Pourquoi Riyad a tout fait pour empirer les choses
L’Arabie saoudite joue avec le feu depuis des mois. Elle a réduit sa production de 1 million de barils par jour en octobre 2018. Puis encore en 2019. Résultat : les stocks mondiaux ont chuté comme jamais depuis 2008. Le FMI prévoyait déjà un déficit de 1,3 million de barils/jour d’ici 2020, et là , pouf, deux sites stratégiques hors service. Les Saoudiens pourraient théoriquement ouvrir les vannes. Sauf qu’ils ne le feront pas. Pourquoi ? Parce que leur stratégie, c’est de maintenir les prix hauts. Assez hauts pour que les États-Unis, la Russie ou le Brésil ne deviennent pas trop gênants. Assez hauts pour que les investisseurs continuent de parier sur leurs méga-projets, type NEOM, cette ville futuriste qui doit coûter 500 milliards. Sauf que cette fois, ils ont merdé. Ils ont sous-estimé l’effet domino.
Et puis il y a Mouhammed ben Salmane. Le prince héritier, celui qui veut faire de l’Arabie saoudite une puissance technologique. Sauf que pour ça, il a besoin de cash. Beaucoup de cash. Or, si les prix s’effondrent, ses plans s’effondrent avec. Donc il serre la vis. Trop. Résultat : les marchés sentent le sang. Et ils spéculent.
Le détail qui cloche : les Saoudiens ont annoncé une hausse de production de 500 000 barils/jour pour compenser. Trop peu. Beaucoup trop tard. Les traders, eux, ont déjà parié sur +30% pour le Brent d’ici Noël. Et les fonds spéculatifs ? Ils achètent comme si demain était hier.
Ce qui vous attend, vous, consommateur
Vous ne voyez rien venir ? C’est normal. Les prix à la pompe ne montent pas encore en flèche. Pas assez vite. Mais regardez les détails :
- Le gazole a déjà grimpé de 8% en Europe depuis début septembre (source : Eurostat). En Allemagne, le litre frôle les 1,60€. En France, les stations service commencent à afficher +0,05€ sans prévenir.
- Les compagnies aériennes répercutent déjà . EasyJet a averti ses actionnaires : les coûts du kérosène pourraient bondir de 15% d’ici fin 2019. Traduction : vos billets Paris-New York vont coûter 100€ de plus.
- Les plastiques et engrais ? Ils dépendent du pétrole. Les prix des emballages ont déjà flambé de 12% aux États-Unis (rapport ISM). Les agriculteurs vont encore râler.
Mais le vrai problème, c’est l’effet ciseau. Les salaires stagnent. Les prix de l’énergie, eux, décollent. En zone euro, l’inflation sous-jacente (sans énergie) est à 1,2%. Avec l’énergie, elle frôle 2%. La Banque centrale européenne (BCE) commence à s’inquiéter. Sauf qu’elle ne peut rien faire : si elle relève ses taux, elle étouffe encore plus les économies fragiles. Piégée.
Le pire ? Personne ne sait quand ça va s’arrêter.
Les Saoudiens disent que les attaques sont maitrisées. Les États-Unis menacent l’Iran. L’Iran nie. Les marchés, eux, continuent de parier sur la guerre. Et vous, vous allez payer l’addition.
Le marché du pétrole est devenu un casino
Avant, le pétrole, c’était une ressource. Maintenant, c’est un actif financier. 70% des contrats à terme sur le pétrole sont détenus par des fonds spéculatifs (étude CFTC). Ces fonds ne produisent rien. Ils parient. Sur la hausse. Sur la baisse. Sur les tensions géopolitiques. Et là , ils ont trouvé un terrain de jeu parfait.
Prenez Glencore, ce géant du trading. En août, ils ont acheté massivement du pétrole à terme. Résultat : leur bénéfice a bondi de 60%. Ils ne touchent pas une goutte d’or noir. Ils misent juste sur la peur.
Et les Saoudiens ? Ils alimentent la machine. En limitant la production, ils créent une pénurie artificielle. En laissant les prix monter, ils attisent la spéculation. C’est un cercle vicieux.
Le chiffre qui résume tout : 1 dollar de plus par baril = 10 milliards de dollars en plus de profits pour les majors pétrolières (calcul Bloomberg). Shell, BP, Total ? Elles se frottent les mains. Vous, vous serrez les dents.
Ce que les gouvernements ne vous diront pas
Les politiques parlent de « résilience ». De « solutions alternatives ». De « transition énergétique ». Bonne blague.
- L’Europe mise sur le gaz. Sauf que la Russie a réduit ses livraisons de 20% depuis 2018. Et l’Ukraine bloque les pipelines. Résultat : l’Allemagne doit rouvrir des centrales à charbon. La Pologne a même relancé ses mines de lignite.
- Les États-Unis veulent pomper plus. Sauf que leurs infrastructures sont à la ramasse. Le rapport du GAO (2019) estime qu’il faudrait 200 milliards de dollars pour moderniser les oléoducs. Et ça prendra 10 ans.
- La Chine stocke comme une folle. Ses réserves stratégiques de pétrole ont bondi de 30% en un an (données EIA). Elle se prépare au pire. Vous, on vous dit de « faire des économies d’énergie ».
Le vrai problème ? Personne ne veut toucher aux vraies solutions.
- Le nucléaire ? Trop lent. Trop cher. La France met 30 ans à construire un réacteur. Les autres pays n’ont même pas les compétences.
- Les énergies renouvelables ? Trop intermittentes. Le vent ne souffle pas quand il faut. Le soleil non plus. En Allemagne, l’éolien ne couvre que 20% de la demande en pointe.
- L’électrique ? Les batteries coûtent une fortune. Une Tesla Model 3 pèse 2 tonnes. Son autonomie baisse de 20% par grand froid. Et son recyclage ? Personne n’a la solution.
Bref, on est dans la merde. Et les Saoudiens le savent. Ils jouent leur va-tout. Soit les prix explosent, et ils gagnent. Soit la machine s’emballe, et ils perdent le contrôle.
La prochaine crise est déjà en route
Vous croyez que c’est fini ? Détrompez-vous.
- L’Iran menace de bloquer le détroit d’Ormuz. Si les tensions montent, le pétrole pourrait bondir de 50% en quelques semaines.
- La Libye s’effondre. Ses champs pétroliers sont sous contrôle militaire. La production est tombée à 300 000 barils/jour, contre 1,6 million avant la guerre.
- Le Venezuela s’effondre aussi. Ses exportations de pétrole ont chuté de 70% depuis 2013. Et personne ne veut toucher à Maduro.
Le scénario catastrophe ? Une coalition de pays producteurs (Arabie, Russie, Iran) qui décide de réduire encore la production. Juste pour faire monter les prix. Les Saoudiens ont déjà testé le coup en 2008. Ça avait marché. Sauf que cette fois, l’économie mondiale est bien plus fragile.
Alors, que faire ?
Rien. Vous n’avez rien à faire.
Les gouvernements tergiversent. Les entreprises spéculent. Les Saoudiens jouent avec le feu. Et vous, vous allez payer. Encore.
Sauf si… sauf si la spéculation devient ingérable. Si les marchés s’effondrent d’eux-mêmes. Si la récession arrive avant. Mais comptez pas là -dessus.
Parce que pour l’instant, une chose est sûre : personne ne veut que ça s’arrête.