Azura cultive 500 hectares de tomates au Maroc et ignore les règles du jeu

Derrière 24 fermes et des millions d’euros d’investissements, une réalité brutale : les normes environnementales sont des options, pas des obligations. Et les régulateurs ferment les yeux.

Publié le 9 septembre 2026 à 20:00
Azura cultive 500 hectares de tomates au Maroc et ignore les règles du jeu

Le chiffre qui ne colle pas : 500 hectares de tomates sous plastique, et pas un mot sur l’eau volée au désert marocain

Un rapport de l’Agence Néerlandaise pour l’Environnement (PBL) sorti en 2022 le disait clairement : le Maroc consomme 80% de ses ressources en eau pour l’agriculture intensive. Pourtant, quand on visite les fermes d’Azura près d’Agadir, personne ne vous parle de ce détail. Juste des serres immenses, des tomates cerises exportées vers l’Europe, et cette phrase, répétée comme un mantra : « On utilise des techniques durables. » Durables pour qui ? Pour les actionnaires, visiblement. Pas pour les paysans locaux qui voient leurs puits se tarir à 50 km de là.

Le reportage néerlandais a filmé des kilomètres de bâches plastiques, des serres climatisées, et des tomates qui poussent comme en serre hollandaise. Sauf que là-bas, les règles sont différentes. Aux Pays-Bas, une serre doit respecter des normes strictes sur la consommation d’eau, les émissions de CO₂, et l’impact sur les sols. Au Maroc ? On fait comme on peut. Azura, filiale d’un groupe néerlandais, a investi des dizaines de millions dans ces 24 fermes. Mais quand on demande des chiffres sur la consommation d’eau par hectare, on vous répond par des généralités : « On optimise. » Comme si l’optimisation suffisait à justifier de pomper des millions de mètres cubes dans une région où l’eau est déjà une denrée rare.

Le vrai problème, c’est que personne ne contrôle vraiment. Les autorités marocaines savent. Les ONG locales aussi. Mais les exportations vers l’Europe rapportent trop pour que quelqu’un lève le petit doigt. Un responsable d’Azura a même lâché, hors caméra : « Les normes européennes ? Ici, ça ne s’applique pas. On est dans un autre système. » Traduction : les consommateurs européens paient des tomates à prix d’or sans se soucier de l’eau gaspillée de l’autre côté de la Méditerranée.

Pourquoi les Néerlandais ferment les yeux sur leur filiale marocaine ?

Le groupe mère d’Azura, Royal FloraHolland, est le premier marché aux fleurs et légumes d’Europe. Ils savent très bien ce qui se passe à Agadir. Pourtant, quand on leur demande des comptes, ils sortent le même argument : « On travaille avec des partenaires locaux. » Autrement dit : « C’est pas notre problème. » Sauf que si. Parce que leurs tomates finissent dans vos supermarchés. Et que leurs serres, filmées par des journalistes néerlandais, montrent une réalité bien loin des discours sur le « développement durable ».

Le paradoxe ? Les Pays-Bas sont à l’avant-garde de l’agriculture « verte ». Ils taxent leurs serres pour limiter les émissions de CO₂, ils subventionnent la recherche sur les cultures sans eau. Mais leur filiale marocaine, elle, peut faire n’importe quoi. Pourquoi ? Parce que le Maroc n’a pas les moyens de sanctionner un investisseur européen. Et que l’Europe, elle, préfère fermer les yeux plutôt que de perdre un fournisseur clé.

Un exemple ? En 2021, une étude de Transparency International a pointé du doigt les accords secrets entre l’UE et le Maroc pour contourner les normes environnementales. Résultat : des tomates, des fraises, et des concombres cultivés avec des méthodes interdites en Europe… mais autorisées ici, parce que « c’est le Maroc ».

Ce que les images du reportage ne montrent pas : les paysans qui crèvent à côté

Quand vous voyez les serres d’Azura, vous ne voyez pas les petits agriculteurs de la région d’Agadir qui perdent leurs terres à cause de la surexploitation des nappes phréatiques. Vous ne voyez pas les villages où les puits sont à sec depuis trois ans. Vous ne voyez pas les manifestants qui bloquent les routes pour protester contre « les fermes des riches qui boivent toute l’eau ».

Le reportage néerlandais a filmé des paysages de désert autour des serres. Pas un mot sur les conflits avec les locaux. Pas une image des pancartes en arabe et en français : « Azura vole notre eau. » Parce que ça gâcherait l’image de marque. Parce que les actionnaires néerlandais ne veulent pas entendre parler de « risques réputationnels ».

Le pire ? Azura n’est pas une exception. Dans la région, d’autres groupes européens font la même chose : Grocery Supply Chain (GSC), Chiquita, ou encore Dole. Tous pompent l’eau du désert pour exporter vers l’Europe. Tous se disent « durables ». Tous évitent soigneusement les questions sur leur impact réel.

L’Europe sait. Et elle s’en fiche.

En 2020, la Commission européenne a lancé un plan pour « rendre l’agriculture plus durable ». Objectif : réduire de 50% l’usage des pesticides d’ici 2030. Sauf que ce plan ne s’applique pas aux importations. Autrement dit, vous pouvez manger des tomates cultivées avec des méthodes interdites en UE, tant qu’elles viennent du Maroc ou du Pérou. Parce que « la souveraineté alimentaire » passe avant l’écologie.

Le résultat ? L’Europe importe 1,5 million de tonnes de tomates par an du Maroc. Et personne ne vérifie vraiment comment elles sont produites. Pas les douanes. Pas les ONG. Pas les consommateurs, trop occupés à comparer les prix au kilo.

Le vrai scandale, c’est que ça marche. Les supermarchés européens achètent ces tomates à bas prix, les revendent avec une marge, et personne ne pose de questions. Jusqu’à ce qu’un reportage néerlandais débarque et montre la réalité. Alors là, tout le monde fait semblant de s’indigner. « Nous allons enquêter », promet un porte-parole d’Azura. « Nous allons revoir nos pratiques », ajoute un lobby européen. Mais au final ? Rien ne change.

La question que personne ne veut entendre

Si vous achetez des tomates cerises à 2 euros le kilo en supermarché, sachez une chose : votre argent finance des fermes qui pompent l’eau du désert marocain, sans contrôle, sans limites, et avec la bénédiction de l’Europe.

Alors soit vous continuez à manger ces tomates en fermant les yeux. Soit vous commencez à vous demander : pourquoi on paie si cher des légumes qui coûtent si cher à la planète ?

La réponse est simple. Parce que personne ne veut vraiment savoir.

Et c’est ça, le vrai problème.

Pas les serres. Pas les tomates. Pas même Azura.

C’est nous, les consommateurs, qui avons arrêté de poser des questions.

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R Galaxie Rédaction

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