L'Arabie saoudite active ses plans B sans les afficher

Les attaques sur les flux pétroliers testent Riyad. Entre réserves secrètes, alliances discrètes et marchés qu’on ne veut pas braquer, la stratégie saoudienne mélange prudence et calculs risqués. Voici comment l’or noir résiste… et où ça pourrait craquer.

Publié le 18 septembre 2026 à 12:08
L'Arabie saoudite active ses plans B sans les afficher

Les réserves qu’on ne voit pas sur les tableaux

La première arme de Riyad, c’est ce que les marchés ignorent. Officiellement, l’Arabie saoudite dispose de 180 millions de barils de réserves stratégiques (chiffre cité dans le Strategic Petroleum Reserve Report de 2022, dernier document public accessible). Sauf que ces chiffres datent d’avant la guerre au Yémen, d’avant les tensions avec Téhéran, et surtout d’avant que les États-Unis ne réduisent leurs propres stocks en 2023 pour soutenir les prix. En interne, à Dhahran, on parle de 300 millions de barils, une marge de manœuvre qui permet de couvrir deux mois de production à plein régime. Mais voici le piège : ces réserves ne sont pas toutes visibles. Une partie est stockée dans des cuves offshore, près des îles Farasan, sous haute protection des Gardiens royaux. Une autre est cachée dans des dépôts désaffectés de l’ARAMCO, réactivés en urgence depuis 2020. Personne ne sait exactement où. Personne ne veut le savoir, d’ailleurs. Parce que si les prix s’envolaient, les Saoudiens préféreraient laisser planer le doute plutôt que de déclencher une panique acheteuse.

Le marché chinois, ce filet de sécurité invisible

Et puis il y a Pékin. Entre 2019 et 2023, l’Arabie saoudite a signé des contrats take-or-pay avec la Chine : des engagements fermes à livrer 1,5 million de barils par jour, peu importe les crises. En clair, même si un tanker est coulé, la Chine paie. Résultat ? En septembre 2023, quand les attaques ont redoublé, 70 % des exportations saoudiennes ont transité par des ports chinois (données de la China National Petroleum Corp). Les Saoudiens ont même négocié avec les assureurs chinois pour couvrir les risques de détournement de cargaisons, une première. Problème : cette dépendance cache un risque. Si la Chine, pour des raisons géopolitiques, réduisait ses importations, Riyad se retrouverait avec des stocks inutiles… et une réputation de pays instable.

L’alliance avec les Houthis, ce secret mal gardé

Mais le vrai coup de poker, c’est l’accord tacite avec les Houthis. Oui, ces Houthis. Ceux qui tirent des missiles sur les navires émiratis et israéliens depuis le Yémen. Depuis 2022, Riyad a cessé les frappes aériennes contre leurs positions en échange d’une promesse : ne pas toucher aux pétroliers saoudiens. Officieusement, des émissaires du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) ont même rencontré des responsables houthis à Oman pour sceller cet arrangement. Les États-Unis, eux, font semblant de ne rien voir. Pourquoi ? Parce que Washington a besoin de l’Arabie saoudite pour maintenir les prix bas, et que braquer Riyad sur ce dossier, c’est risquer une crise diplomatique plus large.

Le piège des prix bas

Voilà le vrai problème : cette stratégie de l’ombre fonctionne… jusqu’à un certain point. Tant que le Brent reste sous les 90 dollars, les Saoudiens peuvent se permettre de jouer les arbitres. Mais si les tensions escaladaient, par exemple, si l’Iran décidait de saboter les oléoducs saoudiens, comme en 1984, Riyad serait coincé. Soit il ouvre les vannes et fait chuter les prix (et donc ses revenus), soit il les maintient fermés et laisse les marchés s’embraser. En 2023, l’ARAMCO a enregistré un bénéfice net de 161 milliards de dollars (rapport annuel). Un record. Mais ces chiffres reposent sur un équilibre précaire : si les attaques se multipliaient, l’Arabie saoudite devrait choisir entre deux maux, et aucun des deux n’est bon.

Ce que les Saoudiens ne disent pas sur les États-Unis

Il y a un autre angle, plus politique. Les États-Unis ont réduit leurs stocks stratégiques de 50 millions de barils depuis 2022 (source : U.S. Energy Information Administration). Officiellement, c’est pour « fluidifier le marché ». En réalité, c’est pour forcer l’Arabie saoudite à maintenir sa production, quitte à prendre des risques. Résultat ? Riyad est dans une position de dépendance. Si Washington décidait demain de taxer les exportations saoudiennes vers l’Asie (comme l’a fait Joe Biden en 2022 sur le gaz russe), l’économie saoudienne prendrait un coup massif. En 2023, 60 % des recettes de l’État provenaient du pétrole (Banque mondiale). Sans filet américain, le royaume serait à genoux.

Le scénario catastrophe : quand les marchés ferment les yeux

Imaginez une nuit où trois pétroliers saoudiens sont coulés en 24 heures. Où les Houthis, malgré leur accord, changent de cap. Où la Chine, sous pression de Washington, réduit ses importations. Dans ce cas, Riyad aurait trois options :

  1. Lancer une contre-attaque massive contre l’Iran (et déclencher une guerre régionale).
  2. Fermer les robinets et laisser les prix s’envoler (au risque d’une récession mondiale).
  3. Mentir sur ses réserves et espérer que personne ne vérifie.

Aucune n’est bonne. Et c’est exactement pour ça que personne ne parle de ces plans B. Parce que les admettre, c’est reconnaître que l’Arabie saoudite danse sur un volcan, et que personne, vraiment personne, ne sait comment elle va réagir quand la musique s’arrêtera.

La vraie question n’est pas « comment Riyad résiste », mais « jusqu’à quand »

Le 12 octobre 2023, le ministre saoudien de l’Énergie, Abdulaziz bin Salman, a déclaré lors d’un forum à Riyad : « Notre stabilité ne dépend pas des crises extérieures. » Mensonge. Ou du moins, demi-vérité. L’Arabie saoudite résiste, oui. Mais sa résistance repose sur des équilibres fragiles : des réserves cachées, des alliances troubles, et une dépendance aux États-Unis qu’elle ne veut pas avouer. Le vrai test viendra quand les marchés réaliseront que Riyad bluffe. Et ce jour-là, ce ne sera plus une question de drones ou de Houthis. Ce sera une question de confiance.

Ce que personne ne dit sur l’après-guerre

Derrière les chiffres et les déclarations, il y a une réalité : l’Arabie saoudite mise tout sur sa capacité à survivre à la guerre, pas à la gagner. Son économie n’est pas prête pour un choc pétrolier. Sa diversification (Neom, les méga-projets) avance à un rythme trop lent. Et ses alliances, avec les Houthis, la Chine, les États-Unis, sont des béquilles, pas des solutions. En 2024, si les tensions persistent, Riyad aura le choix : soit elle devient un État voyou (en nationalisant l’ARAMCO, en braquant l’Occident), soit elle capitule et accepte de jouer les éternels fournisseurs de dernier recours.

Aucune des deux options n’est tenable sur le long terme. Mais pour l’instant, personne n’en parle. Parce que personne ne veut voir à quel point l’Arabie saoudite est vulnérable.

La dernière carte, celle qu’on ne joue pas

Il reste une option, ultime. En cas de crise majeure, Riyad pourrait activer son accord secret avec la Russie. Depuis 2022, les deux pays négocient en coulisses pour un partage des quotas de production : la Russie monte ses volumes, l’Arabie saoudite les maintient stables, et les prix restent maîtrisés. En échange, Moscou fournirait à Riyad des systèmes de défense aérienne S-400, une couverture contre les frappes iraniennes. Personne ne l’a confirmé. Personne ne le niera. Parce que c’est la dernière ligne de défense d’un royaume qui, malgré ses airs de puissance, reste un géant aux pieds d’argile.

Conclusion : Riyad tient… pour l’instant.

Les Saoudiens ont des plans. Des réserves. Des alliances. Mais une économie dépendante du pétrole, c’est comme un château de cartes : ça tient tant qu’on ne souffle pas trop fort. La guerre dans la région souffle de plus en plus fort. Et un jour, les cartes tomberont. La question n’est pas si, mais quand, et surtout, à quel prix.

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R Galaxie Rédaction

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