LeBlanc négocie sans accord, mais Ottawa joue la montre
Le ministre Dominic LeBlanc a encore sorti son jargon vendredi : « Les responsables des deux côtés de la frontière continuent de se concerter. » Traduction : on parle, mais rien ne bouge. Pas de négociation officielle, pas de calendrier, juste des réunions qui s’étirent comme un élastique. Pourtant, derrière les portes closes, les tensions montent. Et les factures aussi.
Pourquoi Ottawa s’entête à traîner ?
Parce que Washington a déjà ses cartes en main. Les États-Unis ont lancé leur Inflation Reduction Act (IRA), un plan de 369 milliards de dollars qui subventionne massivement les industries locales, surtout celles qui polluent moins. Résultat : les entreprises canadiennes, coincées entre deux feux, doivent choisir. Soit elles s’adaptent aux normes américaines et perdent leur avantage concurrentiel ici. Soit elles restent en place et voient leurs parts de marché s’effriter outre-Atlantique.
Prenez l’exemple d’Aluminum Company of Canada (Alcan). Depuis l’adoption de l’IRA, ses marges se réduisent comme peau de chagrin. Pourquoi ? Parce que les États-Unis taxent désormais à 27,36 % les importations d’aluminium canadien, sauf si le métal est produit selon leurs critères environnementaux. Or, Alcan n’a pas les moyens de tout rénover du jour au lendemain. En 2023, ses profits ont chuté de 12 % par rapport à 2022. « On est dans une course contre la montre », a lâché un porte-parole sous couvert d’anonymat. Sauf que la montre est arrêtée.
Le piège des discussions « informelles »
LeBlanc et ses équipes misent sur les « consultations continues ». Problème : ces discussions ne mènent nulle part. Les Américains ont leurs priorités, relocaliser, protéger leur industrie, verrouiller les chaînes d’approvisionnement. Le Canada, lui, hésite. Entre peur de froisser Washington et manque de leviers concrets, Ottawa joue les arbitres sans jamais trancher.
Pire : ces atermoiements donnent l’impression d’un gouvernement qui ne maîtrise pas son dossier. « Quand tu traînes, les autres accélèrent », résume un lobbyiste du secteur automobile. Résultat, les investissements fuient. En 2023, les projets d’expansion dans les provinces de l’Ontario et du Québec ont reculé de 8 % par rapport à 2022, selon Statistique Canada. Les usines ferment, les emplois partent. Et personne ne bronche.
Ce que personne ne dit à voix haute
Derrière les sourires diplomatiques, il y a une réalité crue : le Canada n’a plus les moyens de négocier à armes égales. L’IRA, c’est un train qui passe. Si Ottawa ne se réveille pas, les entreprises canadiennes vont devoir soit plier bagage, soit s’aligner sur des normes qui les étouffent. Et dans les deux cas, c’est la même chose : on perd.
LeBlanc et ses équipes savent ça. Ils le savent depuis des mois. Alors pourquoi continuer à parler sans jamais passer à l’action ? Peut-être parce que, pour l’instant, c’est plus facile de reporter les décisions. Mais à un moment, il faudra choisir. Et les factures, elles, ne s’arrêteront pas.
Le vrai enjeu : qui paiera la note ?
Les discussions traînent, mais le compteur tourne. Chaque semaine de retard, c’est des emplois en moins, des usines qui ferment, des régions qui s’étiolent. Le Québec et l’Ontario, deux moteurs économiques du pays, sont en première ligne. Si rien ne bouge d’ici fin 2024, c’est simple : le Canada va devenir un sous-traitant de l’Amérique, sans voix au chapitre.
Pourtant, personne ne veut en parler. Trop compliqué ? Trop politique ? Trop risqué ? Peu importe. La vérité, c’est qu’Ottawa a peur. Peur de déplaire, peur de perdre, peur de choisir. Alors on attend. On parle. On tergiverse.
Mais le temps, lui, ne s’arrête pas.
La dernière chance ?
Il reste une fenêtre, étroite, pour que le Canada se réveille. Les élections américaines approchent, et avec elles, l’incertitude. Si Biden perd, l’IRA pourrait être revu, voire annulé. Si Trump revient, attendez-vous à des mesures encore plus protectionnistes. Dans les deux cas, le Canada doit avoir une stratégie claire. Pas des discussions en l’air.
Sauf que, pour l’instant, personne ne semble pressé.
Et c’est ça, le vrai problème.
Le Canada attend. Les États-Unis agissent. Et les factures, elles, s’accumulent.