformés, les sucres ajoutés, les viandes rouges : tout cela a changé en 20 ans. Et les cancers du foie, eux, sont souvent liés à l’hépatite C… et à l’alcool. Les moins de 50 ans boivent plus que leurs aînés, et boivent plus tôt. Enfin, il y a l’inflammation chronique, causée par le stress, la pollution, les perturbateurs endocriniens. Votre corps s’use avant l’heure, et les cellules dérapent.
Mais le plus frappant, c’est ce qu’on ne dit pas. Ces cancers, chez les jeunes, se déclarent plus tardivement. Les symptômes ? Ils ressemblent à ceux d’un rhume, d’une gastro, d’une fatigue passagère. Résultat : le diagnostic arrive trop tard. Aux États-Unis, 40 % des jeunes adultes avec un cancer colorectal sont déjà en phase avancée au moment où on les soigne. À 40 ans, on ne pense pas au cancer. Les médecins non plus.
Pourquoi les dépistages ne suivent pas
En France, le dépistage organisé du cancer colorectal commence à 50 ans. Aux États-Unis, c’est à 45 ans. Aux Pays-Bas, on a abaissé le seuil à 45 ans en 2021, après avoir constaté l’augmentation des cas. Une mesure tardive. Parce que pendant ce temps, des milliers de jeunes meurent ou subissent des traitements lourds alors qu’ils auraient pu être sauvés.
Le problème ? Les politiques de santé publique traînent toujours derrière la réalité. En 2017, le WCRF avait déjà tiré la sonnette d’alarme. En vain. Les gouvernements préfèrent parler de « facteurs de risque modifiables » plutôt que d’agir. Résultat : les campagnes de prévention ciblent encore les 50 ans et plus. Comme si le cancer, lui, avait attendu son tour.
Et puis, il y a l’argent. Un dépistage étendu aux moins de 50 ans coûterait cher. Aux États-Unis, on estime le surcoût à plusieurs milliards de dollars par an. Les assureurs et les États hésitent. Pourtant, soigner un cancer en phase avancée coûte encore plus cher. Mais personne ne veut en parler.
Ce que les médecins refusent d’admettre
En 2022, une étude publiée dans The Lancet a montré que les jeunes patients étaient souvent mal diagnostiqués. Les médecins attribuent leurs symptômes à autre chose : syndrome de l’intestin irritable, anémie passagère, stress. « À votre âge, ce n’est pas un cancer », répètent-ils. Sauf que si. Et quand le doute s’installe, il est déjà trop tard.
Prenez le cas de Sarah, 38 ans, aux États-Unis. Elle avait des saignements anaux depuis des mois. Son médecin généraliste lui a prescrit des probiotiques. « C’est probablement hémorroïdes », lui a-t-on dit. Trois mois plus tard, elle a appris qu’elle avait un cancer du côlon en stade 3. Trop tard pour une chirurgie curative. Elle est morte en 2021.
Ces erreurs de diagnostic ne sont pas des accidents. Elles sont systémiques. Les jeunes médecins, formés sur les données des années 2000, ne voient pas les signes chez les moins de 50 ans. Les vieux médecins, eux, refusent d’admettre que les règles ont changé. Résultat : un retard moyen de 6 à 12 mois entre les premiers symptômes et le bon diagnostic.
L’industrie agroalimentaire, complice malgré elle ?
Si on parle peu de cette épidémie, c’est aussi parce que les causes sont connues, mais pas les solutions faciles. L’obésité, les régimes ultra-transformés, l’alcool : tout cela est lié à des lobbies puissants. Les géants de la malbouffe, comme Nestlé ou Coca-Cola, financent encore des études minimisant les risques des produits transformés. Les brasseurs, eux, misent sur le marketing auprès des jeunes.
Le WCRF a calculé que réduire de 10 % la consommation de sucres ajoutés pourrait éviter 20 000 cas de cancer par an en Europe. Mais qui va imposer ça ? Les États ? Les lobbies ? Les jeunes eux-mêmes ?
Pourtant, des pays commencent à bouger. En Royaume-Uni, le gouvernement a lancé en 2023 un programme de dépistage étendu aux 40-49 ans pour le cancer colorectal. Une première. Mais est-ce suffisant ? Non. Parce que le vrai problème, c’est l’environnement. L’air pollué, les pesticides, les perturbateurs endocriniens : tout cela accélère l’apparition des cancers. Et personne ne veut en parler.
Et maintenant ?
Si vous avez moins de 50 ans, voici ce que vous devez faire dès aujourd’hui :
- Arrêtez de croire que le cancer, c’est pour les vieux. Si vous avez des symptômes persistants, fatigue, saignements, douleurs inexpliquées, insistez. Exigez des examens. Pas de « on verra plus tard ».
- Pesez-vous. Pas pour maigrir à tout prix, mais pour savoir où vous en êtes. Un IMC supérieur à 25 augmente significativement les risques.
- Bougez. Pas besoin de courir un marathon. Marchez 30 minutes par jour. Votre intestin vous remerciera.
- Limitez l’alcool et les ultra-transformés. Oui, c’est chiant. Oui, c’est difficile. Mais moins que de mourir à 45 ans.
Les gouvernements et les médecins mettront des années à s’adapter. Vous, vous n’avez pas ce luxe.
Le vrai scandale, ce n’est pas la hausse des cas. C’est qu’on s’en fiche.
On pourrait croire que cette épidémie va déclencher une prise de conscience mondiale. Que les laboratoires vont se bouger pour des dépistages plus précoces. Que les politiques vont enfin agir sur l’alimentation et la pollution. Mais non. Parce que le cancer des jeunes, ça ne fait pas vendre de médicaments. Ça ne fait pas de buzz. Ça ne rapporte pas aux lobbies.
Alors on attend. On attend que les chiffres montent encore. On attend que les hôpitaux soient saturés. On attend que les jeunes meurent un peu plus avant de réagir.
Sauf que cette fois, ce ne sera pas une question de temps. Ce sera une question de survie.