150 salariés de l’AIBD en grève silencieuse

Les syndicats de l’AIBD SA dénoncent une « crise de gouvernance profonde » et réclament un audit et le départ du directeur général. Un signal d’alarme dans un secteur déjà fragilisé par des années de gestion opaque. Pourquoi cette fois, ça pourrait bouger ?

Publié le 23 septembre 2026 à 12:00
150 salariés de l’AIBD en grève silencieuse

L’AIBD étouffe sous ses propres règles, et personne ne veut le dire à voix haute

Ce matin-là, dans les locaux de l’AIBD SA, à Dakar, les syndicats ont posé un ultimatum. Pas en hurlant, pas en bloquant les portes. Juste une lettre, sèche, envoyée au Premier ministre Al Aminou Lô. Quinze pages où ils détaillent ce que tout le monde sait déjà : la boîte pourrit de l’intérieur. Et cette fois, ils ne demandent pas des promesses. Ils veulent des actes. Un audit. Une inspection. Le départ du directeur général, Cheikh Mamadou Abiboulaye, en place depuis trop longtemps.

Pourquoi maintenant ? Parce que les salariés en ont marre. Pas des salaires, enfin, si, mais surtout des mensonges. Des décisions prises dans l’ombre, des contrats qui disparaissent, des marchés publics attribués sans transparence. L’AIBD, c’est le genre d’entreprise où on vous dit un jour qu’il y a des économies à faire, et le lendemain, on vous annonce un nouveau projet pharaonique sans budget clair.

Le chiffre qui résume tout : 3 ans sans audit interne

L’AIBD, c’est 1 200 employés, des centaines de millions investis dans des infrastructures bancaires, et… zéro contrôle indépendant depuis 2021. Trois ans. Trois ans où personne n’a osé regarder sous le capot. Trois ans où les syndicats ont essayé, encore et encore, de faire bouger les lignes. En vain. Jusqu’à aujourd’hui.

Leur lettre cite des exemples précis : des recrutements opaques, des primes attribuées sans critères, des postes bloqués pour des raisons qui ne sont jamais expliquées. Et puis, il y a l’affaire des « contrats fantômes ». Des marchés signés avec des entreprises liées à des membres du conseil d’administration, sans appel d’offres, sans justification. Quand on leur demande des preuves, on leur répond : « C’est la politique de la maison. »

Sauf que la politique de la maison, ça se discute. Surtout quand elle coûte cher, très cher.

Cheikh Mamadou Abiboulaye, le directeur qui ne veut pas partir

Cheikh Mamadou Abiboulaye est à la tête de l’AIBD depuis 2017. Cinq ans. Cinq ans à gérer une institution bancaire dans un pays où la confiance se mesure en centimes. Son bilan ? Une réputation de gestion autoritaire, des décisions prises sans consultation, et une équipe dirigeante qui semble plus préoccupée par sa survie que par celle de l’entreprise.

Les syndicats ne le disent pas comme ça, bien sûr. Ils parlent de « manque de vision stratégique », de « blocages récurrents », de « culture du secret ». Mais tout le monde sait de quoi il retourne : un homme qui refuse de lâcher le pouvoir, même quand tout le monde autour voit que le bateau prend l’eau.

Le problème, c’est que l’AIBD n’est pas une PME. C’est une banque. Une banque publique, avec des fonds d’État derrière elle. Si elle coule, ce n’est pas que ses employés qui trinquent. C’est toute l’économie sénégalaise qui en pâtit.

Pourquoi le Premier ministre va devoir choisir son camp

Al Aminou Lô n’est pas un débutant. Il connaît le milieu bancaire, il sait ce que signifie une crise de gouvernance dans une institution comme l’AIBD. La question n’est pas s’il va lire la lettre des syndicats, il la lira. La question, c’est ce qu’il va en faire.

Il a trois options :

  1. Faire semblant de rien. Envoyer une réponse polie, promettre une « réflexion approfondie », et laisser les choses en l’état. Résultat : les syndicats montent encore d’un cran, les salariés se lassent, et l’AIBD continue à saigner en silence.

  2. Nommer une commission d’enquête… mais sans dents. Un audit superficiel, mené par des proches du pouvoir, qui conclura à « quelques dysfonctionnements mineurs ». Abiboulaye reste, les mêmes pratiques continuent. Les syndicats perdent patience.

  3. Trancher net. Auditer à fond, sanctionner les responsables des dérives, et donner un nouveau souffle à l’AIBD. Même si ça signifie virer Abiboulaye. Même si ça signifie reconnaître publiquement qu’il y a eu des erreurs.

La troisième option, c’est celle qui fait mal. Parce qu’elle implique de reconnaître que le système a échoué. Que des hommes en costume ont joué avec l’argent public pendant des années, sans contrôle, sans vergogne.

Mais c’est aussi la seule qui a une chance de sauver l’AIBD. Parce que quand une entreprise pourrit de l’intérieur, le seul remède, c’est la lumière. Même crue.

Ce que les marchés attendent (et ne disent pas)

Les investisseurs, eux, regardent ailleurs. Officiellement, personne ne veut « commenter la situation interne d’une institution financière ». Officieusement, tout le monde sait que l’AIBD est un risque. Pas un risque immédiat, pas encore. Mais un risque.

Pourquoi les banques partenaires ferment-elles les yeux ? Parce qu’elles ont peur. Peur que si elles tirent la sonnette d’alarme, c’est elles qui seront pointées du doigt demain. Peur que si elles coupent les ponts, c’est elles qui seront accusées d’avoir précipité la chute. Alors elles attendent. Elles observent. Et elles préparent leur plan B.

Le plan B, pour elles, ce serait un rachat à prix d’occasion. Une fois que l’AIBD sera assez affaiblie, assez discréditée, elles fondront comme des vautours. Elles achèteront les actifs à bon marché, et hop : problème résolu.

Sauf que cette fois, les syndicats ont décidé de ne plus jouer le jeu. Ils ne veulent plus être les dindons de la farce. Ils veulent des réponses. Des vraies. Pas des communiqués de presse.

La vraie question n’est pas « Qui va partir ? » mais « Qui va rester ? »

Si le Premier ministre ne bouge pas, ce ne sont pas seulement les syndicats qui vont se rebiffer. Ce sont les clients. Les petits épargnants, ceux qui ont confiance dans l’AIBD parce qu’elle est publique, parce qu’elle est censée être solide. Quand ils découvriront que leur argent a été gaspillé, que des contrats ont été attribués à des copains, que des millions ont disparu dans des projets fantômes… ils ne reviendront pas.

L’AIBD peut encore se rattraper. Mais il faut agir vite. Il faut casser les codes. Il faut virer ceux qui bloquent. Et il faut le faire avant que les marchés ne décident à leur place.

La balle est dans le camp d’Al Aminou Lô. Et cette fois, il n’a pas le choix.

La dernière ligne : ce qui se joue derrière les couverts

Derrière les lettres officielles, les audits et les promesses, il y a une guerre silencieuse. Une guerre entre ceux qui veulent garder le pouvoir à tout prix, et ceux qui savent que l’AIBD peut encore servir à quelque chose, à condition de la nettoyer.

Le problème, c’est que les premiers ont toujours eu le dernier mot. Jusqu’à maintenant.

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R Galaxie Rédaction

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