Un projet qui fait monter la pression sur Hydro-Québec
Hydro-Québec, c’est le parent pauvre de l’histoire. Officiellement, personne ne veut alerter sur la surcharge. Mais les chiffres sont là : un centre de données comme celui de Bell, ça consomme l’équivalent de 10 000 foyers par an. Multipliez par trois, quatre, cinq si d’autres suivez (et ils suivront), et vous obtenez une pression insoutenable sur le réseau. 2023 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée au Québec. Les barrages hydroélectriques, déjà mis à rude épreuve par les sécheresses, vont devoir fournir encore plus. Résultat ? Les tarifs vont monter. Pas demain. Dès l’année prochaine.
Et puis, il y a la question des subventions. Le Québec offre des avantages fiscaux aux entreprises tech : exonérations, crédits d’impôt, terrains à prix cassés. Bell économise des centaines de millions. Mais qui paie ? Vous. Les contribuables. Les PME qui, elles, ne bénéficient d’aucun avantage. Pendant ce temps, les data centers s’installent comme des squatteurs, avec des contrats signés pour 20 ans. Vingt ans à pomper l’électricité sans se soucier des pics de demande.
L’IA, ce nouveau gouffre énergétique
L’IA, c’est la nouvelle religion des techs. Mais personne ne parle de son appétit vorace. Un seul modèle d’IA comme ceux utilisés par Google ou Microsoft peut consommer plus qu’un petit pays. Et ces modèles, ils tournent 24h/24, 7j/7. Bell veut sa part du gâteau. Son centre servira à entraîner des algorithmes, à stocker des données, à faire tourner des serveurs qui chauffent les data centers. Et ça, ça demande des mégawatts.
Pourtant, les promoteurs du projet minimisent. « C’est vert, c’est propre, c’est l’avenir », répètent-ils en chœur. Mais qui va payer la facture ? Pas Bell. Pas les actionnaires. Vous. Parce qu’Hydro-Québec, c’est vous. Et que les hausses de tarifs, ça se répercute directement sur le budget des ménages. Surtout ceux qui n’ont pas les moyens de se plaindre.
Le Québec, nouvelle Silicon Valley ? Ou nouveau Far West ?
Le gouvernement Legault mise gros sur cette manne. 100 000 emplois d’ici 2030, promet-il. Des emplois hautement qualifiés, bien sûr, pas ceux qui font tourner l’économie réelle. Pendant ce temps, les villes comme Montréal étouffent sous la pression immobilière. Les loyers explosent, les logements se raréfient, et les data centers, eux, s’installent sans se soucier des conséquences. Personne ne leur demande des comptes.
Et puis, il y a la question des fuites. Un data center, c’est comme une centrale nucléaire : ça ne se déplace pas. Si demain, l’IA n’est plus rentable, ou si les coûts deviennent trop élevés, qui va nettoyer le bordel ? Qui va payer pour démonter ces usines à électricité ? Personne. Parce que les contrats sont signés pour des décennies. Le Québec, c’est le terrain de jeu idéal pour les techs. Pas pour ses habitants.
Ce que personne ne vous dit sur les emplois promis
Les 100 000 emplois, c’est du vent. En réalité, ces centres de données créeront peut-être 5 000 postes, tout au plus. Le reste, ce sont des promesses creuses. Des ingénieurs, des techniciens, des gestionnaires. Pas des infirmières, pas des enseignants, pas des ouvriers. Les vrais métiers qui manquent cruellement au Québec. Bell et ses semblables n’embauchent pas des gens pour construire des hôpitaux ou des écoles. Ils embauchent pour faire tourner leurs machines.
Et ces emplois ? Ils seront réservés à une élite. Des profils ultra-spécialisés, formés à l’étranger, souvent étrangers eux-mêmes. Pas des Québécois de souche, pas des travailleurs locaux. Les subventions, les exonérations fiscales, tout est conçu pour attirer les multinationales. Pas pour aider les citoyens.
La vraie question : et après ?
Bell construit son data center. D’autres suivront. Meta, Microsoft, Google : ils ont déjà repéré le Québec. Ils veulent leur part du gâteau électrique. Mais personne ne parle des limites. Personne ne parle des risques. Que se passera-t-il quand le réseau sera saturé ? Quand les coupures deviendront fréquentes ? Quand les factures deviendront insupportables ?
Le gouvernement Legault joue les optimistes. « C’est bon pour l’économie », dit-il. Mais à quel prix ? Celui des factures qui explosent, des emplois qui fuient, et d’un avenir où le Québec sera réduit au rôle de fournisseur d’électricité bon marché pour les géants du numérique. Sans voix au chapitre.
Parce que voyez-vous, le vrai problème avec ces data centers, ce n’est pas qu’ils consomment trop. C’est qu’ils ne rendent rien en échange. Sauf des profits, bien sûr. Et ceux-là, ils ne sont pas pour vous.