Un chèque de 2,2 milliards, et après ?
Le FMI a dit oui. 2,2 milliards de dollars sur la table pour le Sénégal, étalés jusqu’en 2029. Un chiffre qui fait rêver, surtout quand on sait que le pays croule sous une dette qui représente déjà 76% de son PIB. Mais attention : ce n’est pas un cadeau. C’est un prêt. Avec des conditions. Et ces conditions, vous les connaissez déjà si vous avez suivi les précédents accords du FMI en Afrique.
Le mécanisme est simple : le FMI avance l’argent, mais impose des réformes. Réduction des subventions, privatisations, compression des dépenses publiques. En gros, on vous donne de l’argent pour que vous dépensiez moins. Logique ? Pas vraiment. Parce que quand un État réduit ses dépenses sociales, ce sont toujours les mêmes qui trinquent : les fonctionnaires, les retraités, les familles qui dépendent des aides. Et au Sénégal, ça fait des années que ça dure.
Prenez l’exemple de l’électricité. En 2022, le gouvernement a augmenté les tarifs de 30% pour se conformer aux exigences du FMI. Résultat ? Des manifestations dans tout le pays. Des gens qui ne peuvent plus payer leurs factures. Des entreprises qui ferment. Et pourtant, le FMI a applaudi. Parce que pour eux, la stabilité macroéconomique passe avant tout. Même si ça veut dire que des millions de Sénégalais doivent choisir entre manger et payer leur loyer.
Le FMI, ce médecin qui prescrit toujours la même ordonnance
Le FMI a une recette. Une seule. Peu importe le pays, peu importe la crise. Vous avez des dettes ? Coupez dans les dépenses. Vous avez un déficit ? Augmentez les impôts. Vous avez un chômage endémique ? Flexibilisez le marché du travail. C’est comme si un médecin prescrivait de l’aspirine pour tous les maux, de la grippe au cancer.
Pour le Sénégal, c’est la même chose. Le FMI veut que le pays réduise son déficit budgétaire à 3% du PIB d’ici 2026. Comment ? En taillant dans les subventions aux carburants, en réformant les entreprises publiques, en gelant les embauches dans la fonction publique. Des mesures qui font mal, surtout dans un pays où le taux de chômage des jeunes dépasse les 20%.
Et le pire, c’est que ça ne marche pas. Ou du moins, pas comme ils le prétendent. Regardez la Grèce. Regardez l’Argentine. Regardez le Pakistan. Partout où le FMI est passé, la dette a augmenté, les inégalités se sont creusées, et la croissance est restée en berne. Pourtant, ils continuent. Comme si c’était une question de foi. Comme si, à force de serrer la vis, les choses allaient finir par s’arranger.
Ce que le FMI ne vous dit pas
Derrière les chiffres et les communiqués lissés, il y a une réalité que personne ne veut vraiment voir. Le FMI ne prête pas pour aider le Sénégal. Il prête pour s’assurer que le Sénégal puisse rembourser ses créanciers. Et parmi ces créanciers, il y a… le FMI lui-même. Oui, vous avez bien lu. Le FMI se rembourse avec l’argent qu’il prête. Un cercle vicieux où le pays s’endette pour payer ses dettes.
Et puis, il y a les marchés. Le Sénégal a émis des eurobonds. Des dettes libellées en dollars, avec des taux d’intérêt qui explosent dès que les investisseurs s’inquiètent. En 2023, le pays a dû payer plus de 500 millions de dollars rien qu’en intérêts. Une somme qui représente près de 10% de son budget national. Et avec ce nouveau prêt du FMI, cette somme va encore augmenter.
Alors oui, 2,2 milliards, ça fait du bien sur le moment. Mais à quel prix ? Le Sénégal va devoir rembourser. Avec des intérêts. Pendant des années. Et pendant ce temps, les Sénégalais continueront de payer les factures des réformes imposées par Washington.
Pourquoi personne ne parle des alternatives ?
Le FMI a réponse à tout. Si vous critiquez ses méthodes, on vous répond que c’est la seule solution. Que sans ces prêts, le pays ferait faillite. Que les marchés fermeraient leurs portes. Que les investisseurs fuiraient. Bref, que c’est ça ou le chaos.
Pourtant, il y a des alternatives. La Chine, par exemple, prête sans imposer de réformes structurelles. Elle construit des routes, des ports, des hôpitaux. Sans exiger que le pays coupe dans ses dépenses sociales. Bien sûr, ce n’est pas parfait. La Chine a ses propres intérêts. Mais au moins, elle ne demande pas aux pays africains de se saigner pour rembourser.
Et puis, il y a la solution radicale : ne pas rembourser. L’Argentine l’a fait en 2001. L’Équateur en 2008. Les deux pays ont renégocié leur dette, ont imposé des conditions à leurs créanciers, et ont fini par s’en sortir. Bien sûr, ça a été douloureux. Mais moins que de suivre les recettes du FMI pendant des décennies.
Le problème, c’est que personne n’ose. Parce que le FMI a le pouvoir. Parce que les marchés ont peur. Parce que les dirigeants africains préfèrent souvent jouer les bons élèves plutôt que de prendre des risques. Et parce que, au fond, personne ne croit vraiment que les choses peuvent changer.
Le Sénégal paiera, et les Sénégalais aussi
Ce prêt de 2,2 milliards, c’est une bouffée d’oxygène pour le gouvernement sénégalais. Mais c’est aussi une nouvelle chaîne pour les Sénégalais. Parce que cet argent, il faudra le rembourser. Avec des intérêts. Et avec des réformes qui vont encore peser sur le quotidien des gens.
Le FMI dira que c’est nécessaire. Que c’est la seule façon de stabiliser l’économie. Que sans ça, le pays sombrerait. Mais la vérité, c’est que le FMI a un intérêt dans cette histoire. Et cet intérêt, ce n’est pas le bien-être des Sénégalais. C’est de s’assurer que le Sénégal continue de rembourser. Peu importe le coût.
Alors oui, 2,2 milliards, ça fait rêver. Mais quand vous voyez les conditions, les réformes, et les dettes qui s’accumulent, vous vous dites que ce n’est peut-être pas une si bonne nouvelle. Parce qu’au final, ce sont toujours les mêmes qui paient. Et ce ne sont jamais ceux qui signent les chèques.