Alto achète près de la gare d'Ottawa, mais le projet TGV reste bloqué
La ville d’Ottawa a annoncé en mars 2024 qu’elle cédait 1,2 hectare de terrains publics près de la gare VIA Rail à Alto, une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Officiellement, ces parcelles sont destinées à des « développements futurs ». Officieusement, tout le monde sait qu’elles visent la future station du train à grande vitesse (TGV) entre Montréal et Toronto, dont la première phase est prévue pour 2029-2030. Sauf que personne ne vous dira comment Alto compte concilier ce calendrier avec la réalité du terrain.
Un terrain qui ne ressemble à rien de prévu
Les parcelles en question ? Un mélange de friche industrielle abandonnée, de parkings délabrés et d’un ancien dépôt de marchandises VIA Rail, fermé depuis 2015. Sur les plans officiels, on voit des trains qui arrivent en gare à 360 km/h, des voyageurs qui descendent sous une verrière futuriste, des pistes cyclables reluisantes. Dans la réalité ?
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Les rails existants ne sont pas adaptés. La ligne Ottawa-Toronto est une vieille voie ferrée à voie unique, conçue pour des trains de marchandises, pas pour des TGV. Pour l’élargir, il faudrait exproprier des propriétés privées le long du corridor, une procédure qui prend 5 à 10 ans rien que pour les études d’impact. Le dernier projet similaire au Canada, la ligne Windsor-Quebec, a mis 15 ans à aboutir, et elle n’a toujours pas de date de mise en service.
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La gare VIA Rail actuelle est saturée. En 2023, 80 % des trains étaient en retard à cause de l’affluence. Ajoutez un TGV qui double la fréquentation, et vous avez une gare qui ressemble à un goulot d’étranglement. Alto parle de « modernisation », mais personne ne précise qui paiera les travaux pour relier cette nouvelle station au reste du réseau.
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Les promoteurs immobiliers ont déjà repéré le terrain. À deux pas de la gare, des bureaux et des logements se vendent 20 % plus cher que la moyenne d’Ottawa. Alto pourrait très bien louer ces terrains à des promoteurs privés avant même que le TGV ne soit dessiné. Résultat ? Un projet qui devient un parc d’affaires géant, avec une gare TGV en option, si jamais elle arrive.
Le vrai problème : personne ne veut assumer le risque
Le gouvernement fédéral a promis 1,5 milliard de dollars pour le corridor Québec-Windsor, mais aucun argent n’est encore libéré. Pourquoi ? Parce que les études de faisabilité ne sont pas terminées. Et parce que les provinces hésitent. Le Québec mise sur un TGV 100 % électrique, l’Ontario veut du diesel pour commencer. Ottawa, elle, attend de voir qui va payer les 3 milliards supplémentaires nécessaires pour électrifier la ligne.
Alto, de son côté, joue la carte de la discrétion. La société refuse de confirmer si ces terrains sont bien réservés au TGV, ou s’il s’agit d’une opération immobilière classique. Une porte-parole a simplement déclaré : « Nous explorons des opportunités de développement durable dans la région. » Traduction : on achète, on verra après.
Ce que ça change pour les voyageurs (et pour vous)
Si le projet aboutit, Ottawa gagnera une gare moderne, des emplois, et peut-être même un accès direct à Montréal en 1h45 au lieu de 4h30 aujourd’hui. Sauf que :
- Les premiers trains ne viendront pas avant 2035. MĂŞme en optimiste.
- Les billets coûteront cher. Le TGV Paris-Lyon, bien moins long, coûte 50 € l’aller. À l’échelle canadienne, comptez 120 à 180 $ CAN pour Ottawa-Montréal. Avec un train qui ne passera qu’une fois par heure, ça limite la clientèle aux affaires et aux touristes aisés.
- Les villes intermédiaires seront oubliées. Le TGV reliera directement Ottawa à Toronto et Montréal, sans s’arrêter à Kingston, Cornwall ou Brockville. Pour les habitants de ces villes, rien ne changera, sauf peut-être une légère hausse des prix immobiliers près des gares existantes.
Le vrai jeu : qui contrĂ´le le terrain, contrĂ´le le projet
Alto n’est pas une entreprise de transport. C’est une société immobilière qui gère des actifs pour des investisseurs institutionnels. Son business model ? Acheter des terrains stratégiques, attendre que leur valeur monte, puis les revendre ou les louer.
En rachetant ces parcelles près de la gare, Alto mise sur deux scénarios :
- Le TGV arrive. Les terrains valent 10 fois plus, et Alto les revend à un promoteur public-privé.
- Le TGV ne vient pas. Les terrains restent utilisables pour des bureaux ou des logements, et Alto en tire des loyers Ă long terme.
Dans les deux cas, les risques sont reportés sur les contribuables. Si le TGV se fait, ce sont les gouvernements qui paieront les travaux. S’il ne se fait pas, ce sont les locataires qui paieront des loyers élevés sur des terrains qui n’auront jamais servi à grand-chose.
La question qui tue
Personne ne vous dira si ces terrains sont vraiment pour le TGV. Parce que la réponse dépend de qui vous posez la question.
- Un employé de VIA Rail vous répondra : « Bien sûr, c’est prévu. » (Mais il mentira par omission, parce que les plans ne sont pas signés.)
- Un promoteur immobilier vous dira : « Alto va construire des tours de bureaux. Le TGV, c’est une option lointaine. » (Ce qui est vrai, mais pas toute l’histoire.)
- Un ingénieur des transports vous sortira des chiffres sur les délais d’expropriation et vous expliquera que 2029, c’est une date de marketing.
Alors, à vous de choisir : vous attendez en espérant que le TGV arrive, ou vous pariez que ces terrains finiront en parking de luxe pour cadres de Gatineau ?
La réponse est dans les actes, pas dans les communiqués.
Ce qu’il faut retenir
- Alto achète des terrains près de la gare VIA Rail, mais aucun calendrier officiel n’existe pour le TGV.
- Les obstacles techniques et politiques font que 2029 est une date irréaliste.
- L’immobilier prime sur le transport : Alto mise sur une revente ou une location, peu importe le projet final.
- Si le TGV se fait, ce seront les voyageurs et les contribuables qui paieront la note. S’il ne se fait pas, les promoteurs et les actionnaires d’Alto auront déjà empoché leur profit.
La dernière question
Est-ce que vous voulez une gare TGV à Ottawa ? Répondez honnêtement : seriez-vous prêt à payer 150 $ pour un trajet qui mettra 2h de moins, alors que le train actuel est déjà bondé et en retard la moitié du temps ?
La réponse dit tout sur ce projet.