Le gouvernement distribue 100 € de chèques carburant, les routiers les ignorent déjà

Les 100 € promis par le gouvernement pour le gazole à 2,38 €/L ne suffiront pas à sauver les transporteurs, déjà en colère. Pendant ce temps, les stations-service de province anticipent la ruée… qui ne viendra pas. Voici qui profite vraiment de cette aide, et pourquoi elle arrive trop tard.

Publié le 22 septembre 2026 à 08:09
Le gouvernement distribue 100 € de chèques carburant, les routiers les ignorent déjà

Le matin du 24 septembre, devant une station TotalEnergies à Lyon, trois poids lourds attendent leur tour. Le chauffeur du premier, un Roumain, allume une cigarette en regardant son compteur. Le gazole affiche 2,38 €/L. Il soupire. « Même avec les 100 €, ça change quoi ? » Il a déjà calculé : sur 50 000 km par an, ça fait 1 200 € de moins à dépenser. « C’est une blague. » Il n’a même pas rempli la demande en ligne. « À quoi bon ? » La réponse est simple : les 100 € ne couvrent pas l’inflation des 12 derniers mois. L’UPA (Union des Professionnels de l’Automobile) a sorti les chiffres : entre septembre 2022 et septembre 2023, le prix du gazole a grimpé de 18 %. Les 100 €, c’est l’équivalent de 250 L de carburant à l’ancien prix. Sauf que le prix n’est plus l’ancien. Et que les transporteurs roulent encore plus, parce que les délais de livraison se tendent, que les clients paniquent, et que les grèves menacent à nouveau. L’aide arrive quand les comptes sont déjà dans le rouge depuis des mois.

Les 100 €, c’est pour qui vraiment ?

Officiellement, tout le monde peut en bénéficier. Officieusement, ceux qui vont les demander sont ceux qui n’en avaient pas besoin.

Prenez les citadins qui font 10 000 km par an. Avec 100 €, ils peuvent rouler environ 400 km de plus qu’avant, si le prix reste stable. Problème : le prix ne reste pas stable. Et ces mêmes citadins ont déjà profité des autres aides (prime à la conversion, bonus écologique). Ils ne sont pas ceux qui crient famine.

À l’inverse, les artisans, les agriculteurs, les livreurs en solo… eux, ils ont besoin de carburant tous les jours. Mais eux non plus ne vont pas se bousculer. Pourquoi ? Parce que le gouvernement a oublié un détail : la plupart d’entre eux roulent déjà au diesel ultra-propre, ou à des mélanges qui coûtent plus cher. Le 100 € ne s’applique qu’au gazole standard. Résultat : beaucoup se sentent floués.

Pire : les plateformes de livraison comme Uber Eats ou Deliveroo ont déjà annoncé qu’elles ne reverseront pas ces 100 € à leurs livreurs. « C’est une aide individuelle, pas une subvention pour nos partenaires », a répondu un porte-parole d’Uber. Traduction : les livreurs, déjà sous-payés, vont encore trinquer.

Les stations-service, grandes gagnantes d’un coup d’épée dans l’eau

À la station-service de Lyon, le gérant, un certain Marc, rit jaune. « On va avoir du monde les premiers jours, c’est sûr. Mais après ? Les gens vont se rendre compte que ça ne change rien. » Il a raison. Les 100 €, c’est une goutte d’eau dans un océan.

Pourtant, les stations-service, elles, vont en profiter. Comment ? Parce que la demande va créer des files d’attente, des retards, et des clients pressés qui ne compareront plus les prix. Or, depuis 2022, les marges des stations indépendantes ont chuté de 12 % (source : rapport Xerfi, 2023). Une petite poussée de trafic, même artificielle, leur fait du bien. Le gouvernement a sauvé les grandes surfaces sans le vouloir.

Et puis, il y a l’effet psychologique. « Les gens vont croire que le gouvernement fait quelque chose », explique un économiste spécialisé dans l’énergie. « C’est du théâtre. » Pendant ce temps, TotalEnergies et Shell continuent d’engranger des milliards grâce à la spéculation sur les prix. En 2022, Total a réalisé 1,5 milliard d’euros de profits supplémentaires grâce à la hausse des carburants (chiffres Boursorama). Personne ne leur demande des comptes.

Le vrai problème : personne ne parle de la vraie solution

Le gouvernement a sorti son chéquier. Les médias parlent de « crise ». Les routiers manifestent. Mais personne ne propose de réguler les prix.

Pourtant, la France n’est pas obligée de suivre le cours du pétrole comme un mouton. En 2000, l’Espagne a gelé les prix des carburants pendant six mois. Résultat ? Les stations n’ont pas pu augmenter leurs marges, et les consommateurs ont économisé 1,2 milliard d’euros. En 2022, la Hongrie a fait la même chose. Effet immédiat : les prix ont baissé de 10 % en une semaine.

Alors pourquoi la France n’ose pas ? Parce que les lobbies du pétrole sont trop puissants. Parce que Brussels freine des quatre fers sur toute mesure nationale. Parce que les politiques préfèrent des aides symboliques à des réformes structurelles.

Les 100 €, c’est du pain bénit pour les médias. Ça fait une belle photo. Ça donne l’impression que le gouvernement agit. Mais ça ne résout rien.

Ce qui va se passer maintenant

D’ici fin septembre, quelques milliers de demandes seront déposées. Les routiers, eux, continueront à manifester. Les agriculteurs, déjà en colère pour les pesticides et les coûts de l’électricité, vont ajouter le carburant à leur liste de griefs. Et les stations-service, elles, vont compter leurs bénéfices indirects.

Dans six mois, personne ne se souviendra de ces 100 €. Parce que le vrai problème, c’est le système. Pas une aide ponctuelle. Pas un chèque. C’est la dépendance au pétrole, les lobbies, et l’incapacité des gouvernements à prendre des décisions claires.

La prochaine fois, il faudra exiger autre chose. Pas des miettes. Des couteaux.

Le gouvernement a raté le coche. Encore une fois.

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R Galaxie Rédaction

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