Les Français découvrent la bourse à 95 euros, sans comprendre les risques

En six mois, 435 000 Français ont ouvert un compte-titres. La moitié passe par des courtiers étrangers, souvent pour acheter des ETF à 95 euros. Mais personne ne leur explique vraiment ce qu’ils achètent, ni les pièges. L’AMF observe, sans agir.

Publié le 24 septembre 2026 à 20:06
Les Français découvrent la bourse à 95 euros, sans comprendre les risques

L’effet Facebook et les courtiers low-cost qui mentent un peu

Facebook Ads, TikTok, les influenceurs en costard qui promettent « 10 % de rendement par an sans rien faire »… Les nouveaux investisseurs ne viennent pas des salons de la bourse, mais des algorithmes. Un rapport de l’AMF (l’Autorité des Marchés Financiers) révèle que 203 000 premiers ordres ont transité par des courtiers étrangers, eToro, Trade Republic, Interactive Brokers, ou des néobanques comme Revolut, qui proposent des comptes-titres en Europe. Le problème ? Ces plateformes ne sont pas soumises aux mêmes règles qu’en France. Pas de formation obligatoire, pas de questionnaire sur le profil de l’investisseur, pas de mise en garde sur les risques. Juste un bouton « Investir maintenant » et un ETF déjà sélectionné par défaut.

Et puis il y a l’illusion du contrôle. Un jeune actif qui met 100 euros dans un ETF MSCI World croit acheter « un peu de tout », Apple, Tesla, LVMH. En réalité, il achète un produit complexe, avec des frais cachés, une fiscalité à l’étranger, et une exposition à des marchés qu’il ne maîtrise pas. L’AMF le sait. Mais elle ne peut pas interdire à un Français d’ouvrir un compte chez un courtier allemand. Alors elle regarde, et compte les ordres.

Le chiffre qui cloche : parmi ces 435 000 nouveaux investisseurs, seulement 10 % ont suivi une formation avant d’acheter. Le reste ? Des clics, des pubs, et l’espoir d’un « rendement facile ». Pourtant, les ETF ne sont pas des placements sans risque. Un krach boursier ? Votre portefeuille s’effondre. Une crise géopolitique ? Même chose. Mais personne ne vous le dit clairement. Juste « Diversifiez votre portefeuille » en gros caractères.

Pourquoi l’AMF ne bouge pas (et ce que ça révèle)

L’AMF a les moyens d’agir. Elle pourrait fermer les comptes des courtiers étrangers qui ciblent les Français sans formation. Elle pourrait sanctionner les influenceurs qui vendent des formations boursières à 200 euros sans diplôme. Elle pourrait même interdire les publicités pour les produits financiers sur les réseaux sociaux. Alors pourquoi elle ne le fait pas ?

Parce que ça ne sert à personne de crier gare.

D’un côté, les courtiers étrangers rapportent des millions en frais, même si une partie des ordres est annulée ou mal exécutée. De l’autre, les régulateurs ont peur de freiner l’épargne. « La bourse, c’est bien ! » répète-t-on à Bruxelles comme à Paris. Sauf que l’épargne, oui, mais à quel prix ?

Prenez N26, la néobanque allemande qui propose un compte-titres. Elle ne vérifie pas si vous avez les moyens de perdre votre mise. Elle ne vous explique pas que les ETF en dollars sont soumis à la fiscalité américaine. Elle ne vous prévient pas que retirer avant 8 ans peut coûter cher en pénalités. Résultat ? Des milliers de Français découvrent les pertes en direct, sans filet.

L’AMF le reconnaît : « Le risque de surendettement ou de perte importante est réel pour les petits portefeuilles. » Sauf que personne n’a envie de l’admettre publiquement. Alors on laisse faire. On attend que les choses « se régulent toutes seules ». Spoiler : elles ne le feront pas.

Le vrai problème n’est pas l’ETF, mais l’absence de protection

Les ETF ne sont pas mauvais en soi. Le problème, c’est qu’on les vend comme des actions Disney, simples, sûres, magiques, alors qu’ils obéissent aux lois de la finance, pas à celles du bon sens.

Prenez l’exemple de l’ETF sur l’or. En 2020, son prix a explosé. En 2022, il a chuté de 20 %. Qui a perdu de l’argent ? Ceux qui avaient acheté sans comprendre. Ceux qui croyaient que « l’or, ça monte toujours ». Ceux que personne n’avait prévenus.

Le vrai scandale, ce n’est pas le nombre de nouveaux investisseurs. C’est l’absence totale de protection pour ceux qui se lancent sans savoir. En France, un courtier comme Boursorama ou Fortuneo vous pose au moins 10 questions avant de vous laisser trader. Chez un courtier étranger ? Zéro.

Résultat : un jeune de 25 ans peut perdre 5 000 euros en quelques clics, sans que personne ne puisse rien faire. Pas de recours, pas de médiation, pas de compensation. Juste un mail automatique : « Votre ordre a été exécuté. »

Ce qui va se passer maintenant (et pourquoi vous devriez vous en soucier)

Les choses ne vont pas s’arranger. Les courtiers étrangers vont continuer à cibler les Français, parce que c’est rentable. Les influenceurs vont continuer à promettre des fortunes rapides, parce que ça marche. L’AMF va continuer à regarder, parce que personne ne veut endosser la responsabilité.

Mais il y a un détail qui va tout changer : la fiscalité.

À partir de 2027, tous les revenus de capitaux (dividendes, plus-values) seront imposés à la source, même pour les comptes ouverts à l’étranger. Problème : beaucoup de ces nouveaux investisseurs ne savent même pas qu’ils doivent déclarer leurs ETF. Résultat ? Des redressements fiscaux en masse, des pénalités, et une méfiance généralisée envers la bourse.

Ce qui est ironique, c’est que la solution existe.

La France pourrait obligier les courtiers étrangers à se plier aux mêmes règles que les français. Elle pourrait interdire les publicités pour les produits financiers sur les réseaux sociaux. Elle pourrait exiger une formation minimale avant tout premier achat.

Mais elle ne le fera pas.

Pourquoi ? Parce que ça froisserait les marchés. Parce que ça coûterait cher aux courtiers. Parce que personne ne veut entendre parler de risques quand tout le monde parle de « rendement ».

Alors à vous de jouer.

Si vous êtes l’un de ces 435 000 nouveaux investisseurs : vérifiez où est votre argent. Comprenez ce que vous achetez. Ne croyez pas les promesses. Et surtout, ne paniquez pas si ça baisse, parce que ça baissera, un jour ou l’autre.

Le pire n’est pas d’avoir perdu de l’argent. C’est de ne pas savoir pourquoi.

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R Galaxie Rédaction

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