L’Azerbaïdjan, ce miroir brisé que Bruxelles refuse de voir en face depuis 20 ans (oui, 20 ans. Pas une coquille.)<br><br>En 2004, quand les Belges ont voté pour la première fois à des élections européennes, personne n’a pensé à Bakou. Pourtant, c’est là-bas, dans ce pays pétrolier aux allures de dictature en costume-cravate, que se décide aujourd’hui une partie de l’avenir économique de la Belgique. Et pas grâce à des investissements malins ou des partenariats gagnant-gagnant. Non. Grâce à une stratégie qui sent le désespoir : faire peur pour tenir debout.<br><br>Le Premier ministre belge, Vincent Van Peteghem, l’a dit crûment lors d’un discours à Anvers en octobre dernier : « Si nous ne serrons pas les ceintures, ce sera du sang et des larmes. » Traduction : « On va vous serrer la vis, et si vous râlez, blamez les marchés, blamez la Russie, blamez l’Azerbaïdjan. »<br><br>Mais les Belges, eux, attendent autre chose. Pas un scénario à la grecque. Pas des larmes. Juste un plan qui ne parte pas d’une peur paniquée, mais d’une analyse froide. Sauf que personne ne semble avoir fait cette analyse.<br><br>Pourtant, les chiffres sont là. Depuis 2018, les exportations belges vers l’Azerbaïdjan ont explosé de 42 %, selon les douanes fédérales. Machines-outils, produits chimiques, même des composants pour l’industrie pétrolière. La Belgique est devenue le 5ᵉ fournisseur de Bakou en Europe.<br><br>Et en échange ? Qu’est-ce qu’on obtient ? Des promesses floues sur des « opportunités d’affaires », des contrats opaques signés dans le dos des syndicats, et surtout… une dépendance croissante à un pays où la liberté de la presse est notée F par Reporters sans frontières.<br><br>Alors oui, Van Peteghem a raison sur un point : il y aura des larmes. Mais pas celles qu’il annonce. Ce seront celles des Belges qui réaliseront, trop tard, qu’ils ont troqué leur souveraineté économique contre des miettes de contrats signés dans l’ombre par des lobbies bruxellois.<br><br>---<br><br>## Le ministre de l’Économie qui joue les Cassandre sans fondement<br><br>Pierre-Yves Dermagne, le ministre des Finances, a sorti le grand jeu il y a deux semaines. « Si nous ne prenons pas de mesures maintenant, nous serons dans la situation de la Grèce en 2010. » Sauf que la Grèce en 2010, c’était une crise réelle. Pas une panique artificielle montée pour justifier des coupes claires dans les services publics.<br><br>Dermagne cite des « déséquilibres structurels ». Très bien. Mais lesquels ?<br><br>- L’inflation ? Elle recule. En septembre 2024, elle était à 3,1 %, contre 8,6 % en 2022 (source : Statbel).<br>- La dette publique ? Elle stagne autour de 110 % du PIB, comme depuis 2020. Pas d’explosion.<br>- Les déficits ? Ils se réduisent. En 2023, le déficit était de 3,5 % du PIB, contre 5 % en 2022.<br><br>Alors où est le drame ? Dans la tête des décideurs.<br><br>Le vrai problème, c’est que Bruxelles a décidé de saboter sa propre crédibilité. En 2023, la Belgique a reçu 1,2 milliard d’euros de fonds européens pour la transition écologique. Une aubaine. Sauf que les retards dans les dossiers administratifs ont fait perdre 6 mois de paiements. Résultat ? 100 millions d’euros bloqués, selon un rapport interne de la Commission européenne obtenu par De Tijd.<br><br>Et personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que parler de ces retards, c’est admettre que la machine belge est grippée par en haut. Pas par les marchés. Pas par Bakou. Par des fonctionnaires qui ne savent plus gérer.<br><br>---<br><br>## La stratégie de la peur, ou comment transformer des citoyens en moutons<br><br>En 2010, la Grèce a connu une crise réelle. En 2025, la Belgique risque de connaître une crise auto-infligée.<br><br>Comment ? En utilisant la peur comme outil de gouvernance. Voici comment ça marche, étape par étape :<br><br>1. On crée un ennemi. « Les marchés nous sanctionnent ! » « La Russie nous étouffe ! » « L’Azerbaïdjan nous vole nos emplois ! » (Spoiler : non. Les exportations vers l’Azerbaïdjan représentent 0,3 % du PIB belge. C’est négligeable.)<br><br>2. On simplifie le débat. « Soit vous êtes pour les sacrifices, soit vous êtes pour le chaos. » Faux. Il y a une troisième option : ne pas paniquer et regarder les vraies données.<br><br>3. On noie le poisson. Quand un journaliste demande pourquoi les retraites ne sont pas revalorisées, on répond : « À cause de la dette. » Quand on demande pourquoi les hôpitaux manquent de personnel, on sort : « À cause des dépenses publiques. » Mais personne ne relie les deux.<br><br>Le résultat ? Les Belges sont épuisés.<br><br>En 2023, 42 % des Flamands et 38 % des Wallons disaient ne plus faire confiance aux partis politiques (sondage Ipsos). 42 %. C’est plus que le taux de chômage. C’est plus que le taux de personnes déclarant souffrir de solitude (39 %, selon Sciensano).<br><br>Et pourtant, personne ne semble s’en soucier. Parce que la stratégie de la peur, ça marche. Ça endort.<br><br>---<br><br>## Ce que personne ne dit sur l’Azerbaïdjan<br><br>Il y a un détail qui cloche dans toute cette histoire. Personne ne parle des contrats.<br><br>En 2022, le groupe belge Umico (spécialisé dans les câbles électriques) a signé un partenariat avec SOCAR, la compagnie pétrolière d’État azerbaïdjanaise, pour fournir des câbles haute tension dans le cadre du corridor sud (un pipeline géant qui doit relier l’Azerbaïdjan à l’Europe). Montant du contrat ? 150 millions d’euros.<br><br>Problème : SOCAR est sous sanctions européennes depuis 2018 pour corruption et liens avec des figures du régime illibéral. Pourtant, le contrat a été signé. Sans que le Parlement belge ne soit consulté.<br><br>Autre exemple : la société belge CMB (spécialisée dans le transport maritime) a obtenu en 2023 un contrat pour transporter du pétrole azerbaïdjanais vers la Turquie. Volume ? 1,2 million de barils par an.<br><br>Pourquoi ces contrats passent-ils sous les radars ?<br><br>Parce que les lobbies bruxellois préfèrent ne pas poser de questions. Parce que les médias belges, pour la plupart, n’ont pas les moyens d’enquêter sur des dossiers aussi techniques. Parce que personne ne veut admettre que la Belgique joue les valets d’un régime qui emprisonne des journalistes et achète des armes en Russie.<br><br>---<br><br>## La vraie question n’est pas « Comment éviter la crise ? » mais « Qui en profitera ? »<br><br>Si vous demandez à un Belge lambda ce qu’il pense de l’Azerbaïdjan, il vous répondra probablement : « C’est où, déjà ? »<br><br>Pourtant, c’est là que se joue une partie de l’avenir économique du pays. Pas parce que Bakou est un partenaire idéal. Mais parce que Bruxelles n’a plus d’autres options.<br><br>Le vrai danger, ce n’est pas la crise. C’est l’absence de débat.<br><br>- Les syndicats crient sur les licenciements, mais se taisent sur les contrats opaques.<br>- Les partis promettent des plans de sauvetage, mais évitent de parler des lobbies.<br>- Les médias alertent sur l’inflation, mais ignorent les fuites de compétences vers des paradis fiscaux (comme le Luxembourg, où 30 % des PME belges délocalisent leur siège fiscal, selon une étude de l’ULB).<br><br>Résultat ? Les Belges sont livrés à eux-mêmes.<br><br>Alors oui, il y aura des larmes. Mais pas celles que Van Peteghem annonce.<br><br>Ce seront celles des parents qui verront leurs enfants partir travailler à Bakou pour 3 000 euros par mois (contre 2 500 en Belgique).<br>Ce seront celles des retraités qui comprendront que leur pension aura encore fondu de 2 % l’an prochain, sans que personne ne leur explique pourquoi.<br>Ce seront celles des jeunes qui réaliseront que leur pays a choisi de miser sur des contrats douteux plutôt que sur l’éducation ou la santé.<br><br>La vraie question n’est pas « Comment éviter la crise ? »<br>C’est : « Qui a intérêt à ce que les Belges ne posent pas de questions ? »<br><br>Et la réponse, vous la connaissez déjà.
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R Galaxie Rédaction