Le cancer du sein tue encore trop au Burkina Faso
En 2024, le Burkina Faso enregistrait 1 200 nouveaux cas de cancer du sein par an, selon les données du Centre National de Lutte contre le Cancer (CNLC). Un chiffre qui grimpe, mais que personne ne commente vraiment. Pourquoi ? Parce que parler de dépistage, c’est bien. Mais parler des centres de santé saturés, des médecins en grève, des femmes qui doivent parcourir 50 km pour une mammographie, c’est moins joli. Oméga Vision Group le sait. Alors ils organisent leur marche, avec des slogans percutants et des influenceurs locaux en première ligne. Problème : la prévention reste un luxe pour beaucoup.
À Ouagadougou, le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Bogodogo, référence pour les cancers, manque de tout. Radiothérapie ? Un appareil en panne depuis 2023. Chimiothérapie ? Les stocks sont souvent vides. Résultat : les femmes diagnostiquées tardivement arrivent en phase métastatique. La marche de samedi, c’était beau. Mais à quoi bon courir 10 km si après, vous n’avez pas les moyens de vous soigner ?
Oméga Vision Group mise sur l’émotion. Mais l’émotion ne paie pas les médicaments.
Pourquoi une boîte de com’ s’empare du sujet ?
Oméga Vision Group, c’est d’abord une agence de communication. Pas un hôpital. Pas une ONG. Alors quand ils lancent une campagne sur le cancer du sein, il faut se demander : qui en profite vraiment ?
D’un côté, il y a le côté noble : sensibiliser, briser la tabou, faire bouger les lignes. De l’autre, il y a le business. Parce qu’une campagne réussie, ça attire les clients. Les marques de cosmétiques, les laboratoires pharmaceutiques, les assurances santé… Tout le monde veut être vu à côté d’une cause noble. Sauf que la noble cause, ici, c’est un leurre si elle ne débouche sur rien.
Prenez l’exemple de Dr. Aïssata Ouédraogo, gynécologue à Bobo-Dioulasso. Elle a participé à la marche. Elle a signé des pétitions. Mais dans son hôpital, elle voit encore des femmes mourir parce qu’elles n’ont pas pu faire de dépistage à temps. « On nous demande de courir, de crier, de faire des posts Instagram, mais personne ne nous donne les moyens de soigner », lance-t-elle, sèchement. Oméga Vision Group a fait son taf : ils ont organisé un événement. Maintenant, il faudrait qu’ils poussent pour des réformes. Sauf que ça, ce n’est pas leur métier.
Le dépistage, ce leurre ?
« Dépister, c’est agir. » Le slogan est clair. Le problème, c’est que dépister sans moyens, c’est une blague.
Au Burkina Faso, le dépistage du cancer du sein repose sur trois piliers :
- L’auto-palpation (apprendre aux femmes à se toucher les seins). Utile, mais insuffisant.
- Les campagnes de sensibilisation (affiches, radios, réseaux sociaux). Efficace pour informer, mais pas pour soigner.
- Les centres de dépistage mobiles (qui tournent dans les régions). Sauf qu’en 2026, seulement 3 régions sur 13 en bénéficient.
Résultat : 80 % des femmes burkinabè ne font jamais de dépistage. Pas par négligence. Parce qu’elles n’ont pas les moyens de se déplacer. Parce qu’elles ne savent pas où aller. Parce que quand elles arrivent à l’hôpital, il n’y a plus de place en radiologie.
Oméga Vision Group a fait son show. Ils ont rempli les réseaux sociaux de hashtags (#DepisterCestAgir #BurkinaFasoSeBouge). Mais est-ce que ça change quelque chose ? Pas vraiment. Parce que derrière les belles images, il y a une réalité : le système de santé burkinabè est à genoux.
Ce que personne ne dit sur le cancer du sein au Burkina
Il y a un truc que les organisateurs de la marche n’ont pas évoqué : le coût.
Une mammographie coûte entre 15 000 et 30 000 FCFA (23 à 46 euros). Pour une femme qui gagne 10 000 FCFA par mois (15 euros), c’est l’équivalent de 1,5 à 3 mois de salaire. Personne ne vous en parle.
Et puis, il y a la question des fausses alertes. Parce que oui, le dépistage, ça peut aussi ruiner des vies. Imaginez : vous dépensez vos économies pour une mammographie, on vous dit que vous avez un nodule suspect, vous paniquez, vous vous endettez pour des examens complémentaires… et finalement, c’est bénin.
Au Burkina Faso, on ne parle pas de ça. Parce que ça gâche le discours héroïque. Parce que ça complique les choses. Parce que la vérité, c’est que le dépistage de masse n’est pas une solution miracle.
Alors à quoi bon courir 10 km si après, vous n’avez pas les moyens d’agir ?
La vraie question : et après la marche, on fait quoi ?
Oméga Vision Group a fait son taf. Ils ont mobilisé. Ils ont sensibilisé. Ils ont posté des stories Instagram avec des témoignages émouvants. Mais maintenant ?
Maintenant, il faudrait des choses concrètes :
- Des centres de dépistage gratuits dans toutes les régions. Pas seulement à Ouagadougou.
- Un fonds d’urgence pour les femmes diagnostiquées, parce que oui, certaines ne peuvent pas payer leur traitement.
- Une formation massive des sages-femmes et infirmières pour qu’elles puissent repérer les cas suspects sans avoir besoin d’un médecin.
Sauf que personne ne veut en parler. Parce que c’est compliqué. Parce que ça coûte cher. Parce que ça implique de remettre en cause un système qui ne marche pas.
La marche de samedi, c’était joli. Mais la vraie bataille, elle commence maintenant. Et elle ne se gagnera pas avec des slogans.
La dernière question : qui paiera ?
Parce que voyez-vous, le cancer du sein au Burkina Faso, ce n’est pas qu’un problème de santé. C’est un problème politique.
Qui va financer les mammographies pour toutes ? Qui va construire les hôpitaux ? Qui va former les médecins ? Personne ne bronche. Parce que c’est moins glamour que de courir 10 km sous un soleil de plomb.
Alors oui, félicitations à Oméga Vision Group pour leur initiative. Mais sans argent, sans infrastructure, sans volonté politique, leurs belles paroles ne serviront à rien.
Et ça, personne ne veut en entendre parler.