L'Europe et le Canada tracent une ligne contre Trump et les protectionnistes

Un pacte politique et économique qui sonne comme une déclaration de guerre aux États-Unis de Trump. Mais derrière les belles paroles, des tensions persistent sur les méthodes. Et Bruxelles joue un jeu dangereux en s’aliant avec Ottawa.

Publié le 18 septembre 2026 à 10:06
L'Europe et le Canada tracent une ligne contre Trump et les protectionnistes

Le 15 mars 2024, à Bruxelles, les dirigeants de l’Union européenne et le Premier ministre canadien Justin Trudeau ont signé une déclaration commune. Pas un traité, pas un accord commercial de plus, juste une mise en garde. « Nous réaffirmons notre attachement aux valeurs de l’Occident libéral, fondé sur le multilatéralisme, les droits de l’homme et l’économie de marché ». Traduction : « On ne lâche rien face à Trump et ses tarifs douaniers ». La formule est claire. Le message aussi. Mais la question reste : à quoi ça sert, vraiment ?

Le chiffre qui résume tout : 120 milliards de dollars. C’est ce que les États-Unis ont imposé de droits de douane depuis 2018, ciblant surtout l’acier européen, le whisky canadien et les voitures allemandes. Résultat ? Les exportations de l’UE vers les États-Unis ont chuté de 15 % entre 2017 et 2020, selon les données de la Commission européenne. L’Europe et le Canada, deux économies qui dépendent à 20 % de leurs échanges transatlantiques, ont tout à perdre. Sauf qu’Ottawa et Bruxelles ne veulent pas plier. Alors ils signent des déclarations, serrent les poings, et attendent que Washington recule.

Pourtant, cette alliance a un goût de déjà-vu. En 2017, l’UE et le Canada avaient déjà tenté de s’unir contre Trump. Sans succès. Les États-Unis avaient riposté en taxant l’aluminium européen à 25 %. Aujourd’hui, rien ne garantit que la stratégie sera différente. Sauf qu’il y a un changement : l’Europe n’a plus les moyens de négocier seule. La guerre en Ukraine a vidé ses caisses, et ses industries, une fois protégées par des subventions, sont moins compétitives. Le Canada, lui, mise sur son pétrole et ses matières premières, un pari risqué si les États-Unis durcissent encore leur politique climatique.

Ce que personne ne dit : l’Europe a besoin du Canada bien plus que l’inverse. Ottawa peut exporter son pétrole vers l’Asie, contourner les sanctions américaines. Bruxelles, non. Sans accès au marché américain, l’industrie automobile européenne, déjà fragilisée par la transition électrique, s’effondrerait. Les constructeurs allemands, français et italiens dépendent à 30 % des ventes aux États-Unis. Et Trump, lui, n’a pas peur des représailles. En 2020, il avait menacé de taxer les voitures européennes à 25 % si l’UE ne réduisait pas ses subventions.

Alors pourquoi cette déclaration commune ? Parce que l’Europe n’a plus le choix. Elle ne peut pas compter sur Washington. Biden, malgré ses discours, a laissé filer les excédents commerciaux américains. Et avec les élections de 2024, personne ne sait si Trump reviendra, ou pire, si un candidat encore plus protectionniste ne surgira pas. L’UE et le Canada misent sur une stratégie simple : « On fait bloc, on attend, et on espère que les marchés nous forceront la main ». Sauf que les marchés, eux, ont déjà tourné la page. Les investisseurs se détournent de l’Europe pour l’Asie. Et les usines délocalisent. La déclaration de Bruxelles ne changera rien à ça.

Le vrai problème, c’est que cette alliance cache une fracture. L’Europe veut protéger ses industries, le Canada veut vendre son pétrole. Leurs intérêts divergent. Et quand les États-Unis durcissent les règles sur le climat, Ottawa sourit, Bruxelles grince des dents. En 2023, le Canada a exporté 3,8 millions de barils de pétrole par jour vers les États-Unis. L’Europe, elle, veut interdire les nouvelles licences d’exploration pétrolière d’ici 2035. Deux visions du monde. Deux priorités.

Pourtant, les dirigeants européens jouent la carte de l’unité. « L’Occident libéral doit se défendre », a déclaré Ursula von der Leyen. Mais à quel prix ? En laissant l’Europe s’enfermer dans un protectionnisme qui la rendra encore plus dépendante de la Chine ? En misant sur une alliance avec le Canada, alors que leurs économies sont aux antipodes ?

La vraie question, c’est celle que personne ne pose : Et si cette déclaration ne servait qu’à gagner du temps ? À attendre que les États-Unis se lassent, que les élections changent la donne, ou que l’Europe trouve un autre partenaire, la Chine, peut-être, malgré les risques géopolitiques. Parce qu’au fond, l’UE et le Canada n’ont pas de plan B. Juste l’espoir que Trump perdra en 2024. Et si ce n’est pas le cas ?

Alors oui, cette déclaration commune, c’est du théâtre. Mais un théâtre nécessaire. Parce que sans ça, l’Europe et le Canada seraient déjà en train de négocier séparément, et de se faire écraser. Sauf que le théâtre, ça finit toujours par des coulisses. Et dans celles-ci, les vraies décisions se prennent. Pas à Bruxelles. Pas à Ottawa. Mais dans les couloirs de la Maison-Blanche, où les vrais leviers de pouvoir restent.

La dernière ironie ? Pendant que l’Europe et le Canada se serrent les coudes contre Trump, Pékin, elle, signe des accords commerciaux avec l’Amérique latine et l’Afrique. Sans faire de déclarations pompeuses. Sans parler d’Occident libéral. Juste des contrats. Et des usines.

L’Occident libéral, lui, continue de débattre.

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R Galaxie Rédaction

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