La Lettonie vote pour un gouvernement sans majorité claire

Avec 35,6 % des voix, le parti du Premier ministre sortant domine, mais sans les alliés nécessaires pour gouverner seul. Ce scrutin révèle une société divisée, où l’extrême droite progresse et où les promesses de stabilité s’effondrent. Analyse d’un résultat qui ne change rien, et qui pourrait tout bouleverser.

Publié le 4 octobre 2026 à 12:11
La Lettonie vote pour un gouvernement sans majorité claire

Andris Kulbergs a gagné. Et après ?

À Riga, dans un bureau de vote du centre-ville, une femme de 62 ans glisse son bulletin dans l’urne en marmonnant : « Encore un coup de plus pour ces gens-là. » Elle ne sait pas encore que son vote, comme ceux de milliers d’autres, vient de donner 35,6 % à la Liste unie de son Premier ministre sortant. Un score historique. Un score qui ne veut rien dire.

Les chiffres officiels ne mentent pas : la formation centristre d’Andris Kulbergs arrive en tête des législatives lettones, devant le Parti social-démocrate (20,1 %) et l’extrême droite de la NA (Nacionālā apvienība, 14,8 %). Mais personne, ou presque, ne s’en réjouit. Pourquoi ? Parce qu’avec ces résultats, personne ne gouvernera vraiment. Pas même Kulbergs.

Un score qui ne sert à rien

La Lettonie a un système électoral qui punit les majorités. Les 100 sièges de la Saeima se répartissent entre 8 circonscriptions, et chaque parti doit négocier localement pour former des coalitions. Kulbergs a besoin d’au moins 51 sièges pour gouverner seul. Il en a 37. Il lui en manque 14. Et personne ne veut lui tendre la main.

Pourquoi ? Parce que ses alliés potentiels, les sociaux-démocrates, ont tout fait pour le saborder. Leur chef, Juris Pūce, a passé la campagne à critiquer « l’amateurisme » de Kulbergs sur l’énergie et l’inflation. Résultat : les deux partis, qui ont gouverné ensemble, se détestent désormais. Les sociaux-démocrates préféreraient s’allier avec la NA, l’extrême droite, pour former une coalition anti-Kulbergs. « C’est une farce », lance un analyste du Latvijas Radio, sous le couvert de l’anonymat. « Tout le monde sait que ça va bloquer. La vraie question, c’est : combien de temps avant qu’ils ne se mettent d’accord pour se nuire ? »

Et puis, il y a ce détail : la NA a progressé. Pas assez pour gouverner, mais assez pour empoisonner la vie de tout le monde. Avec 14,8 %, le parti d’Arturs Toms Pētersons, un ancien ministre des Affaires étrangères viré pour corruption en 2021, fait son entrée au Parlement. « Ils ne veulent pas le pouvoir », explique une militante de la Liste unie. « Ils veulent juste nous faire perdre. » Et ça marche.

L’Europe regarde, mais ne voit rien

À Bruxelles, on observe les résultats avec un sourire poli. La Lettonie est un petit pays, membre de l’UE depuis 2004, mais dont l’instabilité chronique agace. « Un État qui ne parvient pas à former un gouvernement stable, c’est un État qui ne peut pas appliquer les réformes européennes », rappelle une source proche de la Commission. En clair : plus la Lettonie bloque, plus elle devient un fardeau.

Prenez l’énergie. La Lettonie dépend à 80 % du gaz russe. Depuis l’invasion de l’Ukraine, Kulbergs a promis de diversifier les approvisionnements, mais sans résultats. « On nous dit de tenir bon, mais personne ne nous aide vraiment », grogne un responsable local. Résultat : les prix de l’électricité ont explosé (+30 % en un an), et les Lettons commencent à manifester. La NA, elle, promet « un plan national ». Traduction : plus de gaz russe, plus vite. Mais comment ? Personne ne sait.

Le vrai problème : personne ne croit plus en rien

Dans les rues de Riga, l’ambiance est morose. « On a voté pour changer les choses, et on se retrouve avec la même merde », résume un ouvrier de 45 ans, devant un café. La Liste unie a capitalisé sur la peur du chaos, « Votez pour nous, ou ce sera le bordel », mais son message est passé pour du vent.

Pourquoi ? Parce que les Lettons ont compris une chose simple : les partis mentent tous. La Liste unie a promis de réduire la dette publique. Résultat : elle a augmenté. Les sociaux-démocrates ont juré de défendre les retraités. Résultat : les pensions ont été gelées. La NA, elle, promet « l’ordre et la justice ». Traduction : plus de migrants, plus d’ONG, plus de « woke ». Mais même eux, personne ne les croit capables de tenir leurs promesses.

Ce qui se joue vraiment : la fin d’un mythe

La Lettonie était présentée comme le « miracle baltique ». Un pays pauvre en 1991, riche en 2024. Une démocratie stable. Un modèle pour l’Europe de l’Est. Aujourd’hui, ce mythe s’effrite. Le PIB par habitant a chuté de 5 % en un an. L’inflation reste à 12 %. Et maintenant, le Parlement va se battre comme des rats dans un sac.

« On nous a dit que l’UE nous protégerait », souffle une économiste de l’université de Lettonie. « On voit bien que non. »

La vraie question : et après ?

Trois scénarios se dessinent. Le premier : une coalition improbable entre Kulbergs et la NA. « Ils se détestent, mais ils ont besoin l’un de l’autre », analyse un politologue. Résultat : un gouvernement de transition, le temps des prochaines élections. Le second : des élections anticipées. « Ça pourrait arriver dans six mois », prédit un député. Le troisième, le plus probable: un gouvernement minoritaire, incapable d’agir, pendant que la Lettonie s’enfonce.

Une chose est sûre : personne ne gagne. Pas Kulbergs, pas la NA, pas les sociaux-démocrates. Juste des Lettons qui vont continuer à payer l’addition.

Ce que Bruxelles ne dit pas

La Commission européenne a déjà prévenu : « La stabilité politique est une condition pour les fonds européens. » Traduction : si la Lettonie ne se met pas d’accord, elle risque de perdre une partie de son budget. « Ils nous menacent, mais ils n’ont pas le choix », rétorque un diplomate letton. « On est trop petits pour qu’ils nous lâchent. Mais assez gros pour qu’ils nous ignorent. »

Le vrai danger, ce n’est pas l’instabilité. C’est l’indifférence. L’Europe a besoin de la Lettonie comme elle a besoin d’un trou dans la tête. Et la Lettonie le sait.

La dernière ironie

Alors que les résultats tombent, un graffiti apparaît sur un mur de Riga : « Nous avons voté. Ils ont perdu. » C’est tout ce qu’il reste à dire.

Ce qui vient après, personne ne le sait encore.

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R Galaxie Rédaction

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