Un magasin vide, des rayons déserts, des caisses fermées. Ce samedi 26 septembre 2026, les clients de Brico Dépôt à Nice Lingostière ont trouvé porte close. Pas une surprise : les salariés étaient en grève, encore. Trois mois après leur premier débrayage, celui qu’ils appellent « inédit » parce que rare dans le secteur, ils ont recommencé. Pas pour faire joli. Parce que rien n’a changé. Ou presque rien, et c’est pire : la direction a répondu par des promesses en l’air, des études de rentabilité bidon, et une seule certitude, les salaires restent à la ramasse, les conditions de travail aussi. Leur revirement ? Un coup de gueule. Leur méthode ? La seule qui marche encore : faire mal aux caisses de l’enseigne.
Le chiffre qui résume tout : 1,2 % d’augmentation en 2025
On vous parle souvent de l’inflation, des prix qui montent, des smicards qui galèrent. À Brico Dépôt, les chiffres sont là, mais personne ne les commente. Selon les syndicats (CGT et FO, présents sur place), les salaires moyens dans le magasin ont augmenté de 1,2 % en 2025. Soit moins que l’inflation sur la même période, selon l’INSEE. Traduction : vos tickets de caisse coûtent plus cher, mais votre fiche de paie, non.
Et pourtant, les marges du groupe ? Elles explosent. En 2025, le chiffre d’affaires de Brico Dépôt France a progressé de 7,3 %, selon les derniers rapports annuels. Les actionnaires touchent leurs dividendes, les bonus des cadres grimpent, mais les employés du magasin de Lingostière, eux, doivent se serrer la ceinture. Leur argument ? « On nous dit que le magasin est en difficulté, mais les chiffres disent le contraire. »
La grève « inédite » qui ne l’était pas tant que ça
En juin 2026, les salariés avaient déjà débrayé. Pas pour un motif isolé, mais pour tout : les horaires de merde (trop d’heures sup, pas de repos entre les services), les entrepôts qui puent la moisissure, les managers qui hurlent parce que les stocks ne sont pas assez serrés. Leur première grève avait duré trois jours. Résultat ? Rien.
La direction avait sorti le grand jeu : « Nous étudions vos demandes », « Nous allons créer un groupe de travail », « Vos préoccupations sont entendues ». Trois mois plus tard, le groupe de travail ? Il existe sur le papier. Les augmentations ? Toujours pas. Les promesses, ça se mange froid.
Pourtant, cette fois, ils ont recommencé. Pourquoi ? Parce que la direction a osé une nouvelle provocation : licencier un délégué syndical en août, sous prétexte de « réorganisation ». Un coup bas. Une erreur. Les salariés ont compris que si on ne les écrase pas maintenant, ils ne bougeront plus jamais.
Le vrai problème : le modèle Brico Dépôt est une passoire
Le groupe mise tout sur le low-cost. Magasins géants, prix bas, employés sous-payés. Leur recette ? Faire travailler les gens à l’os et payer le moins possible.
À Nice Lingostière, les entrepôts sont vétustes, l’entretien des rayons est bâclé, et les cadences ? Elles rappellent celles des abattoirs. Un employé raconte : « On nous demande de charger 50 caisses par heure. Avec des dos qui craquent et des manutentionnaires qui font grève parce que leurs articulations sont usées. »
Le pire ? La direction s’en fiche. Parce que les clients ne voient pas ça. Ils voient juste le prix bas. Et tant pis si les employés finissent claqués ou en burn-out. Le modèle tient debout parce que personne ne contrôle vraiment.
Ce que la grève cache : une guerre plus large
Brico Dépôt n’est pas un cas isolé. C’est le symptôme d’un secteur qui broie ses employés.
En 2025, selon une étude de la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques), 35 % des salariés du commerce de bricolage déclarent souffrir de troubles musculo-squelettiques. À Brico Dépôt, les chiffres internes (que les syndicats ont pu obtenir) parlent de 42 %. Presque la moitié.
Et les grèves ? Elles se multiplient. À Lyon, à Marseille, à Toulouse. Mais personne n’en parle. Parce que les médias préfèrent les histoires de clients mécontents que celles d’employés épuisés.
La direction joue la montre, et perd
La stratégie de Brico Dépôt est simple : attendre que les salariés lâchent.
Ils savent que beaucoup craqueront. Que certains signeront des accords individuels pour quelques euros de plus. Que d’autres partiront, épuisés. Mais cette fois, les grévistes ont un atout : ils ont déjà gagné une bataille.
En juin, leur débrayage avait fait réagir. Des médias locaux avaient couvert l’histoire. Ils avaient forcé la direction à parler.
Cette fois, ils veulent plus. Ils veulent des augmentations, des embauches, des conditions dignes.
Et si la direction refuse ? Ils recommenceront. Parce que la seule chose qui fait bouger Brico Dépôt, c’est la pression. Et la pression, ils la connaissent bien.
Leur dernière phrase, avant de retourner au travail : « On ne lâchera pas. Pas cette fois. »