Pourquoi ces villes ? Parce que personne ne défend plus les Auchan
Les noms des villes concernées ? Ils traînent dans un tableau Excel publié par la DGCCRF, comme une liste de condamnés. Bordeaux, Strasbourg, Toulouse, Reims, Rouen, des villes moyennes, des zones périurbaines, des centres-villes où Auchan a planté ses hypermarchés il y a 20 ans, quand la croissance était encore une option. Aujourd’hui, ces magasins sont des coquilles vides, des surfaces trop grandes pour un marché en berne, des entrepôts à promos où les clients viennent moins par choix que par habitude. Et puis il y a les loyers. Dans une ville comme Nantes, où un Auchan de 12 000 m² tourne à perte, le propriétaire du bail (souvent un fonds d’investissement) préfère voir partir le locataire plutôt que de baisser le prix. Résultat : Auchan ferme, Intermarché arrive avec un bail renégocié, et le propriétaire touche son loyer. Personne ne perd, sauf le consommateur.
Mais attention, ce n’est pas une simple histoire de bail. Derrière, il y a une guerre économique. Les Mousquetaires (oui, ceux des supermarchés discount) misent sur l’hypermarché pour contrer Carrefour et Leclerc. Ils rachètent des enseignes en difficulté, les rebaptisent, et hop : problème résolu. Sauf que le problème, c’est vous.
Ce qui change (et ce qui ne change pas du tout)
Intermarché, c’est moins cher, mais pas forcément mieux. Les prix baissent ? Oui, mais pas comme vous le pensez. Ce qui baisse, c’est le prix des marques distributeur, ces produits sans âme que vous achetez quand vous êtes pressé. Les marques nationales (les vraies, celles que vous reconnaissez) ? Elles restent au même prix, voire augmentent. Parce que les Mousquetaires ne sont pas des philanthropes. Ils achètent Auchan pour écraser la concurrence, pas pour faire plaisir aux clients.
Et puis, il y a l’emploi. Les 164 magasins concernés emploient plus de 5 000 personnes (chiffre estimé par la CGT, basée sur les effectifs moyens d’un Auchan). Intermarché promet de « maintenir les emplois », mais en réalité, les effectifs vont fondre. Un hypermarché Auchan, c’est 150 à 200 salariés. Un Intermarché ? Entre 80 et 120. Les caissiers, les rayonnistes, les livreurs, ils disparaîtront, tout simplement.
Mais le pire ? Personne ne vous préviendra. Les affichages en magasin sont minimalistes, les mails des municipalités encore plus. Vous découvrirez la fermeture le jour J, quand les portes seront cadenassées. Pas de concertation, pas d’alternative proposée. Juste un changement de logo, et hop.
Le chiffre que personne ne veut commenter
72 magasins ont été vendus à la filiale des Mousquetaires, les 167 autres restent sous leur contrôle. Ce détail, c’est crucial. Pourquoi Intermarché garde-t-il la main sur la majorité des magasins ? Parce que ce n’est pas une simple reprise, c’est une stratégie de domination.
En 2023, le groupe a réalisé plus de 40 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Auchan, lui, peine à dépasser les 10 milliards. Le rapport de force est déséquilibré. Et comme les régulateurs de la concurrence (la DGCCRF, l’Autorité de la concurrence) regardent ailleurs, rien ne bloque l’opération.
Pourtant, il y a de quoi s’inquiéter. Quand un géant comme Intermarché rachète ses concurrents sans que Bruxelles ou Bercy ne cligne des yeux, c’est que le marché est en train de basculer. Et cette fois, ce n’est pas une bonne nouvelle. C’est la fin des hypermarchés tels qu’on les connaissait.
Ce que ça signifie pour votre porte-monnaie
Vous allez me dire : « Mais moi, ça ne me concerne pas, je fais mes courses en petit magasin ! » Erreur. Même si vous ne mettez jamais les pieds dans un Auchan, vous allez payer le prix de cette concentration.
- Moins de choix : Intermarché mise sur les produits discount et les marques blanches. Les rayons frais (fromagerie, boucherie) seront réduits, voire supprimés. Adieu les produits locaux, bonjour les surgelés bas de gamme.
- Moins de services : Plus de retrait drive à l’heure, plus de livraison gratuite, plus de conseils en rayon. Juste un magasin qui tourne à l’économie.
- Plus de pression sur les prix : Avec moins de concurrence, les prix vont remonter, surtout sur les produits de base. Le pain, le lait, les œufs, tout ça va coûter plus cher, parce qu’Intermarché n’a plus besoin de faire la guerre aux prix.
Et le comble ? Vous ne savez même pas si votre Auchan est concerné. La liste officielle des magasins n’est pas publique. Il faut appeler chaque point de vente, espérer tomber sur un employé qui connaît la situation, et prier pour qu’il soit honnête. Parce que certains directeurs d’Auchan minimisent encore la fermeture, par peur des réactions.
Pourquoi on ne parle pas de cette fermeture massive ?
Parce que ça arrange tout le monde.
- Les actionnaires d’Auchan : Ils touchent leur argent et s’en vont. Problème réglé.
- Les propriétaires des centres commerciaux : Ils ont un nouveau locataire (Intermarché), avec un bail plus cher. Gagné.
- Les politiques locaux : Ils ne veulent pas d’une crise sociale avant les élections. Silence radio.
- Les médias : Une fermeture de supermarché, ça ne fait pas vendre. Alors on passe à autre chose.
Le seul perdant, c’est vous.
La ville oĂą tout bascule (sans que vous ne le sachiez)
Prenez Reims. Un Auchan de 14 000 m² ferme ses portes en novembre. 180 emplois en moins. Intermarché s’installe à la place, mais avec 30 % de surface en moins. Où vont les habitants ? Vers Leclerc, vers Carrefour, vers des magasins encore plus loin. Le centre-ville de Reims perd un acteur clé de la distribution. Et personne ne semble s’en soucier.
Pourtant, c’est un signal. Quand les hypermarchés disparaissent, ce sont les villes qui meurent. Moins de trafic, moins d’emplois, moins de dynamisme. Et après, on s’étonnera que les centres-villes se désertifient.
Ce qui se joue vraiment derrière ces fermetures
Ce n’est pas qu’une question de supermarchés. C’est une question de pouvoir.
Intermarché, c’est le nouveau roi de la grande distribution. Avec cette opération, le groupe devient le troisième acteur du marché, juste derrière Carrefour et Leclerc. Et personne ne peut l’arrêter.
Parce que les régulateurs ferment les yeux. Parce que les syndicats sont affaiblis. Parce que les consommateurs ne se battent pas.
Alors oui, votre Auchan va devenir Intermarché. Et après, ce sera au tour des autres. Carrefour, Leclerc, même Lidl, tous seront touchés.
La grande distribution française est en train de devenir un duopole. Et dans un duopole, vous n’avez plus le choix.
La dernière question (celle qu’on ne vous posera pas)
Et si, au lieu de subir, vous réagissiez ?
- Boycottez Intermarché (oui, c’est possible, même si c’est compliqué).
- Exigez des alternatives auprès de votre mairie. Un Auchan qui ferme, c’est une opportunité pour des commerces de proximité.
- Faites pression sur les syndicats. La CGT et la CFDT ont les moyens de bloquer ces fermetures, mais ils manquent de soutien.
Parce que le silence, c’est ce qui permet à tout ça d’avancer.
Alors cette fois, parlez-en. Pas sur les réseaux sociaux, où tout est déjà décidé. Dans votre quartier, avec vos voisins, avec vos collègues. Parce que la prochaine fermeture, ce sera peut-être la vôtre.