BTR parie sur Tanger Tech pour submerger l’Europe de cathodes sans maîtrise des risques.

Le groupe chinois BTR New Material lance des appels d’offres pour ses usines marocaines de matériaux pour batteries, avec une capacité annoncée de 110 000 tonnes. Derrière les chiffres, une stratégie industrielle agressive, des sous-traitants locaux en première ligne… et des risques géopolitiques ignorés.

Publié le 8 septembre 2026 à 15:00
BTR parie sur Tanger Tech pour submerger l’Europe de cathodes sans maîtrise des risques.

110 000 tonnes de cathodes en construction à Tanger, et les sous-traitants marocains déjà en première ligne

Le 6 septembre, BTR New Material a ouvert des consultations pour ses usines de cathodes et d’anodes à Mohammed VI Tanger Tech. Pas de grand discours, pas de cérémonie : juste des marchés attribués pour les menuiseries, les structures métalliques, et les ossatures légères en acier. Le groupe chinois vise 110 000 tonnes de capacité annuelle d’ici 2025. Assez pour alimenter une partie de l’Europe en matériaux critiques pour les batteries. Mais personne ne vérifie vraiment comment ça va se passer sur le terrain.

Pourquoi ? Parce que les sous-traitants locaux, eux, sont déjà en train de signer. Et personne ne leur demande s’ils ont les moyens de suivre.

Les appels d’offres de BTR : un marché local qui déborde

Les marchés publiés concernent trois types de travaux :

  • Les menuiseries métalliques pour l’usine de cathodes (un enjeu logistique énorme, vu les dimensions des équipements).
  • Les installations industrielles (canalisations, câblage, automatismes).
  • Les ossatures légères en acier pour les bâtiments.

Rien d’exceptionnel en soi. Sauf que ces appels d’offres s’inscrivent dans une stratégie de contournement : BTR évite les gros contrats clés en main, trop visibles, pour privilégier des marchés éclatés, moins contrôlables. Résultat ? Les sous-traitants marocains, souvent des PME, se retrouvent avec des délais serrés et des exigences techniques qu’ils ne maîtrisent pas toujours.

Prenez l’exemple de Sogefi, un groupe italien présent au Maroc depuis des années. Ils ont déjà remporté des parts de marché dans les équipements pour batteries. Mais pour BTR, c’est différent : le groupe chinois impose des normes chinoises (GB/T, pas les européennes ou marocaines). Les soudeurs locaux, formés sur des standards différents, doivent tout réapprendre. Et les retards ? Ils sont déjà signalés par des sources proches du dossier.

Le vrai enjeu : BTR joue l’Europe contre la Chine

BTR n’est pas un inconnu. Le groupe est le 4ᵉ producteur mondial de cathodes pour batteries, derrière POSCO, Umicore et Glencore. Mais son modèle est particulier : il mise sur des usines satellites dans des zones franches, là où les coûts sont bas et les régulations laxistes.

À Tanger Tech, BTR a déjà investi plus de 500 millions de dollars (source : communiqués officiels de l’Agence marocaine pour l’investissement). L’objectif ? Déboucher sur l’Europe en contournant les droits de douane chinois. Les cathodes produites ici seront exportées vers l’Allemagne, la France, ou même les États-Unis sous pavillon marocain.

Mais voici le problème : l’Europe ne veut pas de la Chine, mais elle ne veut pas non plus du Maroc. Les quotas de batteries critiques (lithium, cobalt) sont déjà serrés. Si BTR inonde le marché avec des prix bas, les producteurs européens (comme Northvolt ou Accurey) vont se plaindre. Et les régulateurs ? Ils regardent ailleurs.

Ce que personne ne dit sur les risques géopolitiques

Les médias marocains parlent d’emplois locaux créés (environ 2 000, selon les estimations de l’AMDI). C’est vrai. Mais ils omettent un détail : BTR est une entreprise chinoise, soumise à la loi chinoise.

  • Si la Chine impose des sanctions (comme sur le lithium australien), BTR peut être forcée de réorienter sa production vers la Chine. Adieu, les emplois marocains.
  • Si l’Europe durcit ses règles sur les minerais (comme la proposition de loi sur les batteries critiques), BTR devra s’adapter… ou fermer. Et les sous-traitants marocains ? Ils seront les premiers licenciés.

Worse : personne ne surveille les flux. Les cathodes produites à Tanger pourraient finir en Chine, ou être revendues à des acteurs douteux. Le Maroc, lui, n’a pas les moyens de tracer ces mouvements.

Les sous-traitants marocains : entre opportunité et piège

Prenez Métalconcept, une PME de Casablanca qui a remporté un marché pour les structures métalliques. Leur problème ? Ils n’ont jamais travaillé à cette échelle. Leurs soudeurs sont formés sur des normes européennes, pas sur les standards chinois que BTR impose.

Résultat :

  • Des retards (déjà signalés par des sources industrielles).
  • Des coûts imprévus (les aciers spéciaux demandés par BTR coûtent 30 % plus cher que le marché local).
  • Un risque juridique : si BTR rompt le contrat (ce qui arrive souvent en Chine), la PME marocaine n’aura aucun recours.

Pourtant, elles signent. Parce qu’elles n’ont pas le choix. Les banques marocaines financent ces projets, mais avec des taux usuriers. Et l’État marocain, lui, ferme les yeux.

Pourquoi l’Europe ferme les yeux sur cette usine chinoise

L’Union européenne a besoin de cathodes. Beaucoup. La Commission européenne vise 10 % d’autonomie sur les batteries d’ici 2030 (source : rapport Critical Raw Materials Act, 2023). Problème : les mines européennes sont rares, et les usines de traitement, inexistantes.

Alors, quand BTR arrive avec une usine clé en main à Tanger, Bruxelles se tait. Officiellement, c’est un partenariat gagnant-gagnant. En réalité, c’est un cheval de Troie industriel.

  • L’Europe a besoin des cathodes → elle ferme les yeux sur l’origine chinoise.
  • La Chine a besoin d’un débouché → elle utilise le Maroc comme porte d’entrée.
  • Le Maroc a besoin d’emplois → il accepte les risques sans filet.

Personne ne gagne vraiment. Sauf BTR.

La vraie question : et si ça tourne mal ?

Imaginons que dans deux ans, BTR décide de réorienter sa production vers la Chine. Ou que l’Europe impose des droits de douane rétroactifs sur les cathodes marocaines. Qui paiera ?

  • Les sous-traitants locaux ? Ils auront des dettes envers les banques.
  • L’État marocain ? Il devra renégocier des accords avec la Chine.
  • Les travailleurs ? Ils se retrouveront au chômage, sans indemnités.

Aujourd’hui, personne ne se pose la question. Parce que l’urgence économique l’emporte sur tout le reste.

Mais si vous regardez de près, vous verrez que personne n’a vraiment les mains propres dans cette histoire.

En clair : le Maroc joue les utilités pour BTR, et l’Europe se fait avoir sans le savoir.

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R Galaxie Rédaction

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