L'Afrique crée sa propre note pour contrer les marchés

L’Agence africaine de notation de crédit vient d’ouvrir à Maurice. Un coup de force pour échapper aux jugements des agences occidentales ? Pas si simple. Les marchés écouteront-ils ?

Publié le 8 octobre 2026 à 20:07
L'Afrique crée sa propre note pour contrer les marchés

Pourquoi l’Afrique a besoin de sa propre note

En 2023, la dette publique africaine a dépassé 500 milliards de dollars, selon la Banque mondiale. Un montant colossal, mais surtout : un montant mal noté. Les agences occidentales, elles, voient surtout le risque. Elles voient les retards de paiement, les instabilités politiques, les infrastructures défaillantes. Elles ne voient pas les usines qui tournent, les mines qui produisent, les États qui investissent dans l’éducation. Elles notent le passé, pas le présent. Elles notent la peur, pas les chiffres.

L’Agence africaine de notation de crédit (AARC), elle, veut noter ce que les autres ignorent. Par exemple : le Kenya. Pour Moody’s, c’est un pays à risque élevé. Pour l’AARC ? Peut-être pas. Parce qu’ils regardent les 12 milliards de dollars injectés dans les énergies renouvelables depuis 2020. Parce qu’ils voient les partenariats avec la Chine, les infrastructures qui se construisent, les PME qui émergent. Le problème, c’est que les marchés, eux, continuent de se fier à Moody’s.

Et ça, c’est le vrai défi.

Les marchés vont-ils enfin écouter ?

Officiellement, tout le monde applaudit. La Commission de l’Union africaine parle de « souveraineté financière ». Les gouvernements africains se frottent les mains : « Enfin, on ne sera plus les derniers de la classe ! » Mais dans les coulisses, les banques et les fonds d’investissement sourient en coin. Parce que, au fond, personne ne croit vraiment que l’AARC va changer la donne du jour au lendemain.

Pourquoi ? Parce que les marchés, eux, ont leurs habitudes. Depuis des décennies, ils se basent sur trois agences : Moody’s, S&P, Fitch. Ce sont elles qui décident si un État peut emprunter à bas taux ou si, au contraire, il va devoir payer cher pour se financer. Changer ça, ce n’est pas juste une question de notation. C’est une question de pouvoir.

Prenez l’Égypte. En 2016, Moody’s la downgrade. Résultat : les taux d’emprunt explosent. L’État doit payer 10 % d’intérêts sur sa dette. Une hémorragie. L’AARC, elle, aurait peut-être vu autre chose : les 30 milliards de dollars de réformes économiques engagées depuis 2014, la baisse de l’inflation, les accords avec les pays du Golfe. Mais les investisseurs, eux, suivent Moody’s.

Alors, l’AARC va-t-elle percer ? Pas demain. Les marchés ont peur du changement. Ils ont peur de se tromper. Ils ont peur de perdre des milliards. Donc, pour l’instant, ils continueront à ignorer les notes africaines.

Sauf si… sauf si un jour, un État africain prouve que l’AARC a raison.

Le piège des dépendances invisibles

Il y a un détail qui cloche. L’AARC, c’est beau. Mais qui la finance ? Officiellement, c’est l’Union africaine. En réalité, c’est un mélange de fonds publics et… d’investisseurs privés. Parmi eux : des banques africaines, des fonds souverains, mais aussi… des partenaires occidentaux.

Par exemple, la Banque africaine de développement (BAD), qui a contribué à hauteur de 10 millions de dollars, a des liens étroits avec le FMI et la Banque mondiale. Coïncidence ? Peut-être. Mais le risque, c’est que l’AARC, malgré ses bonnes intentions, reste prisonnière des mêmes logiques que celles qu’elle veut combattre.

Prenez le cas de la Zambie. En 2020, le pays fait défaut sur sa dette. Moody’s la met en « sélectif défaut ». L’AARC, elle, aurait pu dire autre chose : « Oui, la Zambie a des problèmes, mais elle a aussi des ressources minières sous-exploitées et un potentiel agricole énorme. » Sauf que si les bailleurs de fonds occidentaux financent en partie l’agence, comment être sûr qu’elle ne restera pas sous influence ?

Le vrai test, ce ne sera pas dans deux ans. Ce sera dans cinq ans, quand l’AARC aura noté 50 pays et que les marchés commenceront à hésiter. Est-ce qu’ils écouteront ? Ou est-ce qu’ils continueront à faire comme si l’Afrique n’avait pas voix au chapitre ?

Ce que personne ne dit sur les agences de notation

Voilà le truc que les discours officiels omettent : les agences de notation, même africaines, ne sont pas neutres.

Elles ont un pouvoir énorme. Un pouvoir qui dépasse la simple notation. Parce qu’une mauvaise note, ça signifie plus cher pour emprunter. Ça signifie moins d’investissements. Ça signifie plus de dépendance envers le FMI.

L’AARC veut changer ça. Mais qui va la contrôler ? Les États ? Les marchés ? Les banques ? Le problème, c’est que personne ne veut vraiment de ce pouvoir.

Parce que si l’AARC note mal, les États africains vont se braquer. Si elle note trop bien, les marchés vont se méfier. Et si elle note juste… personne ne l’écoutera.

C’est un équilibre impossible. Sauf si l’Afrique arrive à imposer sa vision.

La vraie bataille ne sera pas financière

L’AARC, c’est un symbole. Un symbole de souveraineté. Mais la vraie bataille, elle, se joue ailleurs : dans les têtes des investisseurs.

Parce que tant que les fonds occidentaux, les banques européennes et américaines, les géants de la finance continueront à se fier à Moody’s et S&P, l’AARC ne sera qu’un jouet.

Alors, soit l’Afrique arrive à convaincre les marchés de sa crédibilité, soit elle devra créer son propre système financier, en parallèle. Soit elle invente des mécanismes pour contourner les agences traditionnelles, soit elle reste prisonnière du même jeu.

Le lancement de l’AARC, c’est une première étape. Mais la guerre, elle, ne fait que commencer.

Et le pire, c’est que personne ne sait encore qui va gagner.

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R Galaxie Rédaction

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