Le 30 octobre, les Brésiliens auront le choix entre deux hommes qui n’ont rien en commun, si ce n’est la haine que leur inspire l’autre. L’un, Luiz Inácio Lula da Silva, 77 ans, ancien syndicaliste devenu président, incarne la gauche pragmatique, celle qui a modernisé le pays sans le casser. L’autre, Jair Bolsonaro, 68 ans, est un militaire à la retraite qui a gouverné comme un populiste autoritaire, avec des résultats économiques désastreux et une gestion de la pandémie qui a fait 700 000 morts de plus qu’ailleurs en Amérique latine. Son fils, Flavio, 55 ans, lui succède comme candidat. Un choix sans surprise, mais pas sans danger : Flavio Bolsonaro est l’homme qui a transformé le MBL, un mouvement d’extrême droite marginal, en machine électorale. Il a aussi un passé trouble, entre affaires judiciaires et liens avérés avec des milices armées. Pourtant, les sondages donnent la victoire à Lula, mais avec une marge si fine, moins de 2 points d’avance, que personne ne peut dormir tranquille. Surtout pas Donald Trump, qui suit le scrutin « de très près », comme il l’a répété à ses partisans. Pourquoi ? Parce que le Brésil, c’est l’Amérique latine, et l’Amérique latine, c’est le dernier rempart contre l’influence chinoise en Amérique du Sud. Si Lula gagne, Pékin respire. Si Bolsonaro l’emporte, Washington peut enfin souffler. Mais le vrai problème, c’est que personne ne sait encore si les Brésiliens veulent vraiment tourner la page du bolsonarisme. Les manifestations de rue, les menaces de fraude, les fake news qui inondent les réseaux sociaux, tout cela rappelle 2018. Sauf que cette fois, le contexte est pire. L’inflation frôle les 12 %, le chômage explose, et les inégalités n’ont jamais été aussi criantes. Pourtant, une partie de l’électorat semble prête à voter pour Flavio par pur rejet de Lula, comme si le malheur était une option. Le Brésil vote entre deux extrêmes, et personne ne sait encore lequel des deux va gagner.
Lula, le retour du roi
Lula, c’est l’homme qui a survécu à tout. Condamné pour corruption en 2018, il a passé 580 jours en prison avant que la Cour suprême ne le gracie. Aujourd’hui, il revient comme un sauveur, avec un programme clair : lutter contre la faim, relancer l’économie, et surtout, rétablir la démocratie. Son atout ? Les urnes. En 2014, il avait remporté 54 millions de voix. En 2022, il en a obtenu 60 millions. Mais cette fois, la donne a changé. Bolsonaro n’est plus là pour diviser le pays entre « traditionnels » et « progressistes ». À la place, c’est son fils qui doit porter le flambeau. Et Flavio, c’est autre chose. Moins brutal que son père, mais tout aussi dangereux. Il a promis de « continuer le travail » de Bolsonaro, ce qui, en langage clair, signifie : plus de répression, plus de mépris pour les droits humains, et une alliance encore plus étroite avec les évangéliques et les militaires. Le problème, c’est que les Brésiliens ne sont pas dupes. Ils savent que Flavio n’a pas le charisme de son père, mais ils craignent aussi que Lula ne tienne pas ses promesses. Après tout, il a déjà gouverné deux fois. Et la deuxième fois, il a laissé le pays dans un état lamentable. Lula mise sur la nostalgie. Flavio sur la peur.
Flavio Bolsonaro, l’héritier d’un désastre
Flavio Bolsonaro, c’est le fils qui a tout reçu sans rien mériter. Élu député en 2019, il a rapidement montré qu’il était l’exacte copie de son père : homophobe, climatosceptique, et surtout, prêt à tout pour rester au pouvoir. Son dernier coup d’éclat ? Avoir soutenu la théorie du complot selon laquelle les vaccins contre le Covid-19 stérilisaient les hommes. Une idée aussi stupide qu’elle était dangereuse. Pourtant, ça a marché. Les sondages lui donnent une base solide parmi les classes populaires et les ruraux, ceux qui voient en lui un défenseur de leurs intérêts contre les « élites ». Le problème, c’est que ces mêmes électeurs sont ceux qui souffrent le plus aujourd’hui. L’inflation les étrangle, les hôpitaux sont à l’abandon, et la violence policière fait encore des morts chaque jour. Pourtant, Flavio continue de jouer la carte de la victimisation. « On nous attaque parce qu’on est de droite », répète-t-il en boucle. Comme si être de droite justifiait tout. Le Brésil a déjà connu Bolsonaro. Flavio, c’est la version junior, mais pas moins toxique.
Trump dans l’équation, et les marchés qui tremblent
Donald Trump ne cache pas son intérêt pour ce scrutin. Pourquoi ? Parce que le Brésil, c’est le dernier grand pays d’Amérique latine où les États-Unis peuvent encore peser. Si Lula gagne, Pékin va renforcer son influence, et Washington perd un allié clé. Si Bolsonaro l’emporte, c’est l’inverse. Mais Trump ne s’arrête pas là. Il voit dans Flavio un allié potentiel pour ses propres combats : contre l’avortement, contre les droits des minorités, et surtout, contre la Chine. D’ailleurs, il n’a pas hésité à tweeter son soutien à Bolsonaro, avant de se raviser quand les sondages ont commencé à pencher pour Lula. Trump joue les arbitres, mais il ne contrôle rien.
Ce qui contrôle vraiment les choses, ce sont les marchés. Et ils ont peur. Très peur. La Bourse de São Paulo a chuté de 15 % depuis le début de l’année, et les investisseurs étrangers se sont rués vers la sortie. Pourquoi ? Parce qu’un retour de Lula au pouvoir pourrait signifier des nationalisations, des taxes sur les multinationales, et une politique économique plus interventionniste. Bref, tout ce que détestent les fonds spéculatifs. Mais un second mandat de Bolsonaro, c’est encore pire : instabilité politique, corruption endémique, et une économie au bord du gouffre. Les marchés ne savent pas où donner de la tête. Et vous non plus, probablement.
Ce qui ne change pas : la violence, les fake news, et l’incertitude
Il y a une chose que ni Lula ni Flavio ne peuvent contrôler : la violence. Depuis le début de la campagne, les menaces contre les candidats et leurs familles se multiplient. Des militants de gauche sont assassinés, des journalistes harcelés, et les milices armées se préparent à tout. Personne ne sait encore ce qui se passera si les résultats sont contestés. En 2018, les rues de Brasilia avaient brûlé pendant des semaines. Cette fois, avec Flavio Bolsonaro en jeu, le risque est encore plus grand. Le Brésil vote, mais le pays ne se calme pas.
Et puis, il y a les fake news. Elles inondent les réseaux sociaux, portées par des comptes automatisés et des influenceurs d’extrême droite. Une étude de l’Université de São Paulo a montré que 60 % des Brésiliens croient encore que Lula a triché en 2002 pour gagner l’élection. Une absurdité, mais une absurdité qui marche. Parce que dans un pays où la confiance dans les médias est au plus bas, n’importe quelle théorie du complot peut devenir réalité. Les fake news ne mentent pas. Elles déforment.
Le vrai enjeu : qui va gouverner après le 30 octobre ?
Dimanche, les Brésiliens auront le choix entre deux options : soit ils votent pour Lula et tentent de tourner la page du bolsonarisme, soit ils choisissent Flavio et condamnent le pays à quatre ans de plus de chaos. Mais dans les deux cas, une question reste en suspens : qui va vraiment gouverner ?
Avec Bolsonaro, c’était clair : le pouvoir était entre les mains d’une clique de militaires et d’oligarques. Avec Lula, ce sera différent. Il a promis de nommer des ministres compétents, mais il devra aussi composer avec un Congrès hostile, où son parti n’a plus la majorité. Le Brésil a besoin de stabilité. Il risque d’avoir les deux : instabilité et incertitude.
La dernière carte : l’abstention
Il y a une troisième option, que personne n’ose mentionner : l’abstention. En 2018, 20 % des Brésiliens n’ont pas voté. Cette année, le chiffre pourrait monter. Pourquoi ? Parce que beaucoup ont perdu confiance. Soit ils pensent que leur vote ne changera rien, soit ils refusent de choisir entre deux maux. Le Brésil vote, mais une partie du pays se désengage.
Et après ?
Personne ne sait ce qui se passera après dimanche. Si Lula gagne, il devra gérer une économie en lambeaux et un pays divisé. Si Flavio l’emporte, il devra faire face à une crise sociale sans précédent et à une opposition encore plus virulente. Dans les deux cas, le Brésil aura du pain sur la planche. Ce qui est sûr, c’est qu’une chose ne changera pas : la politique brésilienne reste un jeu dangereux, où les perdants finissent souvent par payer le prix fort.