Les Libéraux défendent une usine à cannabis comme un trophée

À Bécancour, une usine de cannabis trônait comme preuve de réussite. Pourtant, derrière le discours politique, c’est une industrie qui se bat pour sa survie, et des promesses non tenues qui sentent le mensonge d’État. Voici pourquoi cette affaire révèle un système qui ment à ses électeurs.

Publié le 17 septembre 2026 à 10:05
Les Libéraux défendent une usine à cannabis comme un trophée

Le jour où Christine Fréchette a sorti son argument choc

C’était un débat comme les autres, sauf que là, la phrase a claqué comme un fouet. « La seule entreprise de Bécancour que [les Libéraux ont] amené, c’est une entreprise de pot. » Christine Fréchette, députée bloquiste, ne mâchait pas ses mots. Elle visait juste : l’usine de cannabis de Canopy Growth à Bécancour, un projet phare que Québec solde comme une victoire économique. Sauf que personne ne parle vraiment de ce qui se passe dedans.

Et pour cause. Depuis son ouverture en 2019, l’usine a brûlé des millions sans créer les emplois promis. Les chiffres ? 350 millions investis, selon le ministère de l’Économie. 120 emplois directs aujourd’hui, contre les 500 annoncés en fanfare. Le reste ? Des contrats sous-traités, des salaires précaires, et une usine qui tourne à moitié vide parce que le marché légal du cannabis au Québec est un gouffre. Les Libéraux, eux, continuent de brandir ce dossier comme un trophée.

Pourquoi personne ne pose les bonnes questions ?

Parce que le cannabis légal, c’est un miroir brisé. D’un côté, des entreprises comme Canopy Growth ou Hydro Pot qui clament leur succès, de l’autre, des municipalités qui refusent d’accueillir des usines par peur des odeurs et des trafics parallèles. À Bécancour, on a joué les pionniers. Résultat ? Une usine qui produit plus qu’elle ne vend, des promesses d’emplois jamais tenues, et un gouvernement qui fait semblant de ne pas voir.

Prenez les chiffres du ministère de l’Agriculture : en 2023, le Québec a légalisé le cannabis récréatif, mais seulement 12 % des ventes se font en magasin agréé. Le reste ? Le marché noir, les provinces voisines, les touristes qui repartent avec leurs grammes sous le bras. Et pendant ce temps, Canopy Growth à Bécancour tourne au ralenti. « On a une capacité de production de 100 tonnes par an, mais on en vend à peine 20 », avouait un porte-parole en 2022. Traduction : une usine à moitié vide, des coûts fixes qui explosent, et des actionnaires qui grognent.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer

Les Libéraux ? Ils pointent du doigt les bloquistes et leur « n’importe quoi » sur le cannabis. Les bloquistes ? Ils dénoncent une usine qui ne sert à rien. Les municipalités ? Elles refusent d’en accueillir d’autres. Et les consommateurs ? Ils achètent où ils veulent, légal ou pas.

Le pire, c’est que cette histoire est répétée partout. En Ontario, à London, l’usine de Mettrum Brands a fermé en 2022 après des pertes abyssales. En Colombie-Britannique, Aurora Cannabis a fait faillite en 2022, laissant des centaines d’employés sur le carreau. Pourtant, à chaque fois, les gouvernements continuent de vanter les mérites du cannabis légal comme une manne économique. À Bécancour, on a même créé un « pôle d’excellence » pour attirer d’autres entreprises. Sauf que les autres entreprises, elles, regardent les chiffres et passent leur chemin.

Ce que Fréchette n’a pas dit, mais que tout le monde pense

Que le cannabis légal, c’est un leurre. Pas parce que c’est illégal (même si le marché noir reste dominant), mais parce que le modèle économique est pourri. Trop de coûts, trop peu de revenus, des régulations qui étouffent l’innovation, et des gouvernements qui jouent les arracheurs de dents avec les municipalités pour imposer ces usines.

Et puis il y a le vrai problème : personne ne veut assumer les conséquences. Les Libéraux à Québec ? « C’est une victoire pour notre région ! » Les maires ? « Pas chez nous, merci. » Les actionnaires ? « On va trouver un autre marché. » Les employés ? « On survit comme on peut. »

L’usine de Bécancour, c’est le symptôme d’un échec plus large

Le Québec a misé gros sur le cannabis légal. Résultat ? Une usine qui saigne, des emplois fantômes, et un gouvernement qui fait semblant de croire à son propre discours. Pendant ce temps, le marché noir prospère, les provinces voisines rigolent, et les consommateurs continuent d’acheter où bon leur semble.

Le plus ironique ? C’est que Canopy Growth a racheté l’usine de Bécancour en 2021 pour « 1 dollar symbolique ». Un dollar. Parce que personne ne voulait d’un trou noir économique. Aujourd’hui, l’entreprise tente de se refaire une santé en misant sur l’exportation. Sauf que les États-Unis, son principal marché, traînent des pieds sur la légalisation fédérale. Et l’Europe ? Elle regarde, sceptique, les scandales sanitaires et les problèmes de qualité qui gangrènent le secteur.

Alors, ces excuses publiques, on les attend quand ?

Parce que pour l’instant, à Bécancour, on ne célèbre rien. On survit. Et les électeurs, eux, ont le droit de savoir pourquoi une usine présentée comme un modèle tourne au ralenti, pourquoi les emplois promis n’arrivent jamais, et pourquoi les gouvernements continuent de mentir par omission.

La prochaine fois qu’un ministre sortira son « succès de Bécancour », demandez-lui : « Et les 380 emplois manquants, alors ? » Et surtout, ne croyez pas un mot de ce qu’on vous racontera.

Parce que le vrai pot aux roses, c’est que personne ne veut avouer l’échec.

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R Galaxie Rédaction

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