Pourquoi les médecins préfèrent-ils ignorer la vraie raison ?
Assouly a un exemple tout prêt, et il le balance sans filtre. « Un patient vient me voir avec des douleurs lombaires. Il a 45 ans, il soulève des charges au travail, il fume depuis l’adolescence, et il boit trois cafés serrés avant 8h. Je lui prescris un anti-inflammatoire ? Non. Je lui dis : ‘Arrêtez de fumer, faites du sport, et surtout, arrêtez de vous tordre le dos comme un sac de pommes de terre.’ » Résultat ? Le patient revient trois mois plus tard, soulagé. Pas parce qu’il a avalé des comprimés, mais parce qu’il a changé sa vie. Sauf que dans 90 % des cabinets, personne ne prend ce risque. « Les patients veulent une ordonnance, pas un sermon. Et les médecins ont peur de perdre du temps. » Assouly, lui, assume. Il passe 20 minutes avec un patient pour comprendre son mode de vie, ses stress, ses habitudes. Les autres ? Ils signent une ordonnance en trois minutes chrono. « La médecine rapide, c’est comme réparer une voiture en changeant seulement l’ampoule du tableau de bord alors que le moteur est en feu. »
Le problème, c’est que les facultés de médecine ne forment pas à ça. On apprend à diagnostiquer une angine, pas à déconstruire pourquoi Monsieur Dupont a une angine tous les hivers. « On nous apprend à traiter les symptômes, pas à chercher les causes. C’est comme si on vous apprenait à éteindre un incendie sans vous dire comment éviter qu’il ne parte. » Assouly a fait le choix de bousculer l’ordre établi. Résultat : ses patients se sentent écoutés. Ses collègues le trouvent « trop idéaliste ».
Le casse-tête des assurances et des labos
Il y a une raison pour laquelle presque tous les médecins prescrivent des antidouleurs comme des bonbons : l’argent. Les laboratoires pharmaceutiques financent des études, des congrès, des formations. Ils poussent les molécules qui marchent tout de suite, pas celles qui demandent du temps. « Un antidouleur, ça se vend. Une consultation qui dure 20 minutes, ça ne se monétise pas. » Assouly a calculé : une boîte de paracétamol coûte 0,50 euro à produire. Elle se revend 12 euros en pharmacie. « Qui va refuser 12 euros de profit facile ? »
Pire : les assurances maladie rémunèrent les actes, pas les préventions. « Si je passe une heure à expliquer à un patient comment mieux dormir pour éviter ses migraines, je ne suis pas payé. Mais si je lui prescris un triptan à 8 euros la boîte, l’Assurance Maladie me verse 25 euros. » C’est le système qui est malade. Pas les patients.
Ce que les patients ne savent pas (ou ne veulent pas entendre)
Assouly a un autre exemple, celui-là encore plus brutal. « Une femme de 30 ans vient me voir avec des douleurs pelviennes. Elle a déjà vu trois gynécologues, qui lui ont tous prescrit des antalgiques. Moi, je lui demande : ‘Est-ce que vous êtes stressée ?’ Elle me répond : ‘Oui, mais c’est normal, j’ai deux enfants en bas âge.’ Alors je lui dis : ‘Écoutez, si vous aviez une appendicite, je vous opérerais. Mais là, votre corps vous envoie un signal : vous êtes à la limite. Alors soit vous changez quelque chose, soit vous allez droit dans le mur.’ » La patiente a pleuré. Puis elle a pris rendez-vous avec un thérapeute. « Elle n’a plus mal. Pas parce qu’elle a pris des cachetons, mais parce qu’elle a compris que sa santé, c’est pas que son corps. C’est aussi sa tête, son boulot, ses relations. »
Sauf que la plupart des gens préfèrent la solution facile. « Ils veulent une pilule magique. Moi, je leur dis : ‘Désolé, il n’y en a pas. La seule pilule magique, c’est votre propre vie.’ » Assouly assume son rôle de « casseur de rêves ». Il n’est pas là pour faire plaisir. Il est là pour dire les choses comme elles sont.
La médecine de demain existe déjà (mais personne ne veut l’adopter)
Son cabinet, c’est un peu un laboratoire à part. Pas de standard téléphonique qui répond « Bonjour, cabinet du Dr Untel » en trois secondes. Pas de secrétaires qui filent les rendez-vous comme des tickets de caisse. Non. Chez Assouly, on prend son temps. « Un patient qui arrive en crise d’angoisse, je ne lui prescris pas un anxiolytique. Je lui demande : ‘Qu’est-ce qui vous stresse vraiment ?’ » Résultat ? Les rechutes sont rares. Les patients reviennent. Les collègues ? Ils haussent les épaules. « Ils disent : ‘Mais tu perds de l’argent comme ça !’ Non. Je gagne autre chose. »
Il y a des médecins comme lui, quelques-uns. Pas assez. Parce que la médecine conventionnelle, c’est comme un train qui roule à toute vitesse : tout le monde monte dedans, personne ne veut sauter. « Moi, je suis dans le wagon de queue. Je freine. Parce que si on ne freine pas, un jour, le train va dérailler. »
La vraie question n’est pas ‘Comment soigner ?’ mais ‘Pourquoi on ne soigne pas ?’
Assouly a une théorie. « La médecine moderne a oublié son âme. Elle est devenue une usine à ordonnances. » Lui, il veut la remettre sur les rails. Pas en inventant des remèdes miracles, mais en rappelant que la santé, ça se travaille. Pas seulement avec des médicaments, mais avec du temps, de l’écoute, et parfois, un peu de courage.
Le problème, c’est que le système ne récompense pas ça. Les labos ne font pas de pub pour « la consultation qui change une vie ». Les assurances ne paient pas les médecins qui prennent leur temps. Et les patients ? Beaucoup préfèrent encore croire qu’une pilule peut tout régler.
Alors Assouly continue. Parce que quelqu’un doit bien le faire. Même si ça lui vaut des regards en coin et des sourires en coin. « Un jour, peut-être, les gens comprendront. En attendant, je soigne comme je peux. »