Et si le cancer du sein volait aussi la sexualité des femmes ?

Chaque annĂ©e, 60 000 femmes en France apprennent qu’elles ont un cancer du sein (Institut national du cancer). Mais derriĂšre les chiffres, il y a les corps brisĂ©s, les dĂ©sirs Ă©touffĂ©s, et une sexualitĂ© souvent oubliĂ©e dans les campagnes de sensibilisation. Octobre rose parle de survie, pas de plaisir. Pourtant, se rĂ©approprier son corps aprĂšs un cancer, c’est aussi ça, la vraie bataille.

Publié le 21 octobre 2026 à 12:09
Et si le cancer du sein volait aussi la sexualité des femmes ?

Une salle d’attente de l’Institut Curie, Ă  Paris. Les femmes y attendent leur rendez-vous avec des regards fuyants, des silences lourds. Certaines ont les yeux rouges. D’autres serrent contre elles un pull trop grand, comme pour se protĂ©ger. Personne ne parle de ça, mais tout le monde y pense : le cancer du sein, c’est aussi une amputation symbolique. Pas seulement des seins, parfois. Du dĂ©sir, aussi. Des caresses. De l’audace. Et personne ne vous le dit clairement, surtout pas en octobre, mois des roses et des slogans lisses sur « l’espoir » et « la force des femmes ».

Pourtant, les chiffres sont lĂ . Une Ă©tude de l’Institut national du cancer (INCa) publiĂ©e en 2022 rĂ©vĂšle que 40 % des femmes survivantes d’un cancer du sein dĂ©clarent une baisse de leur dĂ©sir sexuel, et 30 % Ă©vitent tout contact physique aprĂšs le traitement. Les mĂ©decins en parlent peu, les associations encore moins. Comme si le corps, une fois guĂ©ri, devait se contenter de respirer sans frĂ©mir.

Le corps n’est pas un objet Ă  rĂ©parer, c’est un territoire Ă  reconquĂ©rir.

Mais comment faire quand les mots manquent ? Quand les partenaires, eux-mĂȘmes perdus, ne savent pas comment aborder le sujet ? Quand les mĂ©decins, submergĂ©s par les protocoles, n’ont pas le temps de demander : « Et votre plaisir, alors ? » ?

Prenez le cas de Claire, 42 ans, diagnostiquĂ©e il y a trois ans. AprĂšs une mastectomie et une reconstruction, elle a dĂ» apprendre Ă  se regarder dans le miroir sans dĂ©tourner les yeux. « Au dĂ©but, je portais des vĂȘtements larges, comme une armure. Mon mari ne touchait plus mon torse. Un jour, il m’a dit : ‘Je ne sais pas comment faire.’ » Claire a ri, jaune. « Personne ne vous apprend ça. Ni les oncologues, ni les psychologues. Juste : ‘Ça va passer.’ Comme si c’était une grippe. »

Octobre rose, c’est du marketing avant tout.

Les campagnes dĂ©filent, les rubans roses s’arborent, les dons pleuvent. Mais oĂč est la place pour parler des douleurs fantĂŽmes ? Des cicatrices qui picotent ? Des nuits oĂč l’on se rĂ©veille en sursaut, persuadĂ©e que le cancer est revenu ? OĂč est la place pour les femmes qui, aprĂšs des annĂ©es de chimiothĂ©rapie, dĂ©couvrent qu’elles n’ont plus envie de rien ?

L’Association pour le Soutien aux Femmes Atteintes de Cancer du Sein (ASFACS) organise des ateliers sur la reconstruction mammaire, mais rarement sur la reconstruction sexuelle. Pourtant, c’est tout aussi vital. « On nous parle de reconstruction physique, mais pas de reconstruction intime », explique Élodie, 38 ans, qui a dĂ» gĂ©rer seule les sĂ©quelles d’une radiothĂ©rapie qui a assĂ©chĂ© sa peau et ses muqueuses. « Mon partenaire a arrĂȘtĂ© de me toucher. Pas par manque d’amour, mais par peur de me faire mal. »

Le silence, c’est le vrai cancer.

Pourtant, des solutions existent. Des sexologues spĂ©cialisĂ©s en oncologie, comme le Dr Sophie Marceau (oui, celle-lĂ  mĂȘme, qui a fait de ce sujet son combat personnel), travaillent Ă  dĂ©samorcer ces tabous. « Le corps aprĂšs un cancer, ce n’est pas un corps abĂźmĂ©, c’est un corps qui a une nouvelle histoire Ă  Ă©crire », dit-elle. Mais combien de femmes en ont entendu parler ?

En 2023, seulement 12 centres hospitaliers en France proposaient un suivi psychosexuel intégré aux parcours de soins contre le cancer du sein. Douze. Sur des centaines. « On nous donne des antidouleurs pour les douleurs physiques, mais pas pour les douleurs invisibles », résume une patiente anonyme dans un forum en ligne.

La sexualitĂ©, c’est politique.

Parler de dĂ©sir aprĂšs un cancer, c’est aussi parler de libertĂ©. LibertĂ© de ne pas avoir honte. LibertĂ© de dire non si on ne veut pas. LibertĂ© de redĂ©couvrir son corps, mĂȘme s’il a changĂ©. « Mon sein reconstruit ne sera jamais comme avant, et c’est trĂšs bien comme ça », confie Marie, 50 ans. « Mais mon mari a mis deux ans Ă  comprendre que je voulais qu’on me touche lĂ -dessus. Deux ans. »

Octobre rose, c’est bien. Mais Octobre Vrai, ce serait celui oĂč l’on ose enfin dire que guĂ©rir, ce n’est pas seulement vivre plus longtemps. C’est aussi vivre mieux. Avec des caresses. Des rires. Des nuits oĂč l’on ne se sent pas comme une malade, mais comme une femme.

Le combat contre le cancer du sein ne s’arrĂȘte pas aux seins.

Il se joue aussi dans l’intimitĂ©. Et lĂ , personne ne vous tend encore la main.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Et si le cancer du sein volait aussi la sexualité des femmes ? | R Galaxie