AirBaltic plonge en chapitre 11 et teste les limites européennes

La compagnie lettone AirBaltic mise sur une protection américaine pour survivre. Un pari risqué qui interroge les règles européennes et la solidité des aides publiques. Le Premier ministre letton ne cache pas ses doutes : « Un risque calculé, mais pas sans conséquences. »

Publié le 1 octobre 2026 à 08:06
AirBaltic plonge en chapitre 11 et teste les limites européennes

Pourquoi un pays européen envoie ses problèmes à New York ?

La Lettonie, membre de l’UE depuis 2004, a une dette publique déjà lourde : 42 % de son PIB, selon Eurostat. Ajouter un sauvetage d’AirBaltic, une compagnie nationale qui transporte 2,5 millions de passagers par an, serait un coup dur. Surtout quand on sait que l’État détient 60 % du capital. Kulbergs a calculé : mieux vaut laisser les Américains gérer la crise, avec leurs lois, leurs tribunaux, et leurs créanciers. Le chapitre 11, c’est comme un parchemin magique pour les entreprises en difficulté : ça bloque tout, le temps de respirer. Sauf que cette fois, le parchemin est américain. Et l’Europe, elle, regarde ailleurs.

Pourtant, rien ne force une compagnie européenne à sauter dans le giron américain. AirBaltic aurait pu tenter une restructuration sous droit letton, ou même européen. Mais les règles locales sont moins clémentes. Ici, pas de gel des poursuites automatiques. Pas de répit pour négocier. Les créanciers, banques, fournisseurs, salariés, peuvent frapper à tout moment. À l’américaine, en revanche, la procédure donne du temps. Beaucoup de temps. Assez pour que les actionnaires (dont l’État letton) puissent renégocier à leur avantage.

Le problème ? Personne ne sait encore qui va payer l’addition.

Les créanciers, les salariés, et le trou noir des aides publiques

Les employés d’AirBaltic, eux, ne rigolent pas. La compagnie a déjà supprimé 20 % de ses emplois depuis 2022. Les salaires sont gelés, les primes supprimées. Et maintenant, le chapitre 11 ? « On nous dit que c’est pour sauver l’entreprise, mais nous, on voit surtout un nouveau plan social qui traîne », lance une hôtesse de l’air sous couvert d’anonymat. Les syndicats lettons commencent à gronder. Pas seulement contre AirBaltic, mais contre un État qui semble prêt à tout pour éviter un effondrement médiatique.

Côté créanciers, la musique est différente. Les banques lettonnes, déjà fragilisées par la crise immobilière, pourraient se retrouver avec des dettes d’AirBaltic sur les bras. La Banque de Lettonie a injecté 150 millions d’euros dans la compagnie en 2023, sans garantie de remboursement. Si le chapitre 11 tourne au fiasco, c’est l’État qui devra éponger. Et Kulbergs, lui, a d’autres priorités : la guerre en Ukraine, l’inflation, et un budget déjà à la limite.

Mais le vrai casse-tête, c’est l’Europe. Bruxelles n’a pas bougé. Pas de fonds de sauvetage, pas de directive spéciale. Juste un silence gêné. Pourtant, AirBaltic est une compagnie stratégique : elle relie la Lettonie à l’Europe, et vice versa. Si elle coule, ce ne sont pas que des emplois qui partent. C’est aussi un morceau de l’infrastructure européenne qui se disloque.

L’Europe ferme les yeux, les États-Unis ouvrent les bras

Pourquoi l’UE ne réagit pas ? Parce que les règles sont claires : pas de sauvetage public sans plan de viabilité. Et AirBaltic, justement, n’a pas de plan. Juste une dette de 300 millions d’euros (chiffre officiel du dernier audit), des avions vieillissants, et un marché aérien européen qui se serre comme un étau. Les subventions européennes ? Trop lentes. Les prêts garantis ? Trop risqués. Alors on passe à l’option américaine.

C’est là que ça devient intéressant. Le chapitre 11, c’est un outil conçu pour les géants. Les Boeing, les Delta, les United. Pas pour une petite compagnie baltique. Pourtant, AirBaltic l’utilise. Et si ça marche, d’autres pourraient suivre. La Hongrie a déjà menacé de faire de même pour sa compagnie nationale, Wizz Air. La Pologne aussi. L’Europe, elle, regarde, impuissante.

Le vrai problème, c’est que cette stratégie contourne les règles européennes. Pas de transparence, pas de contrôle démocratique. Juste une décision prise dans l’ombre, entre avocats new-yorkais et lobbyistes. « C’est du droit américain qui s’applique sur un dossier européen, sans que les citoyens lettons aient leur mot à dire », résume un juriste spécialisé dans les faillites transfrontalières. Personne ne sait qui va gagner, ni qui va payer.

La Lettonie joue avec le feu, et l’Europe aussi

Kulbergs a raison sur un point : AirBaltic prend un risque. Mais ce n’est pas le seul. C’est aussi l’Europe qui joue avec le feu. En laissant une compagnie nationale se réfugier sous une loi étrangère, elle envoie un message clair : « Les règles, c’est pour les autres. »

Le chapitre 11, c’est une porte de sortie. Mais pour qui ? Pour les actionnaires ? Pour les créanciers ? Pour l’État letton, qui évite un scandale ? Personne n’a la réponse. Sauf une chose est sûre : si AirBaltic s’en sort, ce ne sera pas grâce à l’Europe. Mais grâce à une loi américaine, écrite pour un autre continent.

Et ça, c’est un risque bien plus grand que celui d’une faillite.

La question qui reste en suspens : Et si demain, c’est votre compagnie aérienne qui frappe à la porte des tribunaux new-yorkais ?

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R Galaxie Rédaction

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