Bank Al-Maghrib serre la vis, les banques marocaines étouffent

Un déficit record de 155,4 milliards de DH frappe le secteur bancaire marocain. Bank Al-Maghrib réduit ses avances, mais les vraies raisons de cette crise de liquidité restent dans l’ombre. Qui trinque vraiment ? Et pourquoi personne ne bronche ?

Publié le 11 octobre 2026 à 16:01
Bank Al-Maghrib serre la vis, les banques marocaines étouffent

155,4 milliards, c’est le prix de l’irresponsabilité collective

Le chiffre est là, sec, sans commentaire. 155,4 milliards de dirhams. C’est le déficit de liquidité que traînent les banques marocaines depuis quelques semaines, et personne ne semble vraiment s’en émeouvoir. Pourtant, ça veut dire une chose simple : les banques n’ont plus assez d’argent pour couvrir leurs engagements. Pas demain, pas dans un mois. Maintenant.

Bank Al-Maghrib a réagi comme on s’y attendait : en réduisant ses avances aux banques. Moins de liquidité injectée, moins de marge pour les établissements. Sauf que ce n’est pas une solution, c’est un aveu. Un aveu d’échec.

Pourquoi en est-on arrivés là ?

Parce que personne n’a voulu voir le problème venir. Ni les banques, ni les régulateurs, ni même les clients qui continuent de placer leur argent comme si de rien n’était. Les taux directeurs ont été baissés, les crédits distribués à tour de bras, et maintenant ? Maintenant, c’est la caisse qui est vide.

Prenez Attijariwafa Bank, par exemple. L’une des plus grosses du pays. Elle a vu ses réserves de liquidité s’effriter comme un biscuit dans un verre d’eau. Même chose pour BMCE Bank. Les deux géants du secteur, et ils sont à sec. Pas parce qu’ils ont mal géré, mais parce que le système entier a misé sur une croissance qui n’est plus au rendez-vous.

Le vrai problème, c’est l’immobilier.

Depuis 2022, le secteur immobilier marocain est en surchauffe. Les prix explosent, les promoteurs s’endettent, et les banques, bien sûr, financent. Sauf que les acheteurs ? Ils commencent à se raréfier. Les crédits immobiliers, qui représentaient 40 % des encours bancaires en 2023, deviennent un boulet. Les défauts de paiement montent, les saisies aussi. Et les banques, elles, ont déjà prêté l’argent. Maintenant, elles doivent le récupérer. Problème : personne ne veut plus acheter.

Bank Al-Maghrib le sait. Les chiffres le confirment : le taux de couverture des crédits immobiliers par les revenus des ménages est passé sous la barre des 1,2. En clair, les gens ne gagnent plus assez pour rembourser. Pourtant, les banques continuent de prêter. Pourquoi ? Parce qu’elles n’ont pas le choix. Leur business model repose dessus.

Et les marchés ? Ils ferment les yeux.

Les obligations souveraines marocaines se négocient à des niveaux confortables. Les investisseurs internationaux continuent de croire en la stabilité du Maroc. Sauf que cette stabilité est une illusion. Les banques locales, elles, savent très bien que le système est fragilisé. Mais elles ne peuvent pas le crier sur les toits. Pas sans déclencher une panique.

Ce que Bank Al-Maghrib ne dit pas

La banque centrale a réduit ses avances, c’est vrai. Mais elle pourrait faire plus. Beaucoup plus. Elle pourrait, par exemple, imposer un moratoire sur les crédits immobiliers. Elle pourrait exiger des banques qu’elles constituent des provisions plus importantes pour couvrir les risques. Elle pourrait même, si elle osait, nationaliser temporairement les établissements les plus fragiles. Rien de tout ça ne se fait.

Pourquoi ? Parce que Bank Al-Maghrib joue un jeu dangereux : celui de la crédibilité. Si elle serre trop, elle étouffe l’économie. Si elle lâche trop, elle risque un krach. Le statu quo est moins risqué. Même si c’est irresponsable.

Les petits épargnants, les grands perdants

Vous avez un livret d’épargne ? Tant mieux. Votre argent est (en théorie) en sécurité. Vous avez un crédit immobilier ? Moins bien. Les banques vont commencer à serrer les boulons. Les taux vont remonter, les durées de remboursement aussi. Et si vous ne pouvez pas payer ? Eh bien, vous perdrez votre bien. Point.

Le pire, c’est que personne ne vous préviendra. Les banques ne vous enverront pas de lettre gentille pour vous expliquer la situation. Elles attendront que vous soyez en défaut, puis elles agiront. Comme d’habitude.

La vraie question, c’est : jusqu’où on va ?

155,4 milliards, c’est un chiffre. Mais ce chiffre, c’est aussi le signe que le Maroc a misé sur une croissance qui n’existe plus. Les banques ont prêté sans compter, les promoteurs ont spéculé, et maintenant, tout le monde attend que quelqu’un paie l’addition.

Bank Al-Maghrib pourrait casser cette dynamique. Elle pourrait forcer les banques à se recentrer sur l’essentiel : l’économie réelle, pas les bulles. Elle pourrait imposer des règles strictes sur les crédits, exiger des garanties solides, et arrêter de jouer les pompiers pyromanes.

Mais elle ne le fera pas. Parce que ça signifierait admettre que la politique monétaire des dernières années était une erreur. Et personne ne veut entendre ça.

Alors on fait quoi ?

Si vous avez un crédit immobilier, commencez à vous préparer. Les taux vont monter, les conditions aussi. Si vous êtes épargnant, ne misez pas tout sur les banques. Diversifiez. Parce que le jour où le système craquera, ce ne seront pas les grands qui trinqueront. Ce seront les petits.

Et ce jour-là, Bank Al-Maghrib sera bien embêtée. Elle aura réduit ses avances, mais elle n’aura pas empêché la crise. Parce que les crises, ça ne se prévient pas. Ça se gère. Et là, personne ne gère rien.

Le Maroc a les moyens de s’en sortir. Mais il faut le vouloir.

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R Galaxie Rédaction

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